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PPL 133 : Sous couvert de protéger l’enfance, le Sénat arme la censure du Web adulte
C’est une mécanique désormais bien huilée. Prenez une cause indiscutable – la protection des mineurs –, amalgamez-y des pratiques entre adultes consentants, et vous obtenez le cheval de Troie idéal pour verrouiller l’Internet. La nouvelle proposition de loi déposée au Sénat le 18 novembre 2025 ne déroge pas à la règle. En voulant « lutter contre le proxénétisme en ligne », le texte de la sénatrice Marie Mercier pourrait bien signer l’arrêt de mort de l’économie des créateurs indépendants, tout en ouvrant la porte à une surveillance généralisée de nos échanges numériques.
Une loi cachant bien son jeu
Le titre de la proposition de loi (PPL n° 133) est louable : « Lutter contre le proxénétisme en ligne ». L’exposé des motifs, lui, commence par une vérité que personne ne conteste : l’urgence de protéger les enfants. Mais très vite, le masque tombe. Passé les premiers paragraphes sur la précarité étudiante et les dérives de certains réseaux, le texte opère un glissement sémantique dangereux. Il ne s’agit plus seulement de traquer les réseaux criminels ou de protéger les mineurs, mais de s’attaquer aux plateformes comme OnlyFans ou MYM, qualifiées explicitement de vecteurs de prostitution.
La liberté sous tutelle morale
Le cœur du texte vise à créer une nouvelle infraction pénale : l’interdiction de l’achat de services sexuels virtuels personnalisés. En clair, si cette loi passe, demander une vidéo dédicacée ou un contenu spécifique à un créateur ou une créatrice majeur(e) sur une plateforme payante deviendra un délit pour le client, calqué sur le modèle de la pénalisation des clients de la prostitution physique.
C’est ici que le piège se referme. Sous le prisme de la protection de l’enfance, le législateur s’invite dans la chambre à coucher numérique de deux adultes majeurs et consentants. En assimilant la vente d’un média (une photo, une vidéo) à un acte de prostitution, le Sénat ne combat pas seulement l’exploitation : il criminalise l’échange marchand de l’intimité. C’est une attaque frontale contre la liberté individuelle, justifiée par une panique morale qui refuse de voir la différence entre une victime de trafic et un entrepreneur indépendant gérant son image.
Le grand retour du ghetto
L’effet pervers de cette mesure est prévisible : c’est la ghettoïsation programmée de la pornographie en ligne. En tapant sur les plateformes réglementées (qui demandent des pièces d’identité, des comptes bancaires, et assurent une traçabilité fiscale), la loi va détruire le modèle économique qui avait permis à de nombreux acteurs et actrices de s’émanciper.
Si le client devient un délinquant en payant sur MYM, où ira-t-il ? Il retournera vers les sites de streaming gratuits opaques. En voulant « nettoyer » le web visible, les politiques repoussent le sexe vers les égouts d’Internet, là où, justement, le contrôle de l’âge et la protection des modèles sont inexistants. On ne supprime pas la demande en l’interdisant ; on la rend simplement plus dangereuse, plus souterraine, et plus sale. Le porno ne disparaît pas, il est renvoyé dans le ghetto dont il essayait péniblement de sortir.
Et après le porno ?
Il ne faut pas s’y tromper : le X a toujours été le laboratoire des régulations liberticides. C’est la cible facile, celle que personne n’ose défendre publiquement sans rougir. Mais une fois que l’infrastructure de contrôle sera en place, qui peut croire qu’elle s’arrêtera là ?
Si l’État s’arroge le droit d’interdire une transaction numérique entre deux adultes sous prétexte qu’elle est « moralement » répréhensible (le parallèle fait dans le texte avec la prostitution physique est à ce titre révélateur), quel sera le prochain secteur visé ? Les jeux d’argent ? Les cryptomonnaies ? Les discours politiques dissidents jugés « dangereux » ?
La mécanique est toujours la même : on utilise l’émotion légitime suscitée par les enfants pour bâtir des murs juridiques et techniques. Aujourd’hui, c’est le « proxénétisme 2.0 » qui est visé. Demain, ce sera tout espace de liberté numérique qui échappe au contrôle de l’État. En acceptant que la liberté soit grignotée au nom de la morale sur ce sujet précis, nous validons le principe même d’un Internet sous liberté surveillée.
Lutter contre les réseaux de proxénétisme qui exploitent la misère est une nécessité absolue. Mais confondre sciemment ces criminels avec des créateurs de contenus majeurs pour justifier un flicage des transactions privées est une dérive autoritaire. Le Sénat ne propose pas seulement de protéger les mineurs ; il propose de traiter tous les internautes comme des enfants à qui l’on doit dicter ce qu’ils ont le droit de voir, d’acheter et de faire.
Pour en savoir plus, consultez la PPL 133 !
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