La chasse aux sorcières des escorts LGBT aux USA

En 2015, Rentboy était clôturé. La justice américaine lui reprochait notamment de promouvoir des rapports sexuels tarifés. Deux ans plus tard, l’ex-PDG du site, Jeffrey Hurrant, écope d’une peine de prison.

Il y a deux ans, le site de rencontres et d’escorting gay Rentboy était clôturé sur décision du département de la sécurité intérieure de l’État de New York pour incitation à la prostitution. Les internautes, eux, trouvaient déconcertant que cette institution, qui regroupe plus d’une vingtaine d’agences gouvernementales, telles que les garde-côtes, la Fema (agence spécialisée dans les catastrophes) ou les services secrets, et qui lutte notamment contre le terrorisme, intervienne dans ce cas mais ferme, en revanche les yeux, du côté des sites d’escorting hétérosexuels.

La sentence est tombée fin octobre pour l’ancien PDG de Rentboy. Jeffrey Hurrant a été jeté derrière les barreaux, probablement jusqu’au mois d’avril prochain, et a dû, dans le même temps, payer une amende de 7 500 dollars. L’ancien businessman doit également suivre une thérapie comportementale, afin de se libérer d’une supposée forme de perfidie. Toutes les charges qui pesaient contre les anciens employés de la société ont, elles, été abandonnées.

Un rapport parlementaire de 2011 révélait que 15 % des personnes prostituées en France, seraient des hommes. Si certains lieux comme le bois de Boulogne ou la porte Dauphine restent des emblèmes de cette prostitution masculine, la forme digitale, Planetromeo, connaît un succès retentissant, depuis quelques années, en France et en Europe. (Photo extraite du film Macadam Cowboy de 1969, réalisé par John Schlesinger, avec Jon Voight et Dustin Hoffman).

Rentboy ou le proxénète du web ?

Sans surprise, la justice accuse Rentboy de promouvoir, de manière à peine dissimulée, la prostitution. Les utilisateurs sont vite montés au créneau et ont récolté près de 63 000 euros pour financer et assurer la défense de J. Hurrant. Certains d’entre eux se sont exprimés et ont souligné combien le site, lancé en 1986, avait aidé des hommes à sortir de la prostitution de rue, de sa précarité et de la violence de certains proxénètes. Ils soulignaient aussi le nombre significatif d’utilisateurs : 2 100 villes à travers le monde abritaient les 10 000 utilisateurs du service en ligne. Pour poursuivre leur plaidoyer en faveur de Rentboy, les militants ont dénoncé un acharnement à l’égard d’une plateforme dédiée au plaisir des LGBT et au contraire, une justice aveugle en ce qui concerne les plateformes d’escort-girls.

Environ 200 militants se sont cotisés pour récolter les 63 000 dollars, destinés à payer les frais d’avocat de Jeffrey Hurrant, âgé de 51 ans, et condamné à six mois de prison pour incitation à la prostitution.

Alors que la reconnaissance d’un statut pour les travailleurs du sexe est de plus en plus plébiscitée en Europe, l’Amérique semble freiner des quatre fers, notamment en ce qui concerne les homosexuels.

La laïcité en ce qui concerne les préférences sexuelles, c’est pour quand ? Certainement pas pour demain, puisque le Président Trump a fait preuve à plusieurs reprises de son mépris à l’égard de la population LGBT.

Mickael Cock

À propos de Mickael Cock

Michael Cock est journaliste et archiviste : il suit l'actualité et l'évolution de la communauté gay depuis plus de 20 ans. Militant de santé sexuelle, les nombreuses confidences qu'il a recueillies lui permettent de relativiser sur les sexualités. De formation scientifique et théâtrale, il décrypte avec humour et logique l'inconscient sexuel de tous les sujets trop sérieux. Il contribue régulièrement pour Garçon Magazine.