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Suzannah Weiss : « Je lis des versets de la Bible en me masturbant afin d’amplifier l’extase spirituelle ! »
Il est rare, aujourd’hui, de rencontrer de vrais mystiques. Suzannah Weiss, également connue sous le nom de Shoshanna Blanca, en est une. Journaliste pour le Washington Post et le New York Times (entre autres), elle est aussi doctorante en sexologie clinique, médium, et actrice porno. Elle nous présente aujourd’hui son projet d’art performatif : Jesus Christ Pornstar, et partage même, en exclu pour La Voix du X, ses dernières prédictions…
Par Pierre Des Esseintes
Pour ceux qui ne connaissent pas votre parcours, qui êtes-vous ?
Je suis écrivaine, sexologue et actrice de films pour adultes, et j’explore les liens entre sexualité et spiritualité. Je suis l’auteure de deux ouvrages sur l’émancipation des femmes, Subjectified: Becoming a Sexual Subject [Subjectifié (sic) : Devenir un sujet sexuel] et Eve’s Blessing : Uncovering the Lost Pleasure Behind Female Pain [La bénédiction d’Ève : à la découverte du plaisir perdu qui se cache derrière la douleur féminine], ainsi que de neuf mille articles sur le sexe, les relations amoureuses et les psychédéliques. En tant qu’éducatrice sexuelle, j’anime des formations sur le consentement, l’orgasme féminin, la neurodiversité et l’accouchement sans douleur. Je suis également coach en sexualité et en relations amoureuses, doula [personne offrant un soutien émotionnel, physique et pratique aux femmes enceintes et aux couples], et mannequin.
Pouvez-vous nous parler de votre projet, Jesus Christ Pornstar ?
J’ai lancé ce projet après avoir vécu un éveil spirituel chrétien, suscité par une série d’apparitions de Jésus lors d’expériences psychédéliques. J’ai été submergée par des visions et des voix d’un Jésus moderne, ouvert au sexe, aux psychédéliques et à la spiritualité New Age, à condition qu’ils soient utilisés pour favoriser le bien-être de soi-même et des autres. C’était un hippie — pas une figure patriarcale effrayante et moralisatrice comme beaucoup de dirigeants chrétiens le dépeignent. Il se souciait vraiment des femmes et voulait les écouter, y compris les salopes et les putes, sans leur imposer ses opinions comme le font tant d’hommes aujourd’hui.
J’avais été attirée par le travail du sexe parce que c’est l’une des rares activités qui me fasse ressentir le travail comme un jeu. J’ai décidé d’utiliser ce moyen pour diffuser le véritable enseignement fondamental de Jésus : nous avons tous le droit d’être nous-mêmes sans honte. Une source d’inspiration divine a jailli en moi, et j’ai créé mes pages OnlyFans : d’abord Uncovering Eve [À la découverte d’Ève] — qui utilise l’art corporel et la poésie pour explorer les représentations des femmes dans la Bible — et The Second Cumming with Shoshanna Blanca [jeu de mots entre to come, venir, et to cum, jouir], où je tiens un vlog, chante et réalise des vidéos porno tout en explorant mes propres convictions en tant que chrétienne et féministe.
On y trouve des séries vidéo telles que Jesus Lessons, où je fais appel à la dominatrice qui sommeille en moi pour apprendre aux hommes à se comporter en gentlemen au lit, et Orgasmic Prayers, où je prie et lis des versets de la Bible tout en me masturbant afin d’amplifier l’extase spirituelle. Mon objectif est d’enseigner aux gens comment être chrétien au lit. Pour débarrasser le sexe de toute honte, il faut que les gens acceptent leur corps comme quelque chose de divin et que les hommes adoptent un comportement plus attentionné et plus conforme à la volonté de Dieu envers les femmes. Cessons de faire honte aux femmes parce qu’elles manquent de « pudeur », et faisons honte aux hommes qui mettent les femmes mal à l’aise dans leur corps. Pour moi, c’est ça, la véritable culture de la pureté : aidons les hommes à adopter des pensées et des comportements plus purs.
Selon vous, comment concilier sexualité et spiritualité ?
Dieu se soucie de notre bien-être. Le plaisir sexuel et les orgasmes sont étroitement liés au bien-être. Ils libèrent des endorphines, réduisent le stress et permettent d’établir des liens humains profonds. À l’époque biblique, les gens se mariaient très jeunes ; il était donc peut-être plus facile d’attendre le mariage — même si, fait intéressant, nulle part dans la Bible il n’est dit : « attendez le mariage ». Ceux qui croient en ce principe s’appuient sur des passages plus vagues tels que Hébreux 13:4 : Que le mariage soit tenu en honneur par tous, et que le lit conjugal soit gardé pur, car Dieu jugera les impudiques et les adultères. Pour moi, souiller le lit conjugal, c’est faire honte à son partenaire à cause de son corps ou de ses désirs, violer ses limites, se comporter en amant égoïste ou être infidèle.
De nombreux problèmes de société pourraient être résolus en mettant moins l’accent sur des règles arbitraires telles que « attendre le mariage » et en donnant la priorité à ce qui compte vraiment : le consentement, le respect et la sécurité. Beaucoup de gens sont malheureux parce qu’ils sont sexuellement réprimés et frustrés. Beaucoup d’autres encore sont malheureux parce qu’ils ont subi un traumatisme sexuel ou vécu d’autres expériences sexuelles négatives. L’attitude bien plus saine que la Bible véhicule est : traitez votre partenaire comme un être humain. Soyez à son écoute. Faites preuve de respect et de considération. Souciez-vous du plaisir des femmes. Vénérez cet acte sacré et vos corps sacrés.
Pensez-vous que la condamnation du plaisir sexuel par la religion repose sur un malentendu ?
Absolument. Je pense qu’elle repose sur un discours élaboré par des personnes qui ont honte de leur sexualité : principalement des hommes coupables d’avoir manqué de respect et d’avoir commis des abus sexuels, ainsi que des femmes qui n’ont pas l’assurance nécessaire pour défendre leur plaisir et qui associent le sexe à l’oppression ou à la perte d’autonomie.
Lorsque nous condamnons le « sexe », nous devrions nous interroger sur la manière dont nous le définissons, car ce terme peut recouvrir des réalités très diverses. Par exemple, je me souviens de m’être sentie jugée pendant ma première année à l’université, lorsque j’ai commencé à explorer ma sexualité selon mes propres règles, d’une manière axée sur mon plaisir. Lorsque j’utilisais l’expression « coup d’un soir » pour décrire plusieurs rencontres que j’avais eues, les gens considéraient cela comme autodestructeur, alors que tout ce que je faisais, c’était découvrir comment fonctionnait mon corps et nouer des liens avec de nouvelles personnes de manière agréable, excitante et valorisante. Nous devrions condamner les aspects patriarcaux de la culture du hookup [coup d’un soir], tels que le fait de faire taire la voix des femmes au profit des désirs des hommes, et la contrainte à laquelle les femmes sont souvent soumises. Je pense que si les femmes prenaient plus souvent l’initiative, le plaisir sexuel ne serait pas perçu comme quelque chose à condamner. Nous devrions célébrer les expériences sexuelles qui créent du lien, qui nous nourrissent et nous élèvent tant sur le plan physique que spirituel.
Êtes-vous croyante vous-même ? Quel genre d’éducation religieuse avez-vous reçue ?
Oui. J’ai reçu une éducation mixte. Ma mère a été élevée dans la religion catholique, mais elle s’en est détournée au moment où elle m’a mise au monde, et mon père, qui a été élevé dans la religion juive, m’a envoyée à l’école hébraïque pendant l’école primaire et le collège, bien qu’il fût ouvert d’esprit et sceptique quant à l’idée de Dieu. J’ai eu la chance que ma synagogue reconstructionniste soit progressiste. Par exemple, je me souviens qu’un camarade de classe avait demandé à notre professeur d’école hébraïque si la Torah condamnait l’homosexualité en se basant sur le passage du Lévitique 18:22 : Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme ; c’est une abomination. Elle a répondu que, à l’instar des règles relatives à l’alimentation casher, cette directive avait été établie à une époque spécifique de l’histoire où il pouvait y avoir des conséquences sociales, voire médicales, qui n’existent plus de la même manière aujourd’hui.
Au lycée, j’ai fréquenté une école quaker, et c’est à cette époque que j’ai commencé à m’intéresser de près au christianisme. Le quakerisme est une belle branche du christianisme, axée sur la communauté plutôt que sur la hiérarchie, ce qui la rend moins patriarcale. Pendant les offices, tout le monde se lève et prend la parole quand il se sent inspiré ; il n’y a ni pasteur ni prédicateur. Je me levais souvent pour m’exprimer lors des réunions quakers et partager mes réflexions sur l’amour, l’amitié et le développement personnel. Le terme quaker vient de cette sensation de « tremblement » (quaking) que les gens ressentent dans leur cœur lorsqu’ils se sentent divinement poussés à se lever et à prendre la parole. C’est un concept qui a guidé mon travail en tant que Jesus Christ Pornstar. Souvent, je ressens une émotion intense dans mon cœur lorsque j’ai des idées spirituelles à partager avec le monde. Bon nombre de mes vidéos ont des allures de sermon et reflètent également les valeurs quakers de non-violence et d’engagement communautaire. Ma série My Ride With Mary [Ma balade avec Mary] présente des gestes simples de service que j’ai accomplis et encourage les autres à rendre la pareille.
Vous êtes également médium — avez-vous rendu vos prédictions publiques ? Pourriez-vous nous en dévoiler une ?
En effet — vous pouvez consulter mon compte OnlyFans Second Cumming pour découvrir une série que j’ai intitulée The Porn Psychic, dans laquelle je suis assise seins nus sur mon lit et où je partage mes prédictions sur l’apocalypse. Chaque fois que je prends des psychédéliques, je reçois des messages concernant un grand événement lié à la seconde venue, qui a été déclenché vers 2025 et s’achèvera en 2027.
Une intuition que j’ai sans cesse, c’est qu’il va se passer quelque chose de fou avec notre technologie. Je prévois un moment où Internet va littéralement se briser, où nous nous déconnecterons de nos appareils et où toutes les informations qu’ils contiennent deviendront facilement accessibles par notre esprit et via la communication télépathique. Nous pourrons peut-être littéralement fermer les yeux et voir des SMS, des e-mails, voire des pages web sous forme de visions.
J’ai également reçu la visite de mes ancêtres de l’au-delà, qui m’ont dit qu’ils créaient des profils sur les réseaux sociaux qui s’intégreraient à cette nouvelle technologie afin que nous puissions communiquer avec eux. Ce « nouvel Internet » servira de pont entre le ciel et la Terre. Un autre événement que j’ai vu dans mes visions est que nous entrerons en contact avec une autre planète qui est en réalité une copie de la nôtre, située très loin dans une autre galaxie. Nous y verrons les versions les plus élevées de nous-mêmes, qui ont su concevoir une technologie nous permettant de partager ce qu’est réellement chaque personne sur Terre au niveau de l’âme et quel est son but de vie le plus élevé.
Enfin, un mouvement messianique est en train de se former. Je crois que je fais partie de ces messies, que j’appelle également les fils et les filles de Dieu. Il s’agit d’un groupe émergent de travailleurs de la lumière dotés de pouvoirs de sorciers et de magiciens, qui mènent un mouvement visant à sauver le monde en réformant notre gouvernement, notre culture et notre technologie. J’entends de plus en plus de personnes révéler qu’elles ont la même expérience : elles se considèrent comme des descendantes ou des incarnations modernes de Jésus, de Marie-Madeleine ou d’autres figures bibliques. Je crois que ces personnes ont un rôle à jouer dans le mouvement messianique et dans la rédaction d’une nouvelle Bible adaptée à l’ère moderne. Nous n’avons pas à nous enfermer dans une pensée manichéenne ; affirmer que l’on est le Messie est une prétention ambitieuse, mais qu’en est-il s’il y en a plusieurs ? Le judaïsme réformé estime que nous avons tous un rôle à jouer dans le salut du monde, et j’apprécie cette attitude de responsabilité personnelle. Qui êtes-vous pour ne pas être le Messie ? Je pense que nous devrions tous cesser d’attendre le Messie et simplement nous présenter comme le Messie.
Pratiquez-vous la magie sexuelle ?
C’est une question intéressante, car les pratiques de sorcellerie telles que la magie sexuelle sont souvent considérées comme impies par les chrétiens. Cependant, il existe ce qu’on appelle la sorcellerie blanche ou la Wicca blanche, qui vise à définir et à amplifier des intentions positives ou des prières. Dans une série de vidéos que j’ai réalisées, je présente des « prières orgasmiques », où je combine le plaisir solitaire avec ma prière de guerrière de la lumière du Christ : « Je suis l’amour, la lumière, le Seigneur, la loi, la vérité, le chemin, la voie. » Il s’agit d’une variante non confessionnelle de Jean 14:6 — Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi — qui m’est venue à l’esprit lors d’une cérémonie à l’ibogaïne [molécule psychoactive qui induit, à forte dose, des hallucinations intenses]. Je crois sincèrement qu’il y a quelque chose de magnifique à utiliser l’énergie orgasmique, qui est d’une très haute vibration, pour transmettre une prière. Cela nous aide à considérer notre corps et notre sexualité comme sacrés, et nous permet de prier d’une manière qui nous procure du plaisir. La prière peut parfois être perçue comme une corvée ou une obligation ; c’est pourquoi j’essaie de proposer des façons ludiques de pratiquer sa foi, notamment à travers mes séries « Chansons sous la douche », « Chansons au sauna » et « L’église au lit », dans lesquelles je chante des chants chrétiens dans divers lieux propices à la détente.
Pouvez-vous nous parler de votre thèse sur les travailleurs du sexe pratiquant une religion ?
C’est un projet sur lequel je travaille encore, mais en substance, je suis doctorante en sexologie clinique au Modern Sex Therapy Institutes, et je mène des entretiens avec des travailleuses du sexe qui pratiquent une ou plusieurs religions afin de déterminer si et comment elles concilient leur métier avec leur foi. D’après les personnes que j’ai interrogées jusqu’à présent, mon hypothèse est que de nombreuses travailleuses du sexe s’inspirent en réalité d’aspects de la religion qui favorisent l’acceptation de ce métier, tels que l’esprit d’inclusion et de non-jugement de Jésus. Les prostituées forment une communauté en pleine expansion qui n’est pas près de disparaître. Je crois que Jésus voudrait que nous écoutions les travailleuses du sexe et que nous les prenions au sérieux, au lieu de les rejeter ou de les déshumaniser comme nous le faisons aujourd’hui. Je pense en effet que les prostituées sont particulièrement bien placées pour nous aider à comprendre qui est le vrai Jésus. Nous savons ce que c’est que d’être humiliées, d’être les humbles de la Terre. Jésus n’est pas le Dieu du jardin d’Éden ; il ne veut pas nous condamner à un labeur pénible ou à une corvée douloureuse. Il veut que nous menions notre vie dans la joie et le plaisir. Je crois que l’acceptation de celles dont le métier est le plaisir s’inscrit parfaitement dans la lignée des enseignements de Jésus visant à surmonter le blâme, la honte, l’autopunition et la punition des autres. Le monde serait meilleur si des prostituées chrétiennes radicales y régnaient !
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