Doit-on regarder du porno en couple ? (Et si oui, comment y arriver ?)

Je vais sans doute vous paraître romantique, voire vieux-jeu, mais à mon sens, le Couple avec un grand « c », fondé sur l’Amour avec un grand « a », est bâti sur un certain nombre de principes moraux indiscutables. Solidarité, écoute, sincérité, et surtout partage. Alors oui, bien entendu ! Nous devrions pouvoir partager chaque aspect de notre vie avec celui ou celle qui y tient une place essentielle. Porno y compris. En effet, quel plus beau moment d’intimité que de découvrir, au hasard d’un visionnage coquin, que sa moitié éprouve la même attirance étrange pour les gang-bangs sadomasochistes en allemand ? Y a-t-il une plus belle preuve d’être en face de son âme-sœur que d’apprendre inopinément qu’elle aussi ressent un inavouable fétichisme pour le pedal-revving 

Mais prenons la question dans l’autre sens, voulez-vous ? Doit-on nécessairement mater du porn à deux pour être heureux dans son couple ? Rassurez-vous, non. Au même titre que lever de la gueuse (ou du gueux, pas de discrimination) trois soirs par semaine n’est absolument pas une garantie d’être un bon coup, être capable de citer à deux l’intégralité de la filmographie de Rocco Siffredi n’est pas un gage de sérénité sexuelle.

Ça ne l’impressionne pas…

Il est temps d’arrêter avec cette philosophie sexuelle new-age prêchée par les magazines de ménagères : « Pimentez votre couple. » « Soyez son actrice X ! » « Regardez des pornos avec lui ! » Toutes ces nouvelles injonctions à nous rendre plus sexy, plus coquins, si elles partent sans doute d’une bonne intention, le fameux « ranimer la flamme », oublient l’essentielle : parler, communiquer. Le sexe tient une place importante dans un couple. N’ayons pas peur de le verbaliser, de confier nos désirs, nos pulsions, nos inquiétudes, nos fantasmes. Qui mieux que celui ou celle qui partage notre lit pourra les comprendre ? L’autre ne les partagera pas forcément, mais il verra, à son tour, une occasion de s’épancher sur la part secrète de sa sexualité. C’est l’occasion de trouver un terrain d’entente, de partage, voire d’échange. Et ça ne consistera pas nécessairement à se farcir un boulard devant la téloche dans l’espoir que la calotte glaciaire qui nous sert de partenaire se change subitement en Mont Vésuve. Bref, un couple qui fonctionne sexuellement est un couple qui sait ce dont chacun a besoin, envie, au plus profond de ses fantasmes. Il y a alors un tas de couples qui s’éclatent au pieu sans mater de porno, sans faire d’échangisme, sans même se toucher, parfois. (Essayez le tantrisme, tiens.)

Ceci étant dit, passons maintenant à la question de l’initiation.

Non. Pas ce genre d’initiation…

Vous êtes amateur de porno, mais votre partenaire, sans y être hermétique, n’a jamais trop compris l’intérêt, soutient que son imagination lui suffit, qu’il ou elle est mal à l’aise devant. C’est compréhensible. De base, la plupart des êtres humains éprouvent ce genre de sentiments lorsqu’ils aperçoivent quelques-uns de leurs semblables tout nus, en train de copuler bruyamment. Vous souhaitez malgré tout l’initier, pour avoir une nouvelle activité ludique à partager ensemble. Et c’est tout à votre honneur. 

Commencez par prendre la température. Si le rejet du porno provient de principes moraux strictes, qu’ils soient religieux ou simplement éthiques, ne détruisez pas ça, ça ne vaut pas le coup. Si ce rejet vient essentiellement d’une absence de curiosité pour le sujet, en revanche, il y a peut-être une ouverture. Mais il faut y aller en douceur. Amenez le sujet sans lourdeur, prévoyez une soirée romantico-coquine, et sélectionnez un métrage pertinent pour une initiation. 

Vous vous souvenez de l’exemple du porno hardcore en allemand ? Bah, c’est simple, ne commencez pas par ça. Le porno a des codes : cadrages, représentation des corps, rapports de domination/soumission, etc., et des genres : amateur, gonzo, porno chic… Nul doute que si l’on vous y avait initié à travers une vidéo amateur, au cadrage dégueulasse, montrant 15 gonzes dans une cave en train de besogner un esclave sexuel à masque de porc, vous auriez renoncé à toute forme de sexualité pour plusieurs années. Sélectionnez donc un porno à l’esthétique accessible : une production propre, un vague scénario, des acteurs aux physiques proches d’une certaine moyenne. Si c’est votre truc, vous pouvez aussi verser dans le film SM, mais soft, sans violence : c’est esthétique, transgressif et les enjeux sexuels parlent généralement à tout le monde. 

Y avait-il vraiment besoin de le préciser ?

Choisissez, en outre, un porno qui vous excite et dont vous pouvez vanter l’atmosphère érotique plutôt que la performance sexuelle, ou vous risquez de vous voir rétorquer son désintérêt profond pour les documentaires animaliers. De plus, vous n’aimez sans doute pas les mêmes physiques, que ce soit au sujet des acteurs ou des actrices, il faut donc mettre l’accent sur la situation, ce qu’elle a de particulier, d’érotique, voire de pervers, pour vous émoustiller à ce point. Enfin, et surtout, choisissez un film qui pourrait lui plaire, qui développerait un fantasme que vous pourriez avoir en commun. C’est tout l’intérêt de la démarche, et du porno en général : s’éveiller à ses fantasmes.

Vous n’avez, à présent, plus qu’à promouvoir votre initiative, avec élégance, érudition et un brin de sens esthétique. Et n’oubliez pas d’être honnête. Ne lui jouez pas le coup de l’esthète complètement désintéressé de la bagatelle, ça ne prendra pas. Oui, ça vous excite, mais pourquoi ? Comment ? 

Avec ça, vous devriez parvenir à négocier votre petite séance de cinéma X privée et, peut-être, ouvrir votre couple à une toute nouvelle culture cinématographique.

Tout un pan de la culture s’ouvre à vous…

Un dernier conseil pour la route : pendant la séance, ne ponctuez pas chaque pénétration d’un « Alors ? Ça t’excite ? », il n’y a pas pire turn-off. Un mot, un regard, un clin d’œil tout au plus, et laissez l’excitation monter chez l’autre. Le jeu s’installera de lui-même…

 

Clint B

À propos de Clint B

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.