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Les banques détestent-elles les travailleurs du sexe ?

Dimitri Largo

Publié

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Après Pornhub, c’est au tour de Manyvids, Onlyfans, Myfreecams et Ap-Clips de connaître des soucis dans le paiement des pornstars. Sale temps donc pour les majors du porn qui payent une conjonction de facteurs où se mêlent intérêts économiques, politiques et moraux. Derrière, il y a lieu de se poser une question : les banques détestent-elles à ce point les travailleurs du sexe ?

 C’est la théorie des dominos. Depuis la fin de l’année 2020, les majors du porn redoutent de subir le même sort que Pornhub, visé par des accusations d’exploitation sexuelle dans un article du New York Times et mis au ban dans la foulée par les deux boîtes qui ont le monopole sur les cartes bancaires : Visa et Mastercard. Cette crainte est alimentée par la multiplication des incidents sur le paiement des royalties dues aux modèles de la part des grosses plateformes, à commencer par Manyvids. L’insider Mike South révèle que, dès novembre, un producteur s’est plaint de ne pouvoir être payé par MV des 50 vidéos qu’il a vendues les deux jours précédents. Les papiers légaux des vidéos sont pourtant en ordre, le contenu mis en ligne est standard et aucun tweet susceptible de déplaire n’a été publié. En février, autre personne, autre cas, le litige porte sur un transfert de 2 000 $, jamais arrivé sur compte bancaire.

En temps normal, ce n’est qu’anecdotique, mais entre la pandémie et la parano qui a enflé autour de l’affaire Pornhub, il y a comme une drôle d’odeur qui traîne. D’autant que début mars, un article du Forensic News vient remettre une pièce dans le jukebox. C’est au tour des sites OnlyFans et MyFreeCams d’être dans l’œil du cyclone et plus précisément leur propriétaire : Leonid Radvinsky. Petit génie de l’informatique devenu business angel, Radvinsky alias Leo dans le milieu de la webtech a fondé MyFreeCams qui a avalé la maison-mère d’Onlyfans en 2018. D’après l’article du Forensic, ses comptes seraient sur le coup de Suspicious Activity Reports (SARs), une procédure déclenchée par les banques lorsqu’elles font remonter aux autorités leurs soupçons sur des transactions liées à des activités criminelles. Car pour les banques, le porno est « une industrie à haut risque pour le blanchiment d’argent, l’exploitation humaine et les activités illicites » apprend-t-on sous la plume de Scott Stedman. Dans le cas de Leo, ce sont la Wells Fargo et la Barclays qui ont tiré la sonnette d’alarme pour des activités suspectes entre 2007 et 2017. Il n’en fallut pas plus que cet article de presse pour provoquer un vent panique chez les performers.

Nombre d’activistes et influenceurs du business ont conseillé à tous les talents de retirer leur cash des plateformes au plus vite. Car les SARs sont des procédures susceptibles de bloquer tous les fonds liés aux sociétés concernées et d’aucuns se voyaient déjà dans l’impossibilité de transférer leur argent sur leur compte. « Notre communauté est constamment dans la ligne de mire, explique au magazine Vice, Alana Evans, présidente de l’association Adult Performance Artists. On prend pour prétexte un objectif noble, la protection de l’enfance, pour s’attaquer uniformément à nous tous. Notre peur est réelle. On attend avec anxiété les périodes où l’on peut retirer son argent ». Autre exemple, celui de Keke, une TDS qui a dû intervenir auprès de sa banque pour pouvoir transférer l’argent qu’elle avait gagné sur Onlyfans. « En quatre ans, c’est la première fois que cela arrive et je ne suis pas la seule cette semaine, relate-t-elle. Je veux que les gens comprennent que ce n’est pas un phénomène isolé et un comportement normal à avoir avec nos paiements ». Du coté de Scott Stedman, celui par qui la panique est arrivée, on plaide la bonne foi. « Je suis 100% pro TDS. Je pense que c’est important de mettre à disposition les informations que nous avions sur Radvinsky pour rendre justice aux gens qui ont vu leur argent volé par Onlyfans et MyFreeCams ». L’année dernière, le journaliste s’était déjà fait l’écho des plaintes de certains performers envers OnlyFans et MyFreeCams devant les retards de paiements et les clôtures intempestives de comptes.

Radvinsky, Bella French et consorts ont donc inventé la théorie du ruissellement des emmerdes, du sommet vers la base. S’il est nécessaire de réguler un secteur livré à lui-même depuis de trop nombreuses années, les petits ne doivent pas trinquer pour les boiteux et comme toujours, ce sont eux, les performers, les TDS, peu importe les acronymes qu’on leur invente, qui sont en première ligne. « En une minute, on peut se retrouver nulle part et se voir couper toute source de revenus conclut Alana Evans à Vice. Les gouvernements doivent commencer par reconnaître que le travail du sexe est un travail réel et qu’il mérite d’exister ».

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.

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