Le fétichisme, quel pied !

Le terme n’est pas tant façonné par la religion que par la méfiance : le fétichisme est un mot issu du portugais « feitiço » (artificiel). Au départ consacré aux populations africaines qui « adoraient » leurs statuettes en tant qu’objets de culte, le mot s’est mué en un concept anthropologique.

Le fétiche est, pour l’anthropologue et le sociologue, un report de l’affectivité sur un objet en lui attribuant une efficacité supérieure à la sienne sur la réalité.

Pieds, chaussures et fétichismes

La définition du Petit Robert concernant le fétichisme est : « une perversion incitant l’individu à rechercher une satisfaction sexuelle par le contact ou la vue de certains objets normalement dénués de signification érotique, tels que le fétichisme du pied, de la chaussure ».

La podophilie (fétichisme du pied) y est prise en exemple tant elle est répandue. La fascination qu’ont certains hommes pour les pieds de leur conjointe est subtilement exprimée dans ce passage de Cendrillon des frères Grimm, qui mêle désir du pied et masochisme : « Coupe-toi un bout de talon ; quand tu seras reine, tu n’auras plus besoin d’aller à pied ».

Pour un fétichiste du pied, les points d’attirance incluent la forme et la taille du pied et des orteils. Il existe certaines formes d’excitations sexuelles incluant le léchage, les baisers et le reniflement. Le footjob et autres types de jeux sensuels peuvent y être inclus. L’écrasement / piétinement est considéré comme une partie plus controversée du fétichisme du pied.

Différentes classifications rythment officieusement l’attribution d’un type au pieds selon sa forme.

Bruno Bettelheim dans sa Psychanalyse des contes de fées note, à propos de la version de Perrault : « Ce n’est sans doute pas un hasard que Perrault a choisi des pantoufles de vair. Un petit réceptacle où une petite partie du corps peut être tenue serrée peut être considéré comme le symbole du vagin. Et s’il est fait d’une matière fragile qui peut se briser, on pense aussitôt à l’hymen ».

La star canadienne du fétichisme, Bianca Beauchamp, réputée pour ses larges attributs mammaires, ses tenues latex et ses chaussures qui laissent rêveurs certains.

Le talon SM est également podophile. À la douleur qu’ils engendrent et à l’image rigoriste qu’ils expriment, s’ajoute la mystification du pied.

Christian Louboutin (concepteur français de chaussures) assume à ce sujet sa démarche créatrice. Il admet vouloir « déshabiller » le pied de la femme afin de le sublimer. Il souhaite donc faire de ses souliers, les réceptacles érotiques de cette partie du corps devenue un objet sexuel. Le haut talon est d’ailleurs de tous les fantasmes en matière de femme fatale. De la pornstar à la soubrette en passant par la working-girl dominatrice, le soulier est toujours haut, symbole sexuel de la femme sexy.

Capri Cavanni en plein footjob.

Des pratiques peu assumées

Le fétichisme du pied est considéré comme le plus répandu au monde. Plus de 70 millions d’adeptes recensés. Cependant, il semble n’exister aucune statistique exacte sur la prévalence de ce type de fétiche.

C’est pourtant une pratique qui a traversé les âges. On trouve cette fascination sexuelle pour les pieds dans la littérature, comme dans l’œuvre du marquis de Sade, au cinéma, chez Quentin Tarantino ou Pablo Almodovar (Talons aiguilles entre autres) ou encore dans la photographie d’Elmer Batters.

La photographie d’Elmer Batters, mettant l’accent sur les bas nylons à coutures, les jambes et les pieds dans la photo érotique de femmes, était en avance sur son temps en popularisant l’imagerie fétichiste comme divertissement érotique.

Bien que la podophilie soit répandue, elle peut s’avérer problématique dans la vie quotidienne de l’individu qui, dans la plupart des cas, ne désire pas se débarrasser de son fétiche malgré les désagréments qu’il peut causer. En couple, des problèmes sexuels et relationnels peuvent survenir. Dans ce cas, des traitements comportementaux et médicamenteux peuvent intervenir incluant psychanalyse, hypnose… On entre dans la pathologie lorsque la personne ne peut prendre de plaisir que grâce aux pieds de sa partenaire.

Jusqu’alors considérés comme des perversions, les fétichismes seront, en 2018, requalifiés en « troubles paraphiliques » selon la classification internationale des maladies de l’OMS.

Elise

À propos de Elise

Étudiante en lettres modernes et libertine assumée. Mes deux passions: la littérature et le sexe. Que je peux enfin concilier sur ce blog, où je vous raconterai mes aventures sexuelles et autres coups de cœur et coups de gueule en rapport avec la sexualité. Bisous à tous (et à toutes, j'aime bien les filles aussi !).