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Pourquoi PayPal abandonne Pornhub ?

Clint B

Publié

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Paypal, l’incontournable prestataire de paiement en ligne, refuse désormais d’assurer les transactions de Pornhub. La nouvelle a fait grand bruit ; si bien que même les médias traditionnels ont relayé l’information, car il n’y a guère que quand ça parle de gros sous que l’on daigne s’intéresser au porno. Et la presse de s’émouvoir, une fois n’est pas coutume, du sort des quelques « centaines de milliers de performeurs » concernés par ce soudain revirement, relayant avec gourmandise le communiqué de presse affecté de l’Amazon du X. S’il est de bon ton de s’indigner du traitement réservé aux travailleurs du sexe par l’immense majorité des établissements bancaires et des services de transaction (Paypal ne fait pas exception), il convient aussi de s’intéresser au rôle pas franchement reluisant qu’a joué Pornhub dans toute cette histoire. Paypal aurait-il eu raison de claquer la porte ?

La promulgation des lois SESTA/FOSTA aux Etats-Unis, censées améliorer la lutte contre trafic d’être humain, met aujourd’hui les travailleurs du sexe du monde entier dans une grande détresse. Tous les sites qui leur permettent d’exercer courent aujourd’hui le risque d’être traînés en justice comme de vulgaires esclavagistes. Pour ne pas souffrir des dommages collatéraux de cette nouvelle législation, les services de paiement en ligne, qui n’étaient déjà pas très chauds à l’idée de financer les galipettes professionnelles, se lancent dans un grand ménage de leur portefeuille « clients ». C’est dans ce contexte qu’a lieu la rupture dont tous les journaux parlent ; contexte qui fournit une excuse toute trouvée à la firme de Mindgeek, se payant même le luxe de se poser en victime de l’oppression puritaine. Sauf que s’il y a bien une plateforme qui ferait bien de la mettre en veilleuse sur le sujet, c’est sans aucun doute Pornhub.

Motus et bouche cousue

PH non-neutre

« Nous sommes tous dévastés par la décision de PayPal de mettre un terme au paiement de centaines de milliers de performeurs pour qui il s’agit du moyen de subsistance. »

« Les décisions comme celles de PayPal et des autres sociétés majeures ne font rien d’autre que nuire aux efforts pour mettre fin à la discrimination et à la stigmatisation des travailleurs du sexe. Bien que nous ayons plusieurs méthodes de paiement disponibles pour nos modèles, nous allons continuer d’ajouter de nouveaux moyens favorables aux sex-workers et d’explorer les options offertes par les crypto-monnaies dans un futur proche. »

Les « travailleurs du sexe » dont parle Corey Price, vice-prés’ de Pornhub, dans sa déclaration pleine d’emphase larmoyante, ce sont les brebis de son cheptel « maison » ModelHub, le portail dédié à l’auto-production des performeurs, nouvel eldorado porno. Vitrine bon teint de l’activité du groupe, ce programme sert à cacher le véritable fond de commerce de l’empire Mindgeek : l’exploitation indistincte de l’ensemble de la production mondiale, sans scrupule et sans contrôle. Or, ce juteux business pourrait tout à fait rentrer dans les prérogatives de la loi SESTA/FOSTA, pour des raisons parfaitement justifiées qui plus est…

L’île aux enfants

Aussi scandaleux que cela puisse paraître, suggérer qu’une plateforme telle que Pornhub favorise le trafic sexuel n’a rien d’aberrant. N’importe qui peut y uploader à peu près n’importe quoi (contenu piraté, production maison, revenge porn, etc.) au prix d’une simple déclaration sur l’honneur, et de la promesse de fournir tous les justificatifs le jour très hypothétique où quelqu’un viendra se plaindre. Couvert par sa qualité d’hébergeur, Pornhub ne se donne la peine ni de vérifier les droits à l’image des vidéos qu’il diffuse, ni l’âge de ceux qui y participent, ces étapes superflues entravant la bonne marche des affaires.

C’est ainsi que l’ONG britannique Internet Watch Foundation a recensé 47 cas de contenus sexuels impliquant des enfants sur la plateforme en 2019. Une broutille pour le directoire, qui s’est fendu d’un droit de réponse au magazine Campaign, affirmant que ces faits ne représentaient finalement que « 0,0000098% des cinq millions de vidéos postées sur le site ». Aucune raison de s’alarmer, donc… Parallèlement, PH a très récemment été épinglé lors du retentissant procès Girls Do Porn, pour avoir promu et sans doute rémunéré un studio vraisemblablement véreux, aujourd’hui poursuivi par le FBI pour des faits, je vous le donne en mille, de trafic sexuel ; situation qui a perduré bien après la mise en examen des accusés. L’on pourrait encore ajouter les faits de doxxing et de revenge porn régulièrement rapportés à l’encontre du site, mais ce serait tirer sur l’ambulance. Elle est en tout cas bien loin, l’image du site de cul moderne, propre et branché.

Les rats quittent le navire

D’ailleurs, les partenaires du groupe ne s’y sont pas trompés. Alors qu’en début de mois, Mindgeek annonçait en grande pompe une collaboration publicitaire avec Heinz et Unilever (Notons qu’après nous avoir bassiné avec le porno éco-responsable, c’est quand même croquignolet…), les deux géants de l’agroalimentaire viennent tout juste de se rétracter, sans doute échaudés par l’odeur de souffre qui émane actuellement du fond du tuyau. C’est qu’avec le bureau fédéral dans les parages, le moment n’est peut-être pas idéalement choisi pour vendre son ketchup au-dessus des séquences pirates estampillées « GDP » ou de la quarantième-huitième scène pédopornographique à franchir les filtres de la plateforme. Tant qu’on reste sous le seuil des 0,00001%, me direz-vous…

La très commentée démission de PayPal n’est donc pas seulement la démonstration de l’abandon des sex-workers à leur triste sort, comme se plaît à le narrer Corey Price à qui veut l’entendre ; c’est aussi, et surtout, la conséquence direct du business-model très discutable de Pornhub. La stratégie de défense s’apparente alors au chantage par la misère, grand classique des plateformes d’exploitation d’auto-entrepreneurs, du célèbre Uber à l’omniprésent Deliveroo, en passant évidemment par ModelHub. Toute action à leur encontre plongera dans la précarité les travailleurs primaires du business, déjà soumis à une grande fragilité économique et une dévorante concurrence.

« Personne ne bouge ! On tient le X en otage. »

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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