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Sexe Gay sur Twitter : virtuel, excitation, limites, danger

Thomas Fap

Publié

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C’est LE réseau social le plus débridé. Même si fréquemment les utilisateurs redoutent et annoncent la fin de son « âge d’or porno », Twitter c’est un peu le paradis sur Terre de ceux qui aiment le cul. C’est là où les acteurs de porno gay font leur promo, où les studios teasent et relaient leurs vidéos, face à des milliers de fans qui se lâchent. C’est aussi, et on en parle un peu moins, le territoire de tous les fantasmes exhibés en public et une façon, pour certains, de se rencontrer. Mais attention, tout n’est pas toujours rose sur le réseau du petit oiseau…

Twitter, la planète porno

Alors que Facebook n’en finit plus de durcir ses règles face au contenu potentiellement adulte ou « choquant » (avec des méthodes souvent critiquées, certains baisers gays pouvant par exemple être signalés alors que parfois du porno chic hétéro passe…), Twitter est devenu l’endroit préféré de ceux qui aiment la pornographie sous toutes ses formes. C’est là où l’on peut suivre les comptes de ses labels pornos préférés et avoir accès à des flopées de photos et extraits vidéos, c’est là aussi où l’on peut avoir l’occasion de suivre au quotidien des modèles qu’on aime bien (des stars comme Landon Conrad ou Jake Bass ont allègrement dépassé le stade des 100 000 folowers) et c’est enfin l’occasion de découvrir tout un tas de comptes animés par des fans de porn ou des fans de baise tout court.

L’explicite étant autorisé (un simple filtre, masquant les publications susceptibles de choquer, est à désactiver), les internautes s’en donnent à cœur joie ! Dans chaque pays, il existe de véritables communautés de mecs qui prônent l’exhibition et célèbrent le sexe gay sous ses formes les plus diverses. Un compte en amène à un autre, les découvertes s’accumulent et les échanges se créent.

Ces anonymes qui vous chauffent

Florian, 26 ans, est selon lui « tombé dans un engrenage ». A la base il n’avait qu’un compte perso, avec sa propre photo de profil, qu’il utilisait pour parler à ses amis et ses collègues. Cela ne l’empêchait pas de garder l’œil sur des comptes pornos, sans toutefois les suivre, les partager ou les liker « pour ne pas se faire griller, notamment vis-à-vis du boulot ». Et puis il a eu envie de créer un deuxième compte, sous pseudo, avec un avatar fictif : « Je me sentais frustré. C’est comme s’il y avait un autre Twitter avec lequel je ne pouvais pas communiquer. Le fait d’avoir un compte anonyme sous pseudo m’a permis de me lâcher. Je pouvais liker et retweeter des tweets d’acteurs qui me font bander, leur dire que je les trouvais excitants (rires) ».

gay selfie smartphone

Les jours passent et Florian se lâche de plus en plus : « Les twittos peuvent être vraiment chauds et ça te donne envie de l’être toi aussi. Petit à petit, j’ai commencé à mettre en avant mon côté passif et soumis. Je me suis retrouvé à commenter des publications de mecs machos en mettant des trucs du genre « Je veux ta bite dans mon cul », « Je suis ta lope quand tu veux ». C’est difficile à expliquer mais le fait de publier ça en public, à la vue de tous, m’excitait à mort. Et très vite des mecs ont réagi et ont commencé à me chauffer. Des profils, aussi avec des avatars fictifs, de gars domis, ventant leur grosse bite et le fait qu’ils étaient dominateurs m’ont suivi. Avant je n’allais pas plus que ça sur Twitter, une ou deux fois par jour. Avec cette identité plus orientée cul, je suis devenu accro ! Les gens déballent leur intimité, leurs fantasmes, postent des photos et des vidéos d’eux en train de cracher. Et ça t’excite plus que n’importe quel porno parce que ce sont des mecs lambda. Ça pourrait être ton voisin ».

Un monde très virtuel

Florian se connecte un nombre incalculable de fois par jour, installe l’application Twitter sur son téléphone et la consulte en douce à son travail. A force de commenter les publications d’actifs s’exhibant, il se met à échanger avec eux, à entamer des discussions en privé (« PV »). De son statut de voyeur, il est encouragé à devenir de plus en plus « acteur » : « Je n’avais pas caché mon côté passif et que j’aimais la queue. Ça a chauffé pas mal de mecs qui m’ont un peu sauté dessus et qui ont rapidement commencé à vouloir me dominer virtuellement. Ayant ce fantasme de soumission, ça m’a beaucoup excité et l’idée que ce soit fait en public transcendait encore plus la situation. De parfaits inconnus m’ont parlé comme à un esclave, m’ont dominé par les mots, m’ont allumé avec des pics de leur teub et ont fini par réclamer que je leur envoie aussi des photos de moi ».

Florian hésite dans un premier temps puis décide de passer à l’action : « Je me suis dit que si je cachais mon visage, il n’y avait pas de risque. J’ai tweeté des photos de mon cul, de moi en train de me toucher, de me faire jouir. Je suis plutôt bien foutu donc ça a plu aux mecs qui m’ont retweeté, qui ont « fait tourner » mon compte. J’ai commencé à être suivi par des centaines de personnes. Ça me donnait envie de m’exhiber encore plus. Je n’avais jamais été exhib auparavant et là je découvrais ça et ça me chauffait beaucoup. Je me branlais jusqu’à 5 fois par jour ».

mec twitter

Le virtuel a réveillé chez notre « passif soumis » des pulsions enfouies mais pas du genre à se masturber non stop, il a tenté de concrétiser : « Tous ces mecs qui me chauffaient, certains qui montraient leur gueule et beaucoup qui filmaient leur très grosse bite, ça m’a donné envie de les rencontrer et de jouer avec eux en vrai. C’est là que je me suis rendu compte que dans 90% des cas, les mecs sont bidons. Soit ils utilisent des fausses photos et vidéos soit il s’agit bien d’eux mais ils n’ont aucune envie de faire quelque chose IRL. Ils ne sont là que pour créer et nourrir un personnage. Certains avec qui je correspondais en MP depuis des semaines et qui me certifiaient chercher du réel à terme se sont dégonflés, ont évité le sujet quand je proposais de se voir. Ils font genre qu’ils sont des maîtres qui dominent des lopes, que des soumis leur appartiennent, etc., mais tout est virtuel : les mecs ne se rencontrent même pas en vrai, ils sont dans un pur fantasme qu’ils cultivent pendant des mois. Déçu, je m’étais permis de tweeter à un mec en public qu’il faisait que du blabla. Pour se justifier, tout ce qu’il a trouvé à dire c’est que j’étais un mytho… Et il a été soutenu par pas mal de personnes qui le suivaient, car la majorité des profils culs Twitter sont comme lui : des gens faussement libérés qui se lâchent sur ce réseau mais qui n’oseront pas faire ce qu’ils disent vouloir faire dans la réalité ».

Quand le jeu devient réel

Un peu blasé, Florian ne décroche pourtant pas complètement de son deuxième compte Twitter. Il s’est attaché à cette communauté virtuelle qui l’excite, à tous ces mâles qui se mettent en scène. Un « maitre domi », dont le profil indique qu’il est dans la même ville que lui, le contacte en MP. Et là, c’est différent : il lui dit vouloir du réel. Florian se souvient : « C’était un beau mec, barbu. Il avait publié plusieurs vidéos de ses « lopes » qu’il baisait en vidéo. C’était très chaud, il n’avait pas l’air d’être un mytho. Je m’étais branlé sur ses publications pendant plusieurs semaines, je l’avais chauffé et le fait de lui parler déjà me rendait tout fou. Il a proposé d’échanger des photos, dont de mon visage. J’ai hésité, il a insisté en me disant qu’il était discret. J’ai joué le jeu. Je lui ai plu, il m’a plu aussi et on a échangé nos numéros. On s’est rencontrés et c’était un super plan. Il m’a dominé rapidement, clairement ce qu’il disait être sur Twitter était vrai. A un moment, il m’a demandé si j’acceptais qu’il me filme en train de le sucer en cachant mon visage. J’ai accepté. Une fois le plan passé, il a commenté notre rencontre sur Twitter avec pas mal de compliments puis il a posté la vidéo et les gens ont pas mal réagi. Je me suis fait accoster par pas mal de mecs domis qui avaient envie de me rencontrer d’un coup ».

selfie gay

Le réel a fini par dépasser le virtuel : de « soumis virtuel », Florian a commencé à enchaîner les plans avec des mecs dominateurs de Twitter. « C’était un petit cercle, il se parlait entre eux, je me suis mis à coucher régulièrement avec trois de ces mecs et ils partageaient des photos ou vidéos de nos plans sans qu’on voit mon visage. Je ne vais pas mentir : j’étais surexcité par tout ce qui se passait. C’était un jeu très excitant, un peu borderline. Ma sexualité a fini par se réduire à ces baises scénarisées, archivées et partagées publiquement en sauvant mon anonymat. Je me suis retrouvé avec 2000 followers, des commentaires nombreux tous les jours. Je me sentais plus désiré comme jamais ».

Quand ça dérape

Ce qui était « safe » et amusant a toutefois pris une tournure glauque un beau jour : « Parmi les trois mecs avec qui je couchais régulièrement et avec qui je me mettais en scène sur Twitter, il y en avait un un peu plus tordu que les autres qui était vraiment dans le délire de l’humiliation. Un soir, il a posté une photo de moi en entier, avec mon visage, qu’il avait pris sans que je m’en rende trop compte, lors d’un plan à 3. Je lui ai envoyé direct un texto pour qu’il l’efface. Et là c’est vraiment parti en vrille : il a partagé plusieurs photos et même une vidéo où on pouvait complètement m’identifier. Il a demandé à ses followers de retweeter pour « m’humilier » en disant que je ne méritais que ça. Des comptes que je ne connaissais pas ont retweeté en m’insultant, en se moquant de moi, se réjouissant de « pouvoir faire tourner une chiennasse sur Twitter ». J’ai supplié en public qu’ils arrêtent et je me suis entendu dire que je n’avais qu’à assumer qui j’étais ».

harcelement_twitter

Pris au piège d’un jeu dont il n’avait pas voulu voir les limites à ne pas franchir et les possibles conséquences, Florian entame une période très difficile pour lui : « J’ai signalé les publications, les comptes, mais quand tu n’y connais rien, c’est ultra compliqué d’effacer des photos de toi qui circulent comme ça. Je n’ai plus revu ce mec, je me suis méfié, ça a fini par se calmer et puis quelques semaines plus tard, d’autres comptes s’amusaient à ressortir les photos pour le plaisir de me faire du mal. Je ne sais pas qui sont ces gens, probablement des frustrés qui sont mal dans leur peau et qui prennent du plaisir à faire du mal aux autres. J’en ai eu marre, j’ai baissé les bras : j’ai décidé de faire comme si rien ne s’était passé. J’ai supprimé mon compte et fini par accepter l’idée que des photos de moi pouvaient tourner. Je n’ai pas beaucoup d’amis gays donc peu de risque que des connaissances voient ça. Ça me travaille car je ne suis jamais à l’abri que quelqu’un tombe dessus et me reconnaisse mais j’essaie de ne pas trop y penser pour ne pas me pourrir la vie ».

Déconnecté

Le faux profil supprimé, Florian a quand même gardé contact avec un des twittos qu’il avait rencontré via son compte explicite. « Au moins il y a eu cette belle rencontre : un mec certes dominateur mais qui me respectait, avec qui on a fini par développer une vraie amitié. Il est le seul à m’avoir défendu quand le salopard a sorti les photos visages. Il a compris que je ne voulais plus qu’il me filme ou qu’il ne mentionne sur Twitter pour qu’on m’oublie. Ça m’amène à relativiser et à me dire que tout n’est pas noir non plus. Mais à ceux qui seraient tentés de vivre cette expérience, je les invite vraiment à réfléchir : épluchez bien les profils des mecs que vous rencontrez, ne vous laissez pas, sur une pulsion, vous faire filmer ou envoyer des photos trop perso à un mec qui n’a pas l’air très net ou respectueux. On peut facilement se laisser dépasser par ses propres fantasmes ».

Thomas s'abreuve de porno depuis ses 15 ans. Après les premiers émois des VHS hétéros, il développe une passion débordante pour le x gay alors qu'Internet fait son apparition. Pornophage et curieux, tous les genres et fétiches attisent sa curiosité. Il partage ses fantasmes et addictions sur son propre blog, Gaypornocreme, et régulièrement pour le magazine gay Qweek.

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