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« Fake professionals », le chantage porno pour de faux

Clint B

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Le porno amateur, ces séquences où d’authentiques couples libertins et de véritables coquines exhibitionnistes se filment pour s’exhiber sur le web, n’a jamais marché qu’en France, pays de la grivoiserie décomplexée. Trop cru, trop brouillon, « trop nature », nos voisins ont tendance à lui préférer un autre genre pornographique en prise avec le réel, celui des « fake professionals ». Faux castings, faux entretiens d’embauche, faux médecins, ces pastilles graveleuses reposent toutes sur le même principe : monter une arnaque pour profiter de la naïveté d’une jeune candidate ou d’une jolie patiente, l’amener à se foutre à poil et abuser sans vergogne de ses orifices au nom des impératifs professionnels. Le rapport à la réalité tient alors au fait que la petite victime est censément une vraie innocente, une pure ingénue qui a eu le malheur de pousser la mauvaise porte, d’entrer dans le mauvais cabinet. Vicelard, non ?

Faux et usage de faux

Autant crever l’abcès tout de suite, tout ceci est évidemment mis en scène. Mes excuses à tous les naïfs qui croyaient encore que le porno leur raconte la vérité, mais franchement… Pensez-vous vraiment qu’une société de production puisse se permettre de mentir éhontément à des femmes, d’abuser d’elles sexuellement, de filmer le tout et d’asseoir sa réputation sur ce genre d’actes criminels sans que tout le monde ne soit foutu en taule dans le mois qui suit ?

Merci Harvey, on se passera de tout commentaire.

Ne soyez pas embarrassés, les studios de « fake professionals » mettent le paquet pour vous faire croire que tout est vrai. Le décor revêt ainsi une importance capitale. Qu’il s’agisse de la berline minuscule d’une auto-école factice, du comptoir débordant de merdouilles d’un pawnshop crapuleux ou de l’arrière-salle encombrée d’un quelconque bâtiment de service, l’accent est mis sur l’authenticité, au mépris du glamour et du bling-bling typique du porno champagne. Il faut que sa sente la routine, le désœuvrement et la misère ; ce train-train professionnel déprimant que vit quotidiennement le spectateur et dans lequel il s’imagine lever un jour Francesca, la petite stagiaire croate, dans le local à photocopieuses, entre les ramettes de papier et le surplus de trombones.

Côté réal’, on reste dans le minimalisme, avec plusieurs variantes. Soit on conserve le plan fixe, dans un cadrage hasardeux façon caméra-espion ou vidéosurveillance, la mise en scène jouant de fait sur l’ignorance de la victime qui se désape en toute tranquillité d’esprit ; soit on se la joue « gonzo-style », caméra au point. Le contexte est alors plus pervers puisque le faussaire invoquera toutes les raisons professionnelles les plus invraisemblables pour justifier de la filmer en tenue d’Ève puis de lui glisser un index dans le trou de balle.

À l’inverse, les intitulés de ces séquences insisteront souvent sur la notion de « fake » : Fake Taxi, Fake Agent, Fake Casting, Fake Hospital, etc. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’en discréditant le protagoniste en tant qu’escroc, on renforce de fait la véracité du dispositif qui l’entoure. Comme pour les caméras cachées, qui ne sont drôles que parce que l’on pense que les personnes piégées sont réellement piégées, les « fake professionnals » ne sont excitantes que parce qu’on nous détaille la supercherie d’entrée de jeu.

« Pour des questions de formation et de sécurité, cet entretien sera enregistré… »

De manière générale, dans ce genre de fiction, c’est toujours le devoir professionnel qui dictera l’argumentaire de l’abuseur. Dépersonnalisation : « La fouille rectale est une procédure standard. Oui, oui, dans toutes les auto-écoles… » ; désintérêt : « Je ne prends aucun plaisir à cette fellation Madame, je mesure simplement votre pression labiale, serment d’Hippocrate oblige. » ; arguments d’autorité : « Si vous ne voulez pas vous mettre à quatre pattes sur ce bureau, vous pouvez aussi bien sortir… » ; rien n’est trop gros dans l’univers fantastique du harcèlement sexuel professionnel.

Vérifions ensemble la pression des airbags…

Le rôle de l’abusée, puisqu’il s’agit généralement d’une femme (même si de plus en plus de studios s’amusent à renverser le concept), offre en revanche une palette de réaction plus vaste. De la fausse timide qui n’attendait qu’une excuse pour sauter son beau docteur entreprenant, à la pure héroïne de mélodrame, seule et fauchée, qui poursuit son martyr dickensien façon « coulisses du Cosby Show », son attitude sera généralement dictée par le ton général du studio qui produit la séquence : polisson et bon enfant ou sordide et scandaleux. Il va sans dire qu’en cette période post-#metoo, la tendance est évidemment à la première option.

Toute ressemblance avec des personnes existantes…

Faux recruteurs, faux médecins, faux prêteurs sur gages, mais aussi faux policiers, faux chauffeurs, faux agents immobilier, le concept se décline à l’infini, avec néanmoins un dénominateur commun : la très forte représentation des métiers de services. Et pour cause ; pour que la mayonnaise prenne, il faut que le faussaire puisse prétendre à un maximum de responsabilités professionnelles tout en produisant le minimum de savoir-faire. Or, les métiers du tertiaire sont tout indiqués pour ce genre de fraudes. Pour preuve, on voit tout de suite qu’un plombier de porno serait infoutu de changer un mitigeur, mais qu’en est-il de l’agent immobilier ? Feriez-vous la différence entre l’héritier spirituel de Stéphane Plaza et un vicelard qui n’attend que de vous montrer la fonction massage de la baignoire deux places ?

Double vasque !

En outre, le succès de ce genre pornographique ne va pas sans poser d’inquiétantes questions sur notre réalité. Le réalisme des scènes nous prouve ainsi que dans un monde où les jobs, les postes et les titres sont tous plus ou moins interchangeables, il suffit de pas grand chose pour que n’importe qui puisse se faire passer pour un professionnel crédible : un petit badge, un peu de jargon et un brin d’autorité. Pire, les innombrables témoignages de l’affaire metoo/balancetonporc, tous plus glauques et surréalistes les uns que les autres, sont autant de déclinaisons littérales de ce concept censé rester virtuel ; Et ça devrait nous interpeler. Quand est-ce que les rapports hiérarchiques, l’assujettissement au travail et les pouvoirs conférés par l’autorité ont permis à ce fantasme pour frustrés du boulot de devenir une réalité si universellement partagée ?

Votre CV est très impressionnant, Mademoiselle.

Tout ça pour dire qu’il serait grand temps d’assainir nos relations professionnelles, ne serait-ce que pour pouvoir profiter à nouveau des plus ignobles chantages pornographiques sans que la vision du gros Weinstein tout nu ne vienne hanter notre psyché à chaque réplique.

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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