Décryptages
Chloé Saffy : « Le SM, c’est la mise en place d’un dispositif cérébral »
C’est un événement de cette rentrée littéraire. Dans son dernier roman, La Vocation, Chloé Saffy raconte ses troublants échanges numériques avec Salomé, soumise par contrat à un couple qui l’oblige à abandonner sa vie, son prénom, et son libre arbitre. Une plongée dans les mécanismes mentaux de la soumission extrême.
Ce texte est très surprenant, pour les gens qui connaissent vos précédents ouvrages…
Oui, d’ailleurs il a été difficile de le placer en librairie à sa sortie. Je ne voulais pas qu’il passe dans la catégorie « récit » ou « témoignage ». C’est une œuvre littéraire, une auto fiction. Il y est question d’érotisme et de SM, mais ce n’est ni un roman érotique, ni un roman SM. Pour le moment, mes lecteurs habituels m’ont suivie. Ça les intéresse de retrouver cet univers, et en plus, ici, il y a le côté « envers du décor ». J’ai aussi gagné de nombreux lecteurs.
Cette histoire est-elle vraie ?
C’est toute la question du livre. Qu’est-ce que la réalité ? Ce qui est réel, c’est qu’effectivement, j’entretiens un échange depuis cinq ans avec cette personne. J’ai des photos aussi. Mais à ce jour, je n’ai absolument aucune preuve que cette personne me dise la vérité.
N’y-a-t-il pas une contradiction entre la discipline que cette jeune fille subit, et le fait qu’elle puisse écrire librement sur son expérience ?
Oui, elle rompt la confiance de ses tuteurs. Elle n’est pas censée avoir le moindre contact avec le monde extérieur. Mais les gens qui l’emploient ne connaissent pas les réseaux sociaux, et n’imaginent donc pas du tout qu’elle puisse communiquer par ce canal… Sur la page qu’elle a créée, et par laquelle elle m’a contactée, les premières publications remontent à 2011. Elle n’a donc pas créé la page à mon intention.
C’est vous qui l’avez contactée ?
Non, c’est elle. Elle m’a fait une demande d’ami, et la conversation s’est engagée de manière très progressive. Je n’y ai pas accordé tout de suite de l’importance. Pas plus que les gens qui me contactent et rentrent dans des confidences très personnelles après avoir lu mes livres…
Comment avez-vous eu l’idée d’en faire un roman ?
Ce qui a déclenché l’écriture, c’est que ça ne se rattachait à rien de ce que j’avais pu observer, ou lire en termes de fiction. Transformer cette histoire en pur roman de fiction, ce n’était pas assez pour rendre compte des questions que j’ai été amenée à me poser.
Votre livre foisonne de références littéraires et cinématographiques…
Oui. Ce qui m’intéressait, c’était de confronter les figures imposées de la littérature érotique à une réalité infiniment plus crue.
Quelles ont été vos principales influences littéraires ?
Évidemment, l’incontournable Histoire d’O. Dolorosa Soror de Florence Dugas. La trilogie du Manoir, d’Emma Cavalier. L’Image, de Jean de Berg, qui est en fait Catherine Robbe-Grillet. Le sexe fort, écrit par Ieros et Mo. C’est un dialogue très intéressant, parce qu’ il n’y a pas tant de livres de cette qualité écrits par des dominants. Du point de vue de la forme, j’aime beaucoup ce que fait Emmanuel Carrère dans l’autofiction. Il arrive toujours à mettre en valeur ce dont il parle, tout en étant présent en tant qu’auteur.
Le SM, c’est un univers qui vous est familier…
Je n’avais pas forcément l’intention d’écrire un roman SM. C’est plutôt une plongée dans un puits sans fond. Comme Alice [de Lewis Caroll] qui tombe dans le puits… Ce n’est pas une chute libre, il y a des étapes avant d’atteindre le fond. À chaque fois qu’elle tourne la tête, elle voit une nouvelle chose. Mon livre est nourri de vécu, d’intuitions. J’ai également consulté beaucoup d’acteurs de ce milieu pour obtenir des avis, des précisions… Quand j’ai écrit et publié A fleur de chair, j’avais fait mon roman SM. Je savais que je n’en écrirai un autre que lorsque j’aurai une très bonne histoire. Je ne voulais pas écrire une confession de soumise comme il en existe des dizaines… A fleur de chair a trouvé ses lecteurs. Je me suis dit que je pouvais passer à autre chose. C’est pour cela que j’ai écrit La Règle de Trois. Je voulais écrire un roman érotique beaucoup plus fun, plus libre… Quand cette correspondance avec Salomé a commencé, c’était très étrange, comme s’il fallait que j’y retourne ! Ça m’a obligé à plonger encore plus loin dans cet univers.
Est-ce qu’on retrouve toujours, dans le SM, le même univers mental ?
Je ne trouve pas, parce qu’on ne va pas tous y chercher la même chose, que l’on soit dominant ou soumis. Certains y cherchent une transcendance, d’autres veulent simplement de l’attention. Pour certains c’est pathologique, et l’on flirte avec les limites, y compris les limites vitales. Le SM, c’est la mise en place d’un dispositif cérébral, plus qu’un éventail de pratiques. Ce qui prédomine toujours, c’est la question du transfert de pouvoir, de la prise en charge, du contrat. Ce qu’on y met , c’est vraiment propre à chacun.
Dans votre livre, on a l’impression que Salomé redevient une enfant, qu’elle n’a plus de libre arbitre…
Elle est prise en charge financièrement, donc elle n’a plus à se poser de questions, à penser à l’avenir. Ensuite, elle était peu insérée dans une vie sociale classique. C’est un soulagement pour elle de ne plus subir ça. J’ai du mal à voir ça comme une infantilisation. C’est plus comme une nonne au couvent, retirée de la vie publique, qui suit des rituels extrêmement précis qu’elle n’a pas à remettre en question.
À un moment, le doute s’installe vraiment quant à la véracité du récit : lorsque Salomé raconte qu’elle a passé des étés dans des camps, qui ressemblent à des camps de concentration… Vous ne vous êtes pas dit qu’elle vous menait en bateau ?
Si, c’est le moment où tous les lecteurs se disent : là, c’est trop. On se demande forcément : qui met ça en place ? Il y a un réseau, elle n’est pas seule ? C’est à ce moment-là que les lecteurs vrillent, soit parce que ce qui est raconté est insoutenable et il faut poser le livre, soit ils n’y croient pas et se disent : OK, c’est du flan… Moi-même, je n’arrive toujours pas à trancher. Je suis d’ailleurs dans l’expectative par rapport à toute cette histoire. Ce qui me fait penser qu’au moins une partie de l’histoire est vraie, c’est lorsque j’ai un contact avec l’homme qui tient le donjon. Je lui ai envoyé des photos de Salomé, et il m’a répondu : oui, effectivement, c’est bien chez moi.
Vous est-il déjà arrivé de fantasmer sur la condition de Salomé ?
Non, pour moi ce n’est pas un fantasme d’avoir cette vie-là, sans échappatoire possible ! Même plus jeune, ça ne m’aurait pas intéressée. Pourtant, Salomé se considère comme plus libre que moi, parce que l’on prend tout en charge pour elle. Je préfère vivre dans l’instabilité, l’insécurité, plutôt que subir les sacrifices qu’elle a choisis.
Quel sera votre prochain livre ?
Je suis en train d’écrire un roman érotique, davantage dans la continuité de ce que j’ai fait avant. J’avais envie de sortir des appartements, des châteaux… Cette fois, le décor du roman sera une forêt. Ce sera une approche plus animale ! J’ai hâte d’explorer d’autres personnages, et d’autres formes de sexualité…
-
Actu/Newsil y a 3 joursCFNM : quand les femmes prennent les rênes
-
Bio/Milieu du Xil y a 6 joursSoirée libertine : mode d’emploi
-
Actricesil y a 5 ansLes plus gros seins du X
-
Actricesil y a 5 moisGlory Zavatrash : « Je suis ouverte à toute proposition ! »
-
Acteursil y a 7 ansLes plus grandes légendes du porno black
-
Actu/Newsil y a 9 ansL’homme au pénis le plus grand du monde
-
Actricesil y a 2 semainesLes virtuoses de la performance extrême : les secrets d’une discipline d’exception
-
Actu/Newsil y a 3 ansTop 5 des anime hentai culte





