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P°rno Gratuit, bienvenue dans la poubelle du X

Clint B

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Titres mensongers, qualité d’image scandaleuse, navigation archaïque et, comble du mépris, des séquences plus moches, usées et fatiguées que le vieux Nibard Magazine sur lequel vous avez déversé vos premiers émois ; le verdict est sans appel. À l’heure de l’artisanat érotique et de la résurgence des super-productions, les sites de cul gratuits s’imposent définitivement comme la déchèterie répugnante et nauséabonde du X-business. Retour sur les symptômes d’une affliction numérique dont le vaccin se fait toujours attendre.

Tempête sous un porn

Ne faites pas les innocents, chacun a son petit préféré. Pour le reconnaître, c’est facile, il a toujours un nom à coucher dehors, contraction improbable entre un épithète crapoteux et un animal quelconque, sans doute dans le vain espoir de camoufler sa teneur salace (Mais honnêtement, qui s’attend à trouver autre chose que du cul sur jizzmonkey.com ou lachatteamamie.fr ?). Ses pages aux couleurs criardes, optimisées pour le Web 0.5, croulent sous les vignettes racoleuses et les titres traduits par une IA en PLS, entre deux réclames proposant de « baiser des filles moches près de chez soi ». Au moindre clic hasardeux, on se retrouve projeté dans le pandémonium des obscénités virtuelles, rebondissant de partenaires en affiliés pour finalement atterrir au fin fond de l’authentique trou du cul du Net, un purgatoire invariablement gérontophile à mille lieux du fantasme sensuel qu’on venait quérir. On vaut mieux que ça !

« Cristina, ma chérie, qu’est-ce qué tou fais là ? »

Si par miracle on échappe au maelström, à la faveur d’une plateforme un peu moins viciée que la concurrence (ou d’un AddBlock judicieusement installé), le calvaire ne s’arrête pas pour autant, tant la navigation s’avère laborieuse. Inutile d’espérer trouver la dernière scène de sa pornstar favorite au milieu de l’insondable fatras de séquences piratées diligemment proposé par un moteur de recherche complètement à la masse. Et pour cause ; les grands studios ont pris des mesures pour ne plus voir le précieux fruit de leur travail dispersé aux quatre vents. Depuis quelques années, de nouvelles technologies d’identification (le fingerprinting) détectent et strikent automatiquement les contenus volés, privant ainsi le consommateur radin des dernières nouveautés. Eh oui ! La qualité a un prix.

Valorisation des déchets

Et les fauchés de la pougnette d’en avoir pour leur argent : jouir de tout ce que l’industrie pornographique compte de rebut. Il y a l’embarras du choix, pour peu qu’on ne soit pas regardant sur l’origine du produit. Les vieux gangs bangs cheap tournées à l’aube des années 2000 par des studios aujourd’hui défunts, et donc incapable de faire valoir leurs droits, y côtoient le meilleur du revenge-porn international, la crème de l’incest-porn made in Russia, ainsi que le best-of des repris de justice de la profession. Il faut dire que si Pornhub a fini par se débarrasser des contenus illégaux voire carrément abusifs, après avoir été moult fois rappelé à l’ordre, ses collègues ne partagent aucunement leurs ambitions de respectabilité. Ils font feu de tout bois, relayant sans vergogne les œuvres de crapules notoires comme GirlsDoPorn, aujourd’hui en délicatesse avec la justice américaine pour trafic sexuel. Ce porno gratuit est-il le porno qu’on mérite ?

Les exactions du sulfureux « studio », toujours accessibles sur la toile…

Ta sœur à poil sur Internet

En outre, il est possible d’y mater tout ce que le X produit d’amateur, si tant est qu’on parvienne à trouver la modèle indépendante recherchée au milieu des millions de gigabits de contenu volé. Mais si l’absence d’éthique devait avoir un visage, ce serait certainement celui-ci. Se branler en loucedé sur le contenu extorqué à sa voisine de palier, plutôt que de lâcher 10 balles sur sa page Swame pour mater ses loches, c’est comme acheter sur Amazon la cagoule prévue pour braquer sa boulangère ; le zéro absolu de la conscience de consommateur. C’est aussi le meilleur moyen de tomber par hasard sur les exhibitions de sa frangine. Bah quoi ? Vous pensiez vraiment qu’il n’y a que les sœurs des autres qui arrondissent leurs fins de mois avec des nudes ? Le confinement a été dur pour tout le monde, ma bonne dame…

Seule lueur d’espoir dans cet océan de médiocrité, les trailers partagés par les grandes productions américaines et européennes. Plafonnés à douze minutes, ces extraits délivrent – dans une qualité d’image exemplaire, il convient de le souligner – 9 minutes de dialogues, 1 minute 30 de strip-tease et tout juste de quoi se tirer sur la nouille 30 secondes, avant de monétiser l’accès à l’intégralité de la séquence. Faut pas rêver. C’est le seul deal auquel a consenti le business vis-à-vis des agrégateurs de contenu, se servir de leurs plateformes comme des portails promotionnels vers les sites officiels, évidemment payants. Se pignoler sur ces teasers est au porno ce que la critique de bande-annonce est à la cinéphilie : un loisir d’inculte.

Vous connaissez le dicton…

Après avoir connu un essor florissant ces deux dernières décennies, alors que le Web porno était encore Far West légal vérolé par le piratage, les plateformes gratuites ne sont plus aujourd’hui que l’ombre d’elles-mêmes. Asséchées par les créateurs, de mieux en mieux armés pour protéger leur propriété intellectuelle, elles se retrouvent finalement prises à leur propre jeu de l’accumulation tous azimuts. Pour survivre à l’inéluctable récession qui leur pend au nez, les voilà réduites à se livrer une concurrence impitoyable au milieu d’une fange pornographique si périmée et problématique que plus personne n’ose en réclamer la paternité. Le pornophile averti, l’esthète de la luxure, lui, saura dorénavant passer son chemin pour se tourner vers des distributeurs certes payant (studios, sites de ventes, réseaux privés), mais bien plus respectueux de son temps et de son plaisir…

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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