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Camgirls : No Pay, No Gain !

Clint B

Publié

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Un sextoy coincé entre les cuisses, la mine indéchiffrable, une jolie demoiselle pianote tranquillement sur son portable en jetant de temps à autre un regard hors champ, vers le moniteur blafard et le salon virtuel où défilent les commentaires tantôt énamourés, tantôt suppliants, parfois désobligeants, d’un public pas franchement désintéressé. À intervalles réguliers, la fille change de position pour présenter un autre angle à la caméra et se toucher avec indolence en attendant qu’un signal électromagnétique fasse frétiller la drôle d’antenne rose fluo qui point depuis les confins de son intimité. Alors, une sonnerie stridente, à mi-chemin entre le minuteur du four et l’alarme incendie, rompt la quiétude de l’instant, tandis que le modèle se raidit en roucoulant. L’un des spectateurs vient lâcher un tips. Flattée, la maîtresse des lieux salue le tchat, remerciant tout particulièrement son mécène, qui se gargarise de quelques secondes d’attention exclusive au nez et à la barbe de ses pairs aux couilles trop pleines et aux bourses trop vides. Puis, l’échange de compliments consommé, la camgirl reprend sa routine soupirante, en attendant que son audience daigne atteindre le « goal » tant attendu, le seuil de pourboires qui déclenchera la prochaine animation sexuelle, nécessairement plus hard que la précédente.

Autant vous le dire tout de suite, je n’ai jamais été très client des plans webcam. C’est certainement mon côté boomer, mais je n’ai jamais trop saisi le concept. Quand le web regorge de séquences piratées aux meilleures productions internationales, pourquoi se farcir des heures de solo-sex mal cadrées auprès d’une demoiselle certes splendide mais un brin dissipée par d’incessantes sollicitations. Dans l’espoir vain de ne pas mourir trop con, j’ai finalement retenté l’expérience, pour vous en livrer mes conclusions définitives. Que dire de la webcam quand on n’y comprend rien ?

Ma nouvelle tentative débute comme toutes les précédentes. Je fouille les réseaux à la recherche d’un modèle correspondant à mes goûts du moment (« elle sera blonde et tatouée ») et qui serait présentement en train de s’exhiber sur la toile. Puis j’atterris dans son salon, du moins virtuellement, tout comme une bonne centaine d’autres lascars avant moi. La camgirl en question est en tous cas conforme à mes attentes : à savoir superbe, à moitié nue, et nonchalante, naviguant de son vibro à son téléphone en lorgnant occasionnellement sur l’écran de son ordinateur pour saluer les nouveaux et papoter avec les habitués. Bien sûr, je suis tout à fait conscient du potentiel fantasmatique du dispositif. Qui n’a jamais rêvé d’être caché, invisible dans la chambre d’une ravissante demoiselle, libre d’épier toute l’intimité de ses escapades onanistes ? À vrai dire, même son petit air blasé, de celles qui, pragmatiques, savent puiser l’orgasme efficace, sans fioritures, ne me laisse pas de marbre. Je pourrais presque me laisser prendre, si un abruti n’avait pas précisément choisi cet instant pour mettre les politesses de côté et exiger d’en voir plus sans même lâcher le moindre centime. Naturellement, la conversation s’envenime et nous voilà collectivement embarqués dans un cours d’éthique élémentaire à l’usage des rustres de la branlette. Le fantasme y perd ce que l’éducation y gagne, j’imagine. Le fait est que je suis revenu au point mort.

Loin de moi l’idée de dénigrer l’investissement de celles qui en ont fait leur métier. Car oui, camgirl, c’est du boulot. S’apprêter, préparer son matériel, se promouvoir sur des réseaux sociaux hostiles, s’exhiber sur la toile, s’expliquer avec les hordes de blaireaux qui pensent que c’est open-bar, et finalement trouver un peu de plaisir sexuel sous la pression de dizaines de spectateurs et d’une jauge des pourboires qui peinent à grimper, immanente épée de Damoclès d’un secteur rémunéré à la com’. Tous les boulots ne sont pas nécessairement marrant, et même ceux qui le paraissent ne le sont pas tout le temps. Le simple fait de se montrer excitante pour quelques minutes, au milieu de toutes ces contingences, relève de la performance. Personne ne saurait le nier. Ne serait-ce que pour saluer l’effort, il convient de dégainer la CB.

Le nerf de la guerre, encore et toujours.

 

Tout d’un coup, l’horizon s’éclaire. Tout d’un coup, je m’extrais de cette foule passive, allégorie numérique des voyeurs de sous-bois, pour entrer dans le game. C’est le corollaire du mercenariat de la petite mort : si tu ne paies pas, tu ne joues pas. Tu te contentes d’apprécier ce qu’on daigne t’offrir dans le silence contrit des indigents de la volupté. Très peu pour moi. Je suis un player.

Le problème, c’est que qui dit jeu, dit vice ! Et comme au casino, l’on commence à parier sur la crédulité du naïf qui aura le bon goût de remplir le bandit manchot, du samaritain qui alimente la cagnotte sans décrocher le goal, pour lui chiper le jackpot sous le pif en glissant le dernier jeton dans la machine. À moi l’attention toute entière de la belle, à moi les adresses sexy et les commentaires polissons. À vous cher public, bande de crevards, le plaisir de me remercier et de vous émerveiller du spectacle que moi et mon compte en banque mettons gracieusement à votre disposition. Et vous êtes priés de vous montrer reconnaissants, envieux même, sans quoi je m’accaparerai notre hôte, en m’offrant un show privé pour moi tout seul !

Je réalise soudain qu’il est là, le sel de la webcam érotique, dans la concurrence masculine, dans ce jeu de pouvoir qui met aux enchères l’attention et les faveurs d’une partenaire sexuelle virtuelle. Le spectateur se meut en marionnettiste dictant, pour quelques instants bénis (et dans la limite des stocks de cochonneries disponibles), les actes explicites d’une Vénus offerte, mais aussi l’excitation d’un auditoire tout entier, redevable d’avoir poussé le vice un peu plus loin. Gonflé d’orgueil et d’excitation, je me dresse alors au garde-à-vous pour tirer finalement quelques salves solennelles à l’adresse de la jolie blonde, désormais contorsionnée de sorte à m’adresser les charmes son ravissant côté pile, élégamment orné d’un bijou cristallin. Mission accomplie.

Percevoir la webcam comme un loisir gratuit constitue, en somme, une erreur d’appréciation. Le charme a un prix. C’est même, à proprement parler, un produit de luxe, injustement dévalué par des années de piratage massif de la production mondiale. Il est par conséquent normal que les prestataires d’un tel service en tire une rémunération substantielle, au vu de ce qu’il leur coûte. En l’état, le salon de webcam ne diffère donc pas tellement du stripclub. Tu peux effectivement t’y pointer avec ton portefeuille en peau de hérisson, pour mater les nanas se dessaper de loin en sirotant des virgin Cuba Libre sur le zinc comme le dernier des pervers. Mais il ne faudra pas s’étonner si les filles te snobent et la sécu te fout dehors à la première remarque. Si c’est juste pour se rincer l’œil, autant s’avilir tout seul dans son coin devant un petit boulard.

Ici, le cœur du concept n’est pas dans l’image. Il est dans l’interaction, le rapport de pouvoir et le narcissisme de la domination financière. Et forcément, « le prix fait partie de la thérapie », comme dirait l’autre. Fort de ce constat, je reviendrai donc nager, plein aux as, dans les eaux troubles des sites de webcam, pour arroser les sirènes de mes liquidités. Nabab des Internets, je dilapiderai les tokens comme de la monnaie de singe, explosant tous les goals, disputant toutes les enchères. Je jouerai le jeu jusqu’au bout pour m’imposer en créditeur alpha au milieu d’une marée de pingres et de gagne-petits, pour le compte d’une veinarde de toute façon hors de prix. Tenez-vous-le pour dit…

I’ll make it rain

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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