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Boy-Girl-Girl, la fausse bonne idée porno ?

Clint B

Publié

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Appelez-le BGG ou FFM, pour « Boy-Girl-Girl » et « Female-Female-Male », le plan à trois option nénette est un des lieux communs les plus courus du porno. Il faut dire que, sur le papier, le concept a tout de la formule idéale. Quel mâle hétérosexuel ne rêverait pas de vivre un moment de passion charnelle avec non pas une, mais deux superbes gonzesses, doublant ainsi son quota de fesses à palper, de seins à tripoter et d’orifices à explorer. Pourtant, et au risque de soulever une douloureuse polémique en ces temps déjà troublés, force est de constater que le résultat esthétique d’une telle composition est rarement à la hauteur des promesses qu’elle suggère. Alors, le Boy-Girl-Girl serait-il la fausse bonne idée du X ?

Mars et Venus

Alors qu’il est censé conjuguer le meilleur des deux mondes : la sensualité lesbienne et la rudesse du désir masculin, le threesome FFM finit invariablement par tomber à plat. Après le teasing de rigueur, riche en caresses saphiques et en turluttes bicéphales, il y en a toujours une qui se retrouve toute seule dans un coin, à se tripoter mollement en attendant son tour de poney. C’est que ce genre de joyeusetés repose en réalité sur deux dynamiques contradictoires.

Au cœur de l’esthétique du porno hétérosexuel, il y a la bite. Elle est le centre de gravité ultime de la mise en scène, tout tourne autour d’elle. Et si la caméra s’égare à l’occasion pour filmer une bouche, une vulve, une paire de seins ou de fesses (on dit alors qu’elle « hors-bite »), le reste du temps, elle n’a pour seul et unique objectif que de s’intéresser aux interactions du pénis super-massif avec le reste de l’univers : les globes qu’il effleure, les lunes qu’il tutoie, les trous noirs qu’il visite. De son côté, le lesbien, qui dans sa composition classique se reconnaît volontiers comme adressé aux messieurs, relève d’une physique plus nébuleuse. Les particules élémentaires de la volupté, éminemment féminines, s’y attirent, s’y mélangent, s’y collisionnent dans une danse primordiale sans début ni fin. L’irruption importune d’un mâle dans cette chorégraphie a alors toutes les chances d’anéantir le fragile équilibre qui la caractérise, pour la réduire à ce rigide système phallocentré décrit ci-avant : la même sempiternelle ronde de seins, de bouche, de fesses et de vulve à honorer, mais en double.

Délivre-nous du mâle

Le FFM est-il pour autant condamné à la médiocrité ? Quand son pendant enrichi en testostérone (BBG) peut parfaitement se complaire dans une surenchère de doubles pénétrations variées, son but premier, le Boy-Girl-Girl est perclus d’une ambivalence qui ne peut se passer d’une vision esthétique, d’un point de vue scénique radical pour s’extraire de son consensus mou. Il y a de fait deux écoles. La première consiste à assujettir le regard de la caméra au point de vue du petit veinard qui a l’insolente opportunité de se payer deux nanas pour le prix d’une.  Verrouillée de la sorte, le cadrage centré sur un pénis-boussole, la mise en scène garde le cap. Tout le spectacle, de la naissance des étoiles à l’expansion de la Voie Lactée, est ainsi entièrement adressé à une entité hybride spectateur-acteur-pénis, qui peut jouir à sa guise des trois différentes positions que lui confère son statut : admirer, manipuler, pénétrer.

Paradoxalement, l’alternative consiste, elle aussi, à tenir le mâle à l’écart. Sauf qu’au lieu d’en faire le démiurge de la séquence, elle le réifie cette fois-ci en accessoire de plaisir féminin. Dans ce dispositif, l’homme-sextoy se met à l’entière disposition de ses partenaires, qui l’usent avec une autorité délicieuse sans autre considération que leur propre recherche de l’orgasme. Ainsi muselée, la brusquerie masculine ne vient jamais interférer avec le flot tumultueux et lancinant des fantaisies saphiques.

Le trio Boy-Girl-Girl n’est donc pas nécessairement voué à cet entre-deux décevant dont nous gratifie une pornographie avide de syncrétisme sexuel. Handicapé d’une esthétique qui ne conçoit généralement le plaisir féminin, lesbien ou hétéro, qu’à destination de l’homme, il n’a d’autre choix, pour se sublimer, que d’embrasser pleinement ou de nier absolument cette doctrine. L’homme-sujet, ou l’homme-objet, un point c’est tout, et au diable les compromis tiédasses ménageant la chatte et le chibre. En clair, sans intention, le BGG n’est jamais que la somme de ses parties : un mec et deux nanas qui s’entre-chevauchent alternativement. On a vu plus palpitant. Aussi, si l’intérêt est simplement est de donner dans la surenchère de gonzesses pour un seul lascar, autant verser directement dans le « reverse gang-bang », orgie absolue de délices féminins… La demi-mesure, c’est non !

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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