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Cinq nuances de soumission gay

Thomas Fap

Publié

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La soumission n’a plus rien de sulfureux. Pour les gays comme pour les hétéros d’ailleurs. Alors que les ventes de la saga Cinquante nuances de Grey ont explosé et que les films sont bien partis pour connaître le même succès, le fantasme de s’abandonner dans les bras d’un homme dominateur s’assume désormais sans complexe. On en parle de plus en plus librement, avec ses amis ou même parfois ses collègues de bureau pour peu qu’ils soient open. Mais si beaucoup avouent aimer le fait d’être dominé, de quoi s’agit-il vraiment ? Le territoire de la domination-soumission est vaste, aussi bien dans notre sexualité de tous les jours que dans le porno. 5 nuances pour explorer, tester et éprouver ses limites. C’est le moment de lâcher prise…

  1. La soumission soft : « Claque-moi les fesses mais pas trop fort »

C’est devenu absolument banal dans le porno et cela prend de plus en plus de place dans notre intimité. En mode plan cul ou en couple, on aime bien alterner entre « faire l’amour » et « baiser ». Le partenaire enfonce son sexe au fond de la gorge, nous fait mouiller les yeux, ses gestes sont plus fermes que tendres. Quand vient le moment de la sodo, l’actif domi soft se fait un plaisir de dispenser des petites claques, donnant à son passif un sentiment de douce humiliation jouissive qui le pousse à toujours mieux se cambrer. Quelques petits mots « sales » peuvent venir pimenter le tout. C’est fou comme au lit on peut soudain aimer se faire désigner comme une « salope », une « chienne », être stimulé alors que quelqu’un désigne notre cul comme « une chatte » (comme si le fait , quand on est gay, d’être désigné au féminin augmentait l’humiliation et la soumission – attention à ne pas virer misogyne quand même les gars !). On veillera toutefois à ce que l’étalon ne dépasse pas les bornes : le dirty talk est bien dosé, les fesses frétillent mais ne veulent pas finir rouges.

Ne pas trouver une scène de porno gay aujourd’hui qui comporte un minimum de domination relève de l’exploit. Se faire prendre à 4 pattes et recevoir une éjac faciale à genoux est presque devenu la norme.

domisoft

  1. La soumission hard : « Traite-moi comme un bâtard »

« Ca te dit de venir te faire sauter par moi et mon pote ? ». L’invitation est lancée sur un site de rencontres ou une appli gay et survient alors la question : se branler en y pensant ou y aller. On passe à un stade supérieur de la soumission, acceptant de se soumettre non pas à un 1 mais à 2 garçons qui ne se priveront pas de faire des commentaires salaces alors que l’un se sera glissé dans la bouche et l’autre dans le derrière. Quand on décide d’élargir le champ et de s’adonner à la soumission hard, on baisse des barrières. On suce en regardant l’actif droit dans les yeux, on encaisse plus d’insultes, des coups de boutoir plus violents, on ouvre la gueule pour « se faire mollarder », on « décrasse des panards » si on nous le demande, on se laisse corriger avec des claques ou des fessées qui peuvent faire mal. Eventuellement, on prend du poppers pour « se sentir plus chienne ». En terme de porno, on pense aux mâles machos de Raging Stallion qui dézinguent comme des bourrins ou aux lascars partageurs de Citebeur. Autorité, un zeste de mépris : rabaissé, le passif soumis est de plus en plus excité.

Cette transition vers le hard marque un désir plus profond de s’oublier, de s’abandonner. On commence à jouer avec des codes lorgnant vers le SM, appelant l’actif « Maître ». Le désir d’obéir, de suivre les ordres, de se déconnecter du réel pour ne plus être qu’un « esclave ». La sensation jouissive de ne plus réfléchir, de se consacrer au plaisir de l’autre qui mène la danse. Le dominateur peut alors se faire plus cérébral, encourager son « bâtard » à se dépasser, à « faire de plus en plus sa pute », à montrer qu’il « aime ça ». Echanges plus violents, porte ouverte à un scénario, au jeu de rôle. Sous la contrainte on se sent alors soudainement libre, cédant à ses pulsions sauvages.

citebeur

  1. La soumission cérébrale : « Tu m’appartiens »

En franchissant ce nouveau palier, on quitte toute sexualité lisse. La vraie soumission cérébrale, ce n’est pas pour les petits joueurs. Plus méconnue, renouant avec le caractère subversif originel de la soumission, l’approche cérébrale fait basculer dans un autre monde. Le temps du rapport dominant-dominé, le soumis se donne totalement à l’actif qui va devenir son « master ». Articulée sous forme d’initiation, la soumission cérébrale se vit réellement lors de « séances » plutôt que de plans, se déploie sur la durée et demande une réelle forme d’engagement. « Fantasmeurs s’abstenir ». Le maître commence un dressage consistant à rendre son partenaire de plus en plus docile au fil des moments partagés. On parle aussi de « formatage » soit mettre dans la tête du « slave » consentant qu’il est né pour servir un mâle dominant, pour lui obéir, le servir et lui « vider les couilles ». Et soudain la porte s’ouvre à tout un tas de jeux et situations : dogtraining, mise à disposition à d’autres actifs lors de plans type tournante, « gouinage » (le fait de s’acoquiner avec un autre soumis – on revient à la misogynie passive) position de larbin qui fait le ménage de celui qui s’impose désormais comme son « propriétaire ». Certains dominateurs imposent ainsi un « contrat d’appartenance ». Aux jeux se substituent les règles, les bases d’une seconde vie, d’un autre soi. Pas besoin de préciser qu’en allant sur ce terrain mieux vaut bien choisir son compagnon de route et avoir confiance.

soumission

Cette soumission cérébrale, qui insuffle des rapports très intenses pouvant générer une véritable dépendance, excite autant qu’elle effraie. Logique alors que le porno s’en empare pour ceux qui en « mouillent d’envie » mais n’osent pas passer à l’acte. Deux labels européens ont imposé leur style dans ce trip de niche. En France, il y a Domiaddict. Le site a été lancé avec des plans culs très dégradants et des textes ultra hard et borderline dans lesquels les modèles soumis sont volontiers désignés comme des « sous-merdes », des garçons ayant renoncé à leur identité pour servir des actifs barbares. Les mecs domis ne sont même pas tous beaux mais qu’importe : le délire est plus fort que les apparences. Au fil des mois, Domiaddict s’est radicalisé. Si les premières vidéos mêlaient le côté cérébral aux pratiques habituelles (on se faisait « loper » avec un collier de chien, humilier tout en gratifiant les masters de fellation et en les laissant prendre le contrôle des fesses) désormais il n’y a presque plus de sodo ou de pratiques purement sexuelles. De quoi donner lieu à un porno sans sexe explicite : étrange pour les non initiés mais assez bien vu. Que se passe-t-il alors à l’écran ? Les «bâtards » se font cracher dessus, fouetter, trainer en laisse, sont cagoulés, servent d’urinoir quand ils ne passent pas leur temps aux pieds du maitre attendant les prochaines sanctions. Comme si cela ne suffisait pas, le label mise beaucoup sur la personnalité de son mystérieux créateur et le personnage qu’il a imposé. Domiaddict est froid, brutal, sans pitié. Il est aussi hétéro. Et se « faire souiller par un hétéro dominant » de devenir la transgression x ultime qui fait toute la différence…

Les espagnols de Hardkinks jouent eux aussi à fond la carte du cérébral mais en veillant tout de même à toujours laisser une part de sexe. La production est moins brute et frontale que Domiaddict. Là où Hardkinks joue sur le scénario et le fantasme, avec des machos généralement bogosses qui se révèlent être de gros pervers, Domiaddict mise tout sur le réalisme, la provocation. Le réalisateur assume son parti pris « On est pas à Hollywood, ici tu fais ta chienne et c’est tout ». La force du concept tient dans sa volonté de mélanger porno et réalité. Domiaddict est très actif sur Facebook où il se plait à tenir son rôle jusqu’au bout. Il anime même régulièrement des soirées où il soumet « pour de vrai » des soumis dans des sexclubs à Nice ou à Paris.

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  1. La soumission SM : « Fais-moi mal »

Si le fait de s’abandonner totalement peut s’avérer être libérateur, ce n’est également pas nouveau que la douleur se mélange souvent au plaisir. La soumission peut ainsi amener à un certain masochisme. L’humiliation cérébrale ne suffit plus, on a envie de sentir physiquement la puissance et la domination du maître. Se faire marcher dessus, se faire travailler et violemment pincer les tétons, « encaisser » des dildos géants, être fouetté jusqu’à être marqué, découvrir l’électro, le fist, brûler de désir alors que se déverse sur le corps la cire chaude des bougies.

Difficile de parler de SM gay sans penser au label qui est, de loin, le numéro 1 en la matière. Le site Kink a réalisé à travers ses plate-formes gays Bound in Public, Men on edge et 30 minutes of Torment les fantasmes les plus fous. Et le spectateur de se retrouver propulsé au coeur d’un château célébrant une sexualité barbare, où il n’y a plus de place pour les tabous. Mélange détonnant entre sexualité agrémentée de tortures renvoyant à un certain fantasme moyen-ageux et perversion doucement sadienne, ces productions léchées et furieuses envoient du lourd. Dans Bound in Public, un passif volontaire se retrouve, la plupart du temps en public, encerclé par une bande de mecs beaufs, dominateurs et sauvages qui vont lui faire vivre une tournante ahurissante. Fellations et sodos à la chaine, fluides qui n’arrêtent plus de se déverser, gestes extrêmement brusques. Chaque modèle en ressort trempé, lessivé, avant d’assurer face caméra qu’il a pris le pied de sa vie. Men on Edge favorise pour sa part le bondage. Attaché, à la merci de dominateurs sadiques, le soumis se prête à un jeu vicieux où il se laisse contrôler et abuser. Ses tétons, son sexe, ses fesses : tout va être soumis à la douleur sans qu’il ne puisse être libre de ses mouvements. 30 minutes of torment pousse le challenge encore plus loin : comme son titre l’indique, le label a pour concept de confronter un maso à 30 minutes de tourments sexuels, violents et humiliants. Les modèles qui s’illustrent dans ces scènes n’ont pas volé leur titre de « performer ». C’est hot, c’est choc et le spectateur est définitivement face à ses limites, ses vices les plus enfouis, ses retranchements.

menonedge

  1. La soumission extrême : « Lope ouverte à tout »

Se lâcher et expérimenter c’est bien mais n’y a-t-il pas un moment où il faut savoir utiliser le « red code » et dire stop ? Emportés par des pulsions sauvages et parfois destructrices, sujet au syndrome de l’escalade, certains gays partent en quête d’un « toujours plus » vénéneux. La soumission devient alors un exutoire périlleux et le pire peut survenir. On peut finir par jouer avec le feu au point de se brûler. On fricote avec un dominateur peu scrupuleux qui nous jette dans une tournante avec 10 actifs là pour « défoncer une chienne » en mode « no capote ». Prendre le jus de parfaits inconnus à la chaine, se faire sauter par une multitude de mecs vicieux dans un sexclub, la plupart du temps en étant « gazé au poppers » ou défoncé via des drogues dures : place au « no limit ». Sans vouloir jouer aux moralisateurs, cette dernière nuance nous met dans une position sacrément inconfortable car elle inclut de transformer la sexualité en roulette russe, menace la santé et l’équilibre psychique autant que physique.

TreasureIsland

Ce qui peut clairement s’apparenter à une dérive sordide de la soumission trouve un écho dans le x gay à travers le très polémique et contesté label Treasure Island Media. Les garçons qui s’y aventurent acceptent de tomber sous la coupe du patron de la boîte, Paul Morris, un dominateur sadique qui a un temps imposé à ses « boys » de se tatouer le nom de son label porno pour prouver leur totale appartenance. Se fichant pas mal de ceux qu’il fait tourner, il les plonge dans des scènes d’une rare violence s’apparentant parfois à de véritables cauchemars mis en image. On assiste alors médusés à des cercles de contamination où des mâles paumés s’apprêtent à attraper le virus du Sida. L’uro s’apparente ici à un préliminaire soft, les dominateurs ne contiennent pas leur force, des garçons sont filmés en train de se droguer pour finir semi-inconscient dans un gang bang trash. Récemment Treasure Island Media s’est même amusé avec un peu de sang : de quoi donner froid dans le dos…

En conclusion de ces 5 nuances on pourrait dire que la soumission est assurément un bonheur, un moyen idéal de se lâcher, s’oublier, se libérer de ses inhibitions… mais en bon jeu adulte, elle requiert un minimum de responsabilités et de clairvoyance. Plus vous déciderez d’aller loin, plus vous jouirez en bravant les tabous et interdits et plus il vous faudra veiller à être certain de le faire avec la ou les bonnes personnes. Un bon partenaire domi pourra rabaisser avec force et autorité mais aura toujours du respect pour son soumis. Ne vous trompez pas de comparse, protégez-vous, jaugez vos limites et éclatez-vous !

Thomas s'abreuve de porno depuis ses 15 ans. Après les premiers émois des VHS hétéros, il développe une passion débordante pour le x gay alors qu'Internet fait son apparition. Pornophage et curieux, tous les genres et fétiches attisent sa curiosité. Il partage ses fantasmes et addictions sur son propre blog, Gaypornocreme, et régulièrement pour le magazine gay Qweek.

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