Séoul, capitale mondiale du voyeurisme ?

La Corée du Sud est plus célèbre pour ses téléphones et ses voitures que pour ses voyeurs. Pourtant, l’espionnage des femmes à l’aide de caméras cachées prend une ampleur inquiétante.

« Ma vie n’est pas ton film porno ! »

Début juillet, des manifestations inédites ont agité la capitale de la Corée du Sud. Quelques 20 000 femmes excédées ont battu le pavé pour attirer l’attention sur ce qu’il convient d’appeler un véritable phénomène de société dans le pays : l’espionnage des femmes dans les toilettes publiques à l’aide de mini-caméras.

Cela pourrait faire sourire, si le phénomène n’avait pas pris une telle ampleur. La possibilité qu’une caméra soit disposée dans des lieux où l’on espère la plus grande intimité, est devenue une véritable obsession pour les Coréennes. A tel point que des milliers d’entre elles se plaignent de ne pouvoir aller aux toilettes sans en inspecter les moindres recoins. Elles ont donc choisi de défiler dans les rues de Séoul en scandant des slogans comme : « ma vie n’est pas ton film porno ! » Chose incroyable, c’est la première fois que des manifestations réunissent autant de personnes dans les rues de la capitale coréenne.

Voyeurisme high-tech

Au pays de l’industrie électronique de pointe, pas étonnant qu’une perversion sexuelle comme le voyeurisme se révèle lui aussi « high-tech ». La taille des caméras utilisées par les voyeurs, que l’on trouve très facilement sur Internet, ne dépasse pas celle d’un bouton de veste. En Corée, le mot-valise « molka », que l’on traduit par « caméra cachée » en est venu à désigner ce nouveau phénomène. Le nombre de délits « molka » a bondi, de 1 100 en 2010, à 6 500 l’année dernière.

Les voyeurs dissimulent ces caméras-boutons dans les toilettes, et diffusent ensuite les vidéos obtenues sur Internet. Autre fait remarquable : ces délits ne sont pas commis par des cas psychiatriques ou des marginaux. Toutes les catégories de la société sont concernées. Ainsi, parmi les voyeurs pris sur le fait, on trouve des profs, des médecins, des pasteurs, des policiers…  Et même un juge !

Une brigade de chasseurs de caméras

Le gouvernement coréen a décidé d’agir en créant une brigade de chasseurs de caméras cachées. Équipée de détecteurs, elle parcourt Séoul pour inspecter les quelques 50 000 toilettes publiques de la capitale, mais aussi les vestiaires de salles de sport, les saunas, etc. L’an dernier, les vestiaires d’un parc aquatique ont été la cible des voyeurs, qui ont même réussi à créer un buzz sur Internet. En effet, à la suite de la découverte des caméras, les termes «molka parc aquatique» sont ainsi arrivés en troisième position sur les recherches Google en Corée du Sud !

La loi coréenne est pourtant sévère : elle prévoit des peines maximales de 5 ans de prison et de 7 500 euros d’amende pour un délit « molka ». Mais la loi est-elle appliquée ? C’est bien le problème ! Selon les féministes coréennes, les peines infligées par la justice coréenne sont très légères, et les coupables bénéficient d’une relative impunité. Les manifestantes exigent donc un peu plus de sévérité envers les voyeurs. Dans une société aussi machiste que la Corée du Sud, le combat s’annonce difficile.

Quelle punition pour les voyeurs français ?

En France, les affaires de voyeurisme défraient de temps à autre la chronique.  Voilà quelques années, un homme a été arrêté pour avoir filmé sous les jupes de centaines de femmes. À l’aide d’une caméra vidéo, il filmait également, de manière compulsive, sous les jupes des filles. La police a retrouvé chez lui des dizaines de vidéos volées de petites culottes. La loi française réprime sévèrement ce type de comportement. Le Code Pénal punit « d’un an d’emprisonnement et de 45 000 € d’amende le fait, au moyen d’un procédé quelconque, de porter volontairement atteinte à l’intimité de la vie privée d’autrui ».

Pierre Des Esseintes

À propos de Pierre Des Esseintes

Pierre Des Esseintes est auteur et journaliste, spécialisé dans les questions de sexualité. De formation philosophique, il est également sexologue. Il a publié, aux éditions La Musardine, Osez la bisexualité, Osez le libertinage et Osez l’infidélité. Il est aussi l’auteur, aux éditions First, de Faire l’amour à un homme et 150 secrets pour rendre un homme fou de plaisir.