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Sexualité anale : le sondage qui bouleverse nos fondements ?
Les rubans bleus ornés d’une moustache ne vous ont certainement pas échappé en ce mois de novembre, dédié à la sensibilisation aux cancers masculins. A cette occasion, l’Ifop et la marque de sextoys LELO publient une enquête sur l’évolution des pratiques de sexualité anale. Le rapport des hommes à leur corps est en pleine mutation, et c’est plutôt une bonne nouvelle, même s’il reste des progrès à faire…
Une enquête menée par l’Ifop et Lelo
La stimulation anale est aussi agréable pour les hommes que pour les femmes. Et pour cause : l’anus est l’un des organes les plus vascularisés et innervés de notre corps. La sensibilité de l’anus est telle qu’on la compare parfois à celle du clitoris. Pourtant, pour une proportion encore importante d’hommes, l’acceptation de ce plaisir ne va pas de soi. A l’occasion du Movember, mois de la sensibilisation aux cancers masculins, l’institut de sondage Ifop et la marque de sextoys Lelo se sont associés pour mener une grande enquête sur les pratiques anales des Français (1). La persistance de clichés antédiluviens constitue, en effet, un obstacle au dépistage du cancer colorectal.
Des chiffres révélateurs
L’enquête révèle une persistance des représentations qui associent, pour les hommes, sexualité anale et homosexualité. 24 % des hommes interrogés considèrent qu’un « vrai homme » (sic) ne se laisse pas introduire un doigt dans l’anus, même si cela peut lui procurer du plaisir. Cette conception, qui semble héritée de la Grèce Antique, où les rôles sexuels étaient strictement codifiés, associe passivité sexuelle et dévirilisation. 28 % des sondés (si l’on peut dire) pensent que « les rapports anaux sont une pratique réservée aux hommes homosexuels ». Si cette vision reste minoritaire, elle est fortement ancrée dans les milieux les plus conservateurs sur le plan religieux (50% des hommes « religieux ») ou politique (45% des hommes « d’extrême droite »).
On peut trouver cela absurde ou pas, après tout, chacun se sert de son corps comme il l’entend, sauf que dans le cadre du dépistage du cancer, le refus de la pénétration devient une affaire de santé publique ! A peine un homme sur deux (51 %) accepterait de se prêter à l’examen. Et, comme on pouvait s’en douter, ceux qui n’ont jamais été pénétrés dans un contexte « sexuel » sont encore moins enthousiastes (32 %) !
La sodomie aussi populaire chez les hommes que les femmes
Néanmoins, les pratiques anales semblent se démocratiser, et concernent désormais les hommes autant que les femmes. L’enquête révèle que plus de la moitié des hommes interrogés (52 %) reconnaissent avoir été pénétrés analement. Hommes et femmes sont désormais à égalité en ce qui concerne la stimulation avec la langue (testée et approuvée par 34 % des hommes et 33 % des femmes), les doigts (40% des hommes contre 46% des femmes) ou avec des sextoys ( 14 % des hommes contre 16 % des femmes).
Parlons maintenant sodomie chez les hétéros. Après avoir grimpé en flèche pendant des années, le nombre de femmes pratiquant la sodomie se stabilise à 49 %. Mais il est remarquable qu’aujourd’hui, 30 % des femmes hétéros déclarent avoir pénétré analement leur partenaire masculin (le pourcentage a doublé depuis 2017). Les rôles passifs et actifs sont davantage interchangeables, on s’en doutait, chez les hommes « les plus féministes » (66 %) et « les plus progressistes » (56%). « Le développement de pratique comme le pegging, analyse François Kraus, directeur du pôle politique /actualité de l’Ifop, illustre cette réappropriation par les femmes progressistes d’une sexualité qui remet en question la naturalisation du modèle pénétratif hétérosexuel. Cette forme d’interchangeabilité des rôles « pénétrant/pénétré » nous paraît symptomatique de l’idéal d’égalité et de réciprocité qui imprègne désormais le discours normatif sur la sexualité de couple. »
L’orientation politique influence les pratiques sexuelles
Dis-moi pour qui tu votes, je te dirai ce que tu pratiques avec ton anus. Oui, le sexe est politique, et cette enquête le confirme ! Les CSP+, diplômés, urbains et de gauche sont nettement plus ouverts au plaisir anal que les hommes ruraux, peu diplômés et de droite. Il est étonnant de constater que pour les femmes, c’est exactement l’inverse : les femmes issues de catégories populaires, peu diplômées et de droite, sont celles qui apprécient le plus les pratiques anales passives.
Un désir différent chez les hommes et les femmes
L’étude révèle aussi, et c’est peut-être l’un des enseignements les plus intéressants, l’existence, chez les femmes, d’une « zone grise » du consentement en matière de sexualité anale. En effet, 55% des femmes ont déclaré que leur premier rapport anal ne correspondait pas à un désir personnel, ce qui suggère que la pratique a été initiée sous l’impulsion du partenaire. A l’inverse, pour 74% des hommes, la première expérience de pénétration anale correspondait à un réel désir. La sodomie hétérosexuelle répondrait-elle toujours à un fantasme de domination masculine ? On peut en tout cas se demander si, à une époque ou la sodomie est devenue incontournable dans le porno, certaines femmes ne se sentent pas contraintes de la pratiquer pour faire plaisir à leur partenaire… Nous sommes encore loin d’être arrivés à une sexualité égalitaire… C’est la révolution du plaisir masculin, pas encore achevée, qui libèrera à la fois l’homme et la femme.
« Accepter qu’un plaisir puisse venir de l’anus, analyse Camille Guerfi, sexologue et ambassadrice Lelo, c’est accepter que le plaisir masculin soit multiple, et vécu sans performance ni hiérarchie. C’est une révolution intime, pas une provocation. Pendant longtemps, l’anal a été le lieu du tabou ou du fantasme. Aujourd’hui, il devient un territoire d’exploration partagée. On n’est plus dans l’interdit mais dans le consentement. Dans ce passage, il y a une vraie maturité sexuelle : celle de s’autoriser à ressentir sans honte, et à en parler sans détour. »
- Étude Ifop pour LELO réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 25 au 27 août 2025 auprès d’un échantillon 2 000 personnes, dont 959 hommes et 1041 femmes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus.
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