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Bio/Milieu du X

BTS un supplément devenu sous-genre

Clint B

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Rangez les annales, rien à voir avec le Brevet de Technicien Supérieur. Le BTS (acronyme barbare de Behind The Scene) désigne l’ensemble des scènes de coulisse du porno. Croyez-le ou non, le off du X rencontre un succès indéniable. Il n’y a qu’à voir la pléthore de vidéos de ce type disponibles sur les tubes. Et pourtant, qui regarde les making-of ?

Sauf qu’il ne s’agit pas de simples making-of, comme on en trouve dans les bonus DVD d’un quelconque film d’auteur, adressé à quelques cinéphiles opiniâtres, et rythmé par le débit monocorde d’une voix-off soporifique. Non. Le BTS est un véritable sous-genre de la pornographie, au même titre que l’amateur ou le faux casting, à ceci près que son potentiel fantasmatique réside moins dans la gymnastique sexuelle des acteurs, cette mécanique des corps certes fascinante mais toujours courue d’avance, que dans la découverte de l’individu à travers le performeur.

image kinkÀ l’instar des autres pratiques audiovisuelles, la pornographie dispose de montagnes de rushs vidéos contingents à la création d’une œuvre. Et les pornographes, abhorrant le gâchis, trouvèrent très vite divers usages à ces chutes de pellicules : faire des bêtisiers, crier leur orgueil maniériste, témoigner de dispositions éthiques. Les studios Kink, notamment, ont pour habitude de publier les entretiens préliminaires des actrices avant chaque scène BDSM, afin de souligner leur consentement, leurs limites, leur connaissance des safewords.

En outre, le Behind The Scene s’avère être autant un reportage sur l’envers du décor pornographique qu’un objet masturbatoire. En effet, les coulisses du porn font l’objet d’un fétichisme à part entière, en forme de pied de nez à cet argumentaire archaïque décrivant le pornophile moyen comme un rustre misanthrope, désintéressé de la personnalité des acteurs. Pendant esthétique du gonzo, qui ne loue rien d’autre que la performance physique, le BTS révèle peut-être ce qu’il y a de plus humain dans le fantasme : voir d’autres êtres humains baiser. Voir une jeune fille qui frotte son œil douloureux, en riant, après une éjaculation incontrôlée ; découvrir, sous un golgoth surdimensionné, un être sensible et maladroit ; s’émouvoir d’une levrette claquée qui dégénère en fou rire ; surprendre les confessions badines d’un débutant qui se tire sur la nouille.

Par sa nature ambiguë, à la frontière entre la tranche de vie professionnelle et le gag coquin, il devient l’outil promotionnel par excellence d’une frange de la production pornographique, véhiculant auprès du grand public une image fun et décomplexée du milieu. Woodrocket l’a très bien compris, et a fait de sa chaîne Youtube une vitrine parfaitement SFW de ses réalisations, donnant la part belle aux interviews collectives d’acteurs et d’actrices, sur des sujets aussi variés que leur scène la plus bizarre, ou leur rapport à l’éjaculation faciale. Ainsi, à l’ère de la communication, où tout est mise en scène, le BTS perd en authenticité ce qu’il gagne en popularité, et ce qui était, à l’origine, le repentir grossier et sincère sous-jacent à n’importe quelle œuvre pornographique devient la base d’une communication lissée et maîtrisée. En témoigne le fameux triptyque Instagram-Snapchat-Twitter des actrices les plus célèbres du moment, qui distillent savamment photos et séquences « spontanées » de leurs vies rêvées de pornstars. Heureusement, ces réseaux accouchent encore, de temps à autres, de quelques perles saisissantes de naturel.

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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