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Porno Gay et Prostitution : quand l’hypocrisie s’en mêle !

Thomas Fap

Publié

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C’est l’arrestation qui a fait trembler le porno gay à l’échelle mondiale. Le mardi 25 août 2015, la police débarque dans les bureaux de Rentboy, LE site d’escorting gay numéro 1. Plus d’1,4 million de dollars sont saisis, la plateforme disparaît brutalement du web… et sème ainsi la panique. Et les consommateurs de porno de réaliser subitement que le X gay est devenu quasiment indissociable de la prostitution et de débattre autour de ce sujet toujours aussi sensible.

RENTBOY : UN OUTIL INDISPENSABLE POUR LES PROFESSIONNELS DU X GAY ?

Si tout le milieu n’a pu s’empêcher de crier sa colère sur les réseaux sociaux ce n’est pas un hasard. Rentboy avait de gros partenariats d’affiliation avec de nombreux studios, sites et blogs américains et représentait une source de revenus considérable. Son arrêt fragilise tout le marché et ce à tous les niveaux possibles et imaginables. Outre les producteurs, webmasters et blogueurs, les acteurs sont les premiers à avoir vu rouge. Et pour cause : c’est un fait que beaucoup d’amoureux du porno ignorent mais la plupart des modèles, et particulièrement aux Etats-Unis, se désignent avant tout comme des « travailleurs du sexe » et tirent la majorité de leurs revenus de leurs activités d’escorting. Pour certains, les vidéos pornos ne seraient même qu’une jolie carte de visite à mettre en avant sur les sites d’escorting afin d’augmenter leurs tarifs et booster leur popularité. Rentboy étaient l’outil quotidien d’une multitude de grands noms du X business et son évaporation laisse craindre le pire. Pour le moment, la plupart des garçons sont passés d’une plateforme à l’autre. Rentboy était le géant du genre mais d’autres sites existent et se voient désormais submergés d’inscriptions. Pour combien de temps ?

PORNO GAY ET PROSTITUTION AUX ETATS-UNIS : PARADOXES

Ce qui a choqué tout le monde, c’est que l’arrestation a pratiquement surgi de nulle part. Rentboy existait depuis presque deux décennies, tout le monde était bien conscient qu’il ne s’agissait là pas que d’un simple site proposant des services pour des personnes ayant besoin d’un peu de compagnie. Devenu une véritable marque, Rentboy assumait fièrement ses activités flirtant avec les interdits : organisation de cérémonies d’awards et soirées (Hookies Awards, Hustlaballs) où l’on exhibait fièrement le meilleur gigolo de l’année, promotion de l’interface à travers des interviews vidéos de beaux mecs s’évertuant à déstigmatiser l’image de l’escort boy écervelé et expliquant que oui on pouvait être gigolo, avoir un cerveau et être épanoui… Ce n’est pas nouveau : les Etats-Unis témoignent d’un énorme paradoxe. S’il compte un nombre toujours
grandissant de puritains désireux de s’attaquer toujours plus fort aux droits des gays et tenant à censurer la pornographie, le pays de l’Oncle Sam est aussi le numéro 1, la référence en terme de x : c’est là que le gros de l’industrie se passe, là où l’on compte des centaines de blogs pornos gays dont certains ont des visites quotidiennes qui se comptent en millions.

S’il y a bien un endroit où la Porn Culture Gay explose c’est aux USA. Il suffit d’observer comment les porn stars communiquent là-bas. Les porno boys n’ont jamais été aussi mainstream et populaires, enchaînent les shootings photo, sont suivis par des dizaines de milliers de gens sur Twitter, assument fièrement le fait de tourner des scènes à la chaine en plus de pratiquer l’escorting. Ces travailleurs du sexe décomplexés, fiers, dénués de culpabilité,
tendraient-ils un miroir devenu insupportable pour l’ordre moral ? L’affaire Rentboy sonne comme un retour de bâton qui va agiter le secteur et les médias pour les mois à venir. Pour le blog porno gay américain The Sword, cette arrestation est un symbole fort, une attaque à la liberté qui évoquerait les stigmates des attaques policières vis à vis des gays dans les années 1950 et 60. Rien que ça !

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QU’EN EST-IL EN FRANCE ?

Chez nous, si la plupart des modèles combinent aussi tournages X et prostitution, le phénomène est plus isolé. Ici, Rentboy est à peine connu. Ceux qui cherchent des étreintes tarifées se rendent plutôt sur le site PlanetRomeo (aussi connu sous le nom Gay Romeo). En surface, il s’agit d’un gros site de rencontres pour les gays du monde entier. Il n’aura toutefois pas échappé aux utilisateurs curieux que la plateforme dispose d’une rubrique dédiée à l’escorting. C’est là qu’on trouve de nombreux porno boys proposant leurs services. Ils sont noyés dans un flux assez impressionnant d’anonymes qui marchandent sans complexe leur corps. Le système est ravageur : d’un clic on passe de la recherche d’un plan cul traditionnel, qui pour certains peut s’avérer plus compliqué que pour d’autres (pas toujours facile de trouver son bonheur surtout quand on arrive à un âge avancé ou que l’on ne correspond plus aux éternels et cruels diktats de beauté), à la possibilité de tromper l’ennui avec un beau garçon pour quelques billets de plus.

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SITES D’ESCORTING : MODE D’EMPLOI

Benjamin accepte de témoigner pour nous sous pseudo afin de préserver son anonymat. Il lance, rieur : « Je donne sans problèmes des interviews en montrant ma gueule en tant qu’acteur porno mais pas quand il s’agit de parler de prostitution. En France le tabou est encore énorme, c’est trop dur à assumer ». Il a la vingtaine, tourne régulièrement des pornos et a travaillé des années en tant qu’escort en région parisienne. Selon lui, ce qui a changé avec les sites d’escorting c’est « l’impression de pouvoir vendre son cul facilement et librement ». Il explique : « Je pense que je n’aurais jamais osé me prostituer sans ces sites. Comme beaucoup, j’avais en tête tous les clichés sur les maquereaux, le danger, le trafic humain etc. Je suis jeune et plutôt bien foutu, je plais, j’aime le cul, je savais que je pouvais facilement baiser avec des inconnus, bander facilement même si un mec ne me plaisait pas des masses… J’ai traversé une période un peu difficile financièrement parlant. J’allais quasi tous les jours sur Gay Romeo pour me trouver des plans culs et un soir je me suis dit : pourquoi pas tenter de voir ce que ça donne si je m’inscris dans la rubrique escort ? J’ai créé un nouveau profil, j’ai regardé un peu comment les mecs faisaient pour se mettre en avant et j’ai fait pareil. Deux jours après, je rencontrais mon premier client. J’avais exigé de voir sa photo et transmis son adresse à une copine au cas où ça partait en sucette. J’avoue, je flippais un peu. Une fois sur place j’ai été surpris de voir comme c’était facile. En moins d’une heure je me suis fait 150 euros. Très vite j’ai commencé à enchaîner les rendez-vous, avec parfois des mecs dont je n’avais pas vu la moindre photo. J’ai fini par lâcher mon taff : je me suis pris une sorte d’année sabbatique pendant laquelle j’ai vécu de mes activités d’escort. Je n’avais plus à travailler beaucoup mais je considérais quand même ça comme un vrai job. Contrairement à ce que les gens peuvent croire, être escort c’est pas que filer son cul : il y a une vraie dimension sociale. Tu dois écouter les mecs te parler de leur vie, leurs frustrations, leurs problèmes. Tu te fais petit à petit ta propre clientèle, tu essaies de fidéliser, de fixer des rendez-vous, tu fais des relances, tu crées un carnet d’adresses… »

De l’argent vraiment facile ? « L’argent tombe vite d’un coup, c’est grisant. Après il faut pas se mentir c’est pas tous les jours faciles. C’est comme partout : tu tombes sur des connards, tu perds beaucoup de temps pour pas revoir tes tarifs à la baisse. Moi je facturais 150 euros de l’heure, peu importe les pratiques tant que safe, pas crade ni trop violent. Je peux te dire qu’au moins 30 % des mecs essaient de marchander. Il ne faut pas céder. Je pense que c’est un job qui n’est pas pour tout le monde : il faut avoir de la personnalité, savoir s’imposer, ne jamais se comporter en victime ». Pour Benjamin, les sites d’escorting donnent la possibilité à n’importe quel mec de « devenir une pute en 5 minutes et 3 photos » mais il tient à préciser : « dans l’idée tout le monde croit qu’il peut devenir escort en un claquement de doigt mais j’ai envie de dire que c’est plutôt l’inverse. Il faut avoir les épaules solides, un bon mental, il faut être bien dans son corps, connaitre ses limites, garder son sang froid et surtout assumer ».

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Quand on l’interroge sur les liens entre porno gay et prostitution, Benjamin confie : « Le porno, j’en ai fait après avoir commencé l’escorting. Une boîte de prod m’a envoyé un message sur mon profil Gay Romeo. C’est une pratique assez courante. Beaucoup de labels recrutent des escorts : c’est plus simple pour un tournage de faire appel à des mecs pros qui savent déjà bander sur commande ».

Que pense-t-il de l’arrestation de Rentboy ? « Je ne pense pas que ça va changer grand chose en France. Ce qui est plus flippant, c’est la direction qu’est en train de prendre le gouvernement sur le sujet. L’arrestation de Rentboy je trouve ça con et triste. Un site comme ça permet à ceux qui veulent proposer leurs services de le faire de chez eux, sans rendre de compte à personne. On n’arrêtera jamais la prostitution. Il y aura toujours des mecs qui seront seuls et qui voudront payer pour avoir ne serait-ce qu’un semblant de sexualité. Quel est le but de fermer un site comme celui-là ? Pousser les gens dans la rue et les condamner à la précarité ? Faire de nous des caricatures ? »

Pourrait-on dire que ces sites sont nécessaires et qu’il ne faut y voir aucun mal ? « Je n’irai pas jusqu’à dire ça. Même si un site comme Rentboy permet de bosser de façon plus safe, il y a toujours un danger. Moi j’ai fait ça 2 ans au total, dont 1 « à plein temps ». J’ai arrêté parce que ça me saoulait. Je connais des mecs qui ont du mal à stopper, qui tombe dans un engrenage, qui finissent dans un mauvais délire, qui se droguent… Tu as des gars qui vont bien gérer le truc, prendre ce qu’il y a à prendre et se casser au bon moment et d’autres plus fragiles qui vont devenir des victimes. Mais c’est comme ça partout non ? »

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UN VRAI PROBLÈME MORAL

Le fond du problème ne serait-il pas qu’en France comme aux Etats-Unis on a encore du mal à prendre le « travail du sexe » au sérieux ? S’il comporte en effet son lot de conséquences néfastes et fragilise socialement, le fait de tourner des scènes X ou d’être escort n’est pour beaucoup qu’une vaste blague, la porte ouverte au plus grand des mépris. Comme si décider de travailler avec son corps, de lui enlever sa valeur « sacrée », ne pouvait mener que vers
l’autodestruction, la déchéance et jamais une quelconque forme d’épanouissement. Benjamin observe : « Il suffit de lire les commentaires sur des articles de grands magazines qui parlent de porno ou de prostitution. C’est là que tu te rends compte que même si aujourd’hui tout le monde se branle sur des vidéos ou fantasme un jour sur le fait d’avoir un rapport tarifé, personne ne veut considérer les gens qui bossent là-dedans comme des vraies personnes. C’est très dur de faire face au regard des gens et leurs préjugés. Tu auras beau leur expliquer, ils ne veulent rien entendre, rien comprendre et ça c’est vraiment triste. On vit dans une société où le porn est partout, où tous les gays sont devenus des putes qui marchandent sans même s’en rendre compte leur corps en envoyant des selfies X pour un vulgaire plan cul mais où on te martèle « Le porno c’est mal, la prostitution c’est mal ». On baigne complètement dans la culpabilité et l’hypocrisie. Quand vous aurez 75 ans, que vous serez seul, en manque, et que plus personne voudra baiser avec vous, vous serez bien contents que les travailleurs du sexe existent ! ».

La conversation avec Benjamin dure longtemps et comme il le souligne justement au détour d’une phrase : « Je crois que c’est un débat sans fin. Mais il faut débattre, il faut en parler et ne pas faire tomber les professionnels du sexe dans la précarité ». Qu’on se le dise : le plus vieux métier du monde est bien toujours celui qui fait parler et divise le plus…

Thomas s'abreuve de porno depuis ses 15 ans. Après les premiers émois des VHS hétéros, il développe une passion débordante pour le x gay alors qu'Internet fait son apparition. Pornophage et curieux, tous les genres et fétiches attisent sa curiosité. Il partage ses fantasmes et addictions sur son propre blog, Gaypornocreme, et régulièrement pour le magazine gay Qweek.

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