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Sulfura, l’interview portrait : « La domination n’est pas qu’un plaisir sexuel… »

Clint B

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Artiste femdom et fetish remarquée pour ses tendances paraphiles et ses mises en scène créatives, la talentueuse Sulfura se confie sur son parcours et son métier. Petit aperçu du business des modèles indépendantes, par le biais de l’une de ses plus fascinantes créatures.

« Je me suis rendu compte que je n’avais pas une sexualité classique au début de mon adolescence. Je n’avais pas encore les termes de domination à cet âge-là, évidemment… Pas vraiment autoritaire, mais j’étais joueuse. J’aimais bien chauffer, frustrer. »

Le teasing chevillé au corps, c’est à l’âge de 14 ans seulement que la jeune fille, alors « bébé domina », se découvre un goût prononcé pour les jeux de frustration. Les trois garçons, venus disputer une « innocente » bataille d’eau avec deux lolitas forcément naïves, ne s’attendaient sans doute pas à finir en sous-vêtements, pieds et poings liés, les yeux bandés, sous le joug torride d’une créature despotique. Savaient-ils seulement qu’ils assistaient à l’avènement de la chaude et cruelle Sulfura ?

« Pour moi, le BDSM, c’est d’abord la confiance, la connaissance de l’autre. »

Rien à voir cependant avec le Pokémon légendaire même si, le reconnaît-elle, « ça aurait pu. » Pour le coup, son pseudonyme est bel et bien tiré d’un jeu vidéo, l’une de ses grandes passions : Final Fantasy VIII. « C’est un monstre très moche qui t’attaque avec une haleine putride donc rien de très glamour, mais il m’avait marqué. J’avais trouvé le nom stylé. » Un nom qui traduit, en somme, toute la dimension sulfureuse de son personnage. Et c’est en 2015, à travers la vente de petites culottes qu’elle fait ses premières armes dans le charme. 

« C’était une idée qui me plaisait beaucoup. M’imaginer le mec qui reçoit sa culotte, je trouvais ça très érotique, très excitant, très coquin. Ça me semblait complètement fou. J’ai cherché « vendre ses culottes sur Internet » sans forcément me dire que j’allais trouver. Et j’ai vu que c’était hyper-courant. Il fallait que je fasse ça, c’est trop drôle ! De fil en aiguille, j’ai commencé à faire quelques shows, quelques vidéos, puis je me suis rendu compte que je n’aimais pas trop qu’on me dise ce que je dois faire. Me masturber sur commande n’était pas un truc qui me branchait. J’étais un peu mal à l’aise. Donc rapidement, me tourner vers la domination m’a paru plutôt logique et naturel»

« La domination est hyper-subjective. Chacun y met ce qu’il veut. À mes yeux, c’est un jeu qui permet autant au dominant qu’au dominé de s’extraire de la réalité. Ce n’est pas qu’un plaisir sexuel. C’est avant tout cérébral. Le plaisir d’entrer dans la peau de quelqu’un d’autre. C’est assez paradoxal. Être en même temps différent de d’habitude et pleinement soi-même. Le truc le plus important dans cette discipline, c’est la bienveillance. On a une image assez crue du BDSM. On imagine toujours les pratiques les plus trash, les plus hard, la violence. C’est logique, c’est ce qui marque le plus. Mais pour moi, le BDSM, c’est d’abord la confiance, la connaissance de l’autre. C’est se créer une bulle dans laquelle le temps et le reste du monde n’ont pas d’emprise. Une manière de se ressourcer. »

Flatter l’esprit plutôt que tanner la couenne, voilà son credo. Sulfura se garde bien de verser dans la débauche d’injures et de châtiments brutaux, misant sur une approche plus psychologique, plus narrative aussi, des jeux de pouvoirs. Son art, elle y tient, s’exprime ainsi pleinement au travers de fictions pornographiques plutôt barrées, plutôt « dark », dans lesquelles elle explore les lieux communs du BDSM au moyen de figures d’autorité alternatives : l’agent gouvernemental d’une dystopie qui a banni le porno, la prédatrice vampire qui s’abreuve de l’énergie vitale d’une proie soumise… Cuckolding, foot fetish, orgasme ruiné ou encore voyeurisme, il y en a pour tous les goûts, pour peu qu’on apprécie d’admirer une splendide brunette en contre-plongée, prostré à ses pieds comme le dernier des esclaves sexuels. La créatrice n’éprouve, en effet, aucun complexe vis-à-vis des paraphilies, pour le plus grand bonheur de ses soumis fétichistes.

« Je ne suis pas fétichiste du pied, mais je ne sais pas, il y a un truc qui me plaît dans le fait que les mecs aiment les pieds. Je trouve ça touchant, mignon. »

De là à y voir l’expression de préférences personnelles, il n’y a qu’un pas qu’il convient de franchir avec précaution. Elle serait plutôt du genre sapio, « plus excitée par un contexte, une manière d’être ou une personnalité que par une partie du corps. » Ce qui ne l’empêche pas de trouver son bonheur en poussant ses délires cinématographiques jusqu’au bout.

« Ce n’est pas quelque chose qui va m’exciter sexuellement, par contre ça va me procurer une grande satisfaction ; du plaisir, mais cérébral. Pourquoi j’aime tant faire des vidéos sur les pieds ? À titre personnel, je ne suis pas fétichiste du pied, mais je ne sais pas, il y a un truc qui me plaît dans le fait que les mecs aiment les pieds. Je trouve ça touchant, mignon. Ça change du « cul, chatte, nichon ». C’est un peu plus cérébral, sensoriel. Ça a trait à tous les sens plutôt que simplement le membre sexuel. »

La domina serait ainsi « touchée » par ses soumis ? Loin de cette image de maltraitance industrielle souvent accolée à tort à la profession, l’intraitable Sulfura s’épanouit d’autant plus dans la dimension affective des relations nouées avec ses admirateurs les plus assidus.

« Je pense à deux en particulier (après, je suis assez sélective, c’est mon côté antisocial). Les soumis desquels je suis la plus proche sont devenus des amis. Il y a toujours ce rapport très respectueux. Un en particulier me vouvoie, alors que ça fait des années. Il connaît tout de moi, je connais tout de lui. Nous sommes extrêmement proches. À ce niveau-là, ce n’est même plus un jeu de rôle. Cette relation existe à travers cette facette de domination, de manière tout à fait naturelle, à travers cette convention où chacun reste à sa place. »

« Le Béarn, c’est très vert, très beau. Moi qui adore la nature, je suis dans mon élément, ici. »

Mais qu’en est-il alors de conjuguer cette persona fantasmatique avec sa vie privée banale de jeune femme – dont nous tairons l’âge, l’impitoyable créature s’étant offusquée qu’on ose la questionner sur le sujet (pardon Maîtresse) ?

« En vérité, je n’ai pas grand chose à cacher. Mes amis les plus proches sont au courant, ma famille aussi. Même si ça venait à se savoir et à se répandre, ça ne changerait pas ma vie plus que ça. Le point auquel je fais un petit peu attention, c’est de ne pas filmer l’extérieur de ma maison, pour pas qu’on reconnaisse où j’habite. Mais au-delà, filmer mon jardin, ça ne me pose pas de problème. Puis j’habite à la campagne reculée, si le mec veut me trouver, il a du travail… Je fais juste attention à ne pas trop parler de ma vie privée en ligne. Voilà. »

Son Béarn natal, région de cœur dont la verdeur sied parfaitement à cette amoureuse de la nature, constitue donc en soi une barrière géographique qui la sépare des importuns. Et bien chanceux celui qui penserait la reconnaître en allant chercher son pain.

« Je crois que sur le moment, les personnes qui me reconnaissent ne se manifestent pas. En tout cas, je ne m’en rends pas compte. Par contre, il m’est déjà arrivé, après coup, de recevoir un message qui dit : « Ah ! Je crois que je t’ai croisé à tel endroit. » Mais c’est très anecdotique. Ça a dû arrivé peut-être deux ou trois fois… »

Son talent et son succès l’ont par ailleurs très vite exemptée d’avoir à justifier d’un boulot alimentaire pour joindre les deux bouts ; une transition sans anicroche vers le statut de professionnelle.

« J’ai arrêté mon autre job, et maintenant, je fais ça à plein temps. Avec mon ex, on tenait un restaurant, mais quand j’ai quitté le mec, j’ai quitté le job aussi. La transition s’est faite naturellement, sans stress. Je m’étais déjà fait une certaine place, je commençais à avoir un petit revenu plutôt stable. Je n’ai pas vraiment sauté dans le grand bain d’un coup. Je voyais que c’était un milieu dans lequel je pouvais m’épanouir, qui me permettait de m’exprimer en tant qu’artiste, car je considère ça comme un art. Explorer ce moyen d’expression et, surtout, être ma propre patronne, n’avoir personne qui s’enrichit sur mon dos, ça tombait sous le sens. »

« Pour ce qui est de l’entraide, de l’entente, de se donner des conseils, de se soutenir quand un mec nous emmerde, oui, il y a une sororité qui est assez grande. C’est vraiment agréable.  »

L’indépendance des modèles, c’est l’El Dorado promu par les nouvelles plateformes de fan-club que le confinement a mises sur le devant de la scène. Une promesse tenue selon Sulfura, notamment à travers Swame, réseau français sur lequel elle a lancé son studio virtuel voilà bientôt un an.

« Au niveau des fonctionnalités qui sont proposées, c’est un site très pratique. Le principal y est, plus quelques fonctionnalités confortables, c’est quelque chose que j’apprécie beaucoup. Tous les sites de fan-club sont plus ou moins les mêmes, et là-dessus, je trouve que Swame offre une interface agréable et claire, tout simplement. Le staff est vraiment à l’écoute, et surtout très réactif. »

Qui plus est, la créatrice sait qu’elle peut compter sur ses pairs qui, sur le Web, forment une véritable communauté, toujours prompte à filer un coup de main.

« C’est assez paradoxal. Il y a, je pense, une plus grande sororité que dans la vie réelle, même si le revers de la médaille est une certaine concurrence, et les croche-pieds qui vont avec. Vu que j’ai tendance à faire mes trucs dans mon coin, sans demander mon reste à personne, je n’ai jamais vraiment eu de problème avec aucune fille. Parfois, c’est compliqué de se faire promouvoir par les collègues, parce qu’elles n’ont pas forcément envie de « polluer » leur timeline avec le contenu d’autres filles, ce qui est normal. En revanche, pour ce qui est de l’entraide, de l’entente, de se donner des conseils, de se soutenir quand un mec nous emmerde, oui, il y a une sororité qui est assez grande. C’est vraiment agréable. »

La célèbre Ibicella, Sainte Patronne des soumis de France et de Navarre, compte d’ailleurs parmi ses proches dans le business.

« Je ne fais pas de lesbien. Je suis 100% hétéro, mais je suis très, très sensible à la beauté féminine. Avec Ibicella, on a la chance de très bien s’entendre hors caméra. On peut dire qu’on est copines. Et donc on se sent très à l’aise pour tourner des vidéos ensemble, s’embrasser, se toucher. Elle a un corps magnifique. C’est un réel plaisir de tourner avec elle. »

« Mon style est surtout soft et cérébral, donc me faire pénétrer ou pénétrer quelqu’un n’est pas quelque chose qui va me brancher. »

De collaboration en featuring, on se prend finalement à rêver de voir Sulfura et ses copines tourner un jour pour un studio. D’autant que l’intéressée n’a rien d’une profane en la matière. « Du cru comme du très soft », en spectatrice avertie, elle ne boude jamais son plaisir de mater quelques cochonneries.

« Des fois, je ne vais pas en regarder pendant plusieurs mois et, à d’autres moments, je vais en regarder pratiquement tous les jours. Des fois, j’ai envie de trucs très soft, voir un mec embrasser le corps de sa femme et la masser, ça peut énormément me plaire. Et parfois, j’ai envie de trucs purement sexuels, où ce que je veux c’est voir une pénétration et point-barre. »

Mais, sauf miracle, la concrétisation n’est pas pour tout de suite. Hors de question d’apparaître devant la caméra d’un autre sans un minimum de contrôle éditorial.

« L’idée en elle-même, je ne m’y oppose pas. Après, ça dépendrait du type de contenu qu’on voudrait produire avec moi. Mon style est surtout soft et cérébral, donc me faire pénétrer ou pénétrer quelqu’un n’est pas quelque chose qui va me brancher. Mais si un studio avait envie de domination très verbale, plus dans le contexte que dans l’action elle-même, alors pourquoi pas. Mais ça resterait assez anecdotique. »

Faute de propositions alléchantes, notre domina se satisfait donc amplement de sa propre production. À quoi bon s’exporter, quand son petit coin de sud-ouest offre tout ce dont une self-made woman pourrait rêver ? Pour quérir, peut-être, un brin d’évasion, nous répond-elle. Avide de voyage et d’aventures, elle n’attend à présent qu’une chose : la levée des mesures sanitaires, pour courir le monde. 

« Ma destination de rêve, le prochain gros voyage que je ferai, ce sera l’Asie, sans doute le Japon, mais la campagne plutôt que la ville. »

On l’aurait parié…

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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