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Où en est la santé sexuelle des gays ?

Mickael Cock

Publié

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Une enquête réalisée par le Centre LGBT de Paris Île-de-France dresse un état des lieux : comment les gays gèrent-ils leur bien-être sexuel ? Quelle prévention pratiquent-ils ? Et comment pourrions-nous l’améliorer ?

Tout savoir sur l’enquête « Sexe, santé et plaisirs »
Les explications des volontaires du pôle santé du Centre LGBT de Paris Île-de-France.

Quelle est l’originalité de cette enquête ?

Elle a été conçue de A à Z par des gays militants. On est parti de discussions que nous avions eu dans un collectif intitulé « Parlons Q : le sexe gay dans tous ses états », puis on a travaillé au sein du pôle santé du Centre LGBT. Donc on n’a pas eu de tabou, et on a collé à notre vécu. On a obtenu 2 662 réponses exploitables, dont la moitié de province.

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Quel est le profil des hommes qui ont répondu ?

Tous devaient avoir plus de 18 ans et avoir eu des relations sexuelles avec d’autres hommes. 85 % se déclarent gays, les autres bisexuels. 12 % sont séropositifs, 73 % séronégatifs et 14 % ne savent pas trop. Ce sont les « entre deux âges » qui ont été les plus nombreux, presque la moitié ont entre 30 et 49 ans, et 28 % moins de 30 ans.

Quels sont les grands résultats de cette enquête ? Y a-t-il des révélations originales ?

Nous avons mis le doigt sur des questions rarement abordées : le dépistage n’est sans doute pas assez efficace pour aider les séronégatifs à continuer de se protéger ; la capote n’est pas si mal aimée qu’on le dit, on a cherché à savoir quels étaient ses atouts et ses difficultés ; il y a un gros problème de relations entre les séropos et les séronegs, ils se méconnaissent et les séronégatifs sont nombreux à refuser d’avoir des rapports sexuels avec les séropositifs. Par ailleurs, on s’est rendu compte, à notre grande surprise, que les gays font confiance à leurs médecins, et que ceux-ci sont sous-exploités dans la prévention.

Quelle suites concrètes vous comptez donner à votre enquête ?

Nous pensons pouvoir transformer notre questionnaire en véritable outil de suivi et d’évaluation de sa prévention individuelle. Il nous semble que les associations de lutte contre le sida délaissent trop la promotion du safer sex, elles semblent ne s’intéresser qu’à une minorité de gays, ceux qui ont le plus de mal avec le préservatif : c’est bien de leur proposer un autre outil comme la PrEP, mais il ne faut pas pour autant abandonner la grande majorité qui continue d’utiliser le préservatif et trouve que c’est un moyen simple, efficace et économique de se protéger de toutes les IST. Il faut rééquilibrer la communication.

Que nous dit l’enquête ?
Un état des lieux de notre santé sexuelle

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Le dépistage : une occasion manquée ?

Point positif : vous vous dépistez beaucoup. Le dépistage régulier semble être passé dans les mœurs gays (90 % des répondants se sont dépistés) et, plus on prend de risques, plus on se dépiste souvent.

Point négatif : il n’y a pas assez d’informations lors du dépistage. Séronégatifs, vous êtes très nombreux (presque 60 %) à dire que vous n’avez peu eu d’entretien avec un professionnel à la suite de votre dépistage, et vous n’êtes que 21 % à avoir reçu une brochure de prévention. C’est surtout le cas si vous passez par votre médecin et un laboratoire d’analyses médicales, cela l’est moins si vous allez dans un centre de dépistage spécialisé (aujourd’hui les CeGIDD). Il faudrait absolument qu’à l’occasion d’un dépistage on vous encourage à maintenir votre prévention, car le dépistage ne protège pas des contaminations, il les diagnostique.

Prises de risques : attention au cumul !

On connaît bien les facteurs de risques, et ils ont été mesurés dans l’enquête : avoir beaucoup de partenaires, ne pas utiliser de capote pour la sodomie et abuser des drogues. Il y a ainsi une petite minorité, 6,8 %, qui déclare prendre des risques régulièrement, 40 % qui au contraire estiment ne prendre pratiquement aucun risque. Concernant l’usage de drogue lors des rapports sexuels (produit psycho-actif hors poppers), cela est pratiqué par 12 % des répondants mais seuls 1% disent en utiliser systématiquement, 3 % plus d’une fois par mois, et 7,6 % moins d’une fois par mois. Donc l’usage de drogue sexuelle de notre échantillon reste limité.

Ceux qui cumulent tous les facteurs de risques ont intérêt à réviser leur prévention !  C’est notamment le cas de certains séropositifs qui pensent pouvoir se dispenser de capote parce qu’ils sont déjà séropositifs et en charge virale indétectable : mais, du coup, ils sont très atteints des autres IST (44 % ont des antécédents d’IST au cours des deux dernières années, contre 23,5 % pour les séronégatifs). Ainsi, 16 % des séropositifs n’utilisent jamais la capote (contre 8 % des séronégatifs), ils sont 25 % à avoir plus de 5 partenaires par mois (10 % pour les séronégatifs).

La capote : pas si mal aimée qu’on le dit !

Le préservatif est encore massivement utilisé : toujours pour 53,5 %, souvent 23,5 %, parfois 14,5 % et seulement 9 % jamais. Les qualités de la capote sont reconnues, elle sécurise (pour 83 % d’entre nous) et est hygiénique (50 %). Un quart ne lui trouve aucun inconvénient. Les difficultés avec la capote varient : la baisse de sensation est citée par 60,5 % des répondants et la peur de perdre son érection par 55 %. Les commentaires libres à cette question font apparaître que c’est la position occupée pendant l’amour qui influence la réponse : le passif trouve que cela peut « chauffer » et être désagréable (attention au manque de gel !), tandis que l’actif a peur de débander au moment d’enfiler sa capote.

Les médicaments préventifs pour les séronégatifs : espoir à suivre.

On le sait aujourd’hui, à côté du safer sex et de la capote, il y a la possibilité d’utiliser des outils bio-médicaux, c’est-à-dire de prendre des médicaments, avant ou après la prise de risque. Les séronégatifs sont quasiment 90 % à connaître le traitement post-exposition (TPE), et 12 % d’entre eux l’ont déjà utilisé, et surtout ceux qui ont beaucoup de partenaires (26,4 % de ceux qui ont plus de 5 partenaires par mois).

La PrEP cherche sa place.  Au moment de notre enquête (arrêtée en mai 2015), 35 % des répondants ne la connaissaient pas, et elle était moins connue en province qu’en région parisienne. Elle est d’emblée rejetée par un tiers des répondants, un tiers envisage de la prendre et un dernier tiers ne sait pas encore quoi en penser. Ce sont surtout ceux qui prennent le plus de risques qui sont intéressés, mais pas que ! Et cela est surprenant :  31 % de ceux qui estiment ne prendre aucun risque sont prêts à prendre le médicament.

Séropos-séronégatifs : la méfiance règne !

Les séronégatifs connaissent peu les séropositifs. Peu de copains séropos, c’est ce que disent les séronégatifs : 40,6 % n’ont pas d’ami proche séropo, et 20,8 % ne savent pas s’ils en ont ou pas. C’est un peu surprenant quand on sait que l’on estime que dans les grandes villes 1 homo sur 5 est séropo. Mais c’est simplement l’illustration de la réalité de la séropositivité : une maladie chronique que l’on cache, même à son plus proche entourage.

Sexe entre séropos et séronegs : les séronegs ont la pétoche ! C’est le résultat le plus décevant de l’enquête. La moitié seulement des séronégatifs déclarent accepter d’avoir du sexe avec un séropositif mais, dans la pratique, ils ne sont que 32 % à l’avoir déjà fait. Bien sûr, il est évident que beaucoup de ces séronégatifs ont sans doute déjà fait l’amour avec un séropo, mais sans le savoir avant ! Parce que, dans la pratique, très peu de séronégatifs (20 %) demandent le statut sérologique de leur partenaire.

On mesure là l’état de l’ambiance qui règne entre gays : la séropositivité est taboue, on s’évite le plus souvent, au pire on se rejette, et finalement on baise sans se parler, et sans toujours se protéger ! Résultat : les contaminations VIH ne diminuent pas et les IST explosent. Il va sérieusement falloir briser la glace !

Nos médecins : on les aime plus qu’on ne le dit !

Arrêtez de dire que les médecins sont homophobes : vous n’êtes que 15 % à avoir rencontré des difficultés dans votre parcours médical en raison du fait d’être gay. Et, en cas d’IST, vous êtes 60 % à vous adresser de préférence à votre médecin généraliste habituel. Enfin, vous êtes 72 % à leur accorder le plus de confiance pour vous informer sur la prévention, en tout cas beaucoup plus qu’aux autres moyens d’information (46 % aux brochures des associations, 45 % à Internet, et seulement 21 % aux médias). Voilà des chiffres qui vont faire plaisir aux médecins et les encourager à être sympas et branchés santé sexuelle !

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Le couple gay : non conventionnel !

Dans notre enquête, trois situations se dégagent : vous êtes la moitié à vous déclarer « seul », 39 % disent être en couple et 11 % estiment que « c’est plus compliqué ». Ensuite, lorsque que l’on examine la vie sexuelle des gays non célibataires, on comprend vite que la fidélité sexuelle n’est pas vraiment au rendez-vous ! 32 % d’entre eux ont entre 2 et 5 partenaires par mois, et 9 % plus de 5. Nos amis mâles hétéros qui ont en moyenne 14 partenaires au cours de leur vie entière, ont souvent du mal à comprendre les subtilités de la notion de couple chez les gays.

La conséquence de cette liberté sexuelle dans le couple est assez facile à comprendre : être en couple « open » ne vous met pas à l’abri des contaminations aux IST et vous impose de continuer à vous protéger, y compris avec votre partenaire stable, ce qui a l’avantage de rendre « moins compliquée » votre relation. Car rapporter régulièrement bactéries et virus à la maison finit par tuer l’amour !

Michael Cock est journaliste et archiviste : il suit l'actualité et l'évolution de la communauté gay depuis plus de 20 ans. Militant de santé sexuelle, les nombreuses confidences qu'il a recueillies lui permettent de relativiser sur les sexualités. De formation scientifique et théâtrale, il décrypte avec humour et logique l'inconscient sexuel de tous les sujets trop sérieux. Il contribue régulièrement pour Garçon Magazine.

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