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Osé, le sextoy qui crée la polémique au Consumers Electronics Show 2019

Clint B

Publié

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Depuis des années, le Consumers Electronics Show, qui se tient tous les ans en janvier à Las Vegas, fait autant parler de lui pour les innovations sensationnelles et les gadgets loufoques qui y sont présentés que pour son indécrottable sexisme. L’édition 2019 devait donc se placer sous le signe du renouveau, de l’ouverture et de la diversité. Et tout était très bien parti, puisque le sextoy Osé, de la marque Lora DiCarlo, chef d’œuvre de robotique et de biomimétisme développé par une équipe majoritairement composée de femmes, devait y recevoir la prix de la meilleure innovation. Sauf que patatras ! Au dernier moment, tout tombe à l’eau. Sur décision de la direction de l’événement, le prototype voit sa récompense lui être retirée avant même de lui avoir été remise, et se retrouve, en dernière instance, interdit de toute présentation sur le stand de sa créatrice.

Les strip-teaseuses robotiques présentées au CES 2018

Grand-messe annuelle du secteur de la « tech », l’histoire du CES est émaillée d’impairs sur le plan de l’égalité des sexes. Entre sa complaisance vis-à-vis des booth babes (ces mannequins embauchés par les exposants pour jouer les présentoirs à gros nichons sur leurs stands), ses robots strip-teaseuses et ses sex-dolls futuristes, le salon laissait déjà un arrière-goût assez gras dans le fond de la gorge. Non pas qu’indépendamment ces attractions soient particulièrement sexistes, pourvu que le public, théoriquement mixte, puisse en parallèle admirer des chippendales porter les petits-fours ou des androïdes en rut battre des records de coups de boutoir à la minute. Malheureusement, le CES ne donne ni dans le Magic Mike en string ni dans le robot-pilonneur, se contentant de son statut de temple de la beauferie 2.0 duquel Google, Microsoft et Apple préfère se désolidariser.

Harmony, la sex-doll du futur et son pygmalion Matt McMullen

Mais le plus triste reste encore la teneur de certaines statistiques. En 2015, 2017 et 2018, aucune femme n’a eu le privilège de présenter une keynote ; un fait dont la répétition évacue d’emblée l’argument du hasard statistique malheureux. Même constat du côté des récompenses. La proportion de lauréats féminins est d’un pour mille. Même en considérant la sous-représentation institutionnelle des femmes au profit des hommes dans le secteur des technologies de pointe, un fait largement documenté, ces chiffres restent accablants.

L’édition 2019 avait donc tout pour redresser la barre. Dès novembre 2018, la Consumer Technology Association (organisatrice du CES) annonçait la liste des vainqueurs qui seraient couronnés au prochain salon et faisait d’Osé l’heureux titulaire de l’une des récompenses les plus convoitées du domaine de la tech, dans la catégorie « Drone et Robotique ». Il faut dire que le gadget de la firme Lora DiCarlo n’est pas n’importe quel joujou. Adressé à « toute personne munie d’un vagin et/ou d’un clitoris », il s’adapte à l’anatomie de sa propriétaire, stimule simultanément clitoris et point G, tout en reproduisant le contact d’une bouche, d’une langue ou des doigts sur ses parties intimes. En outre parfaitement autonome, il laisse les mains libres de s’occuper d’une autre zone érogène, voire d’un partenaire pour les plus gourmandes. Bref, question technologie, on est plus proche d’un Rover martien que du pommeau de la douche, ce qu’avait très justement remarqué le jury du CES

Aperçu de l’obscène

… Jusqu’en décembre, moment où la CTA a repris sa récompense avant même de l’avoir décernée, et finalement banni Osé de toute apparition sur le stand de sa conceptrice. L’argument apporté par la direction à Lora Haddock, fondatrice de Lora DiCarlo, quant au pourquoi d’un tel revirement, est d’une admirable concision : « Les candidatures relevant, selon la CTA et à sa seule discrétion, de l’immoral, de l’obscène, de l’indécent, du profane ou qui porteraient atteinte à l’image de la CTA seront disqualifiées. La CTA se réserve le droit, à sa seule discrétion, de disqualifier n’importe quelle candidature à n’importe quel moment, si celle-ci contrevient à la sécurité ou au bien-être de n’importe quelle personne, ou échoue à se conformer à ces règles officielles. » Fin de citation. À ces mots, Lora Haddock s’insurge, dans une réponse publiée sur le site de sa marque, et jette un pavé dans la mare. Sa disqualification relève du sexisme pur et simple.

Aperçu de l’obscène

Au vu des polémiques précédemment évoquées, que l’intéressée rappelle bien entendu dans sa lettre, difficile de lui donner tort. « Il y a un double standard évident pour ce qui est de la sexualité et de la santé sexuelle. Alors qu’il y a des produits à caractère sexuel au CES, l’administration de la CTA/CES applique les règles différemment selon les compagnies ou les produits, selon le genre de leurs clients. On autorise la sexualité masculine explicite, avec littéralement un robot sexuel sous les traits d’une femme aux proportions irréelles ainsi que du porno en réalité virtuelle, avec fierté, le long des allées. D’un autre côté, la sexualité féminine est lourdement muselée lorsqu’elle n’est pas tout simplement bannie. Vous ne pouvez prétendre délivrer un avis objectif si vous autorisez un robot sexuel pour homme mais pas un masseur robotique, à orgasme combiné, adapté au vagin. » L’argument de l’immoralité ou de l’obscénité est donc fallacieux. Le PDG de la CTA a bien tenté de se justifier après coup, prétextant que la disqualification avait plus à voir avec la catégorie dans laquelle concourait le sextoy que son statut de sextoy en lui-même, mais le mal est fait. En écartant Osé, le CES fait montre non plus d’un sexisme silencieux, inconscient, ce sexisme par omission qui justifie sa discrimination par le manque de femmes qualifiées disponibles, la conjoncture ou le patriarcat des autres, mais d’une misogynie militante : le pénis est acceptable, le vagin est obscène.

Une position qui a le mérite d’être claire et d’illustrer de façon flagrante ce qu’il y a de pourri au royaume de la tech.

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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