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Les fans de porno, moins misogynes que la moyenne ?

Clint B

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Une très récente étude, publiée en avril par le Sociological Forum, tend à mesurer le degré de sexisme du « superfan » de porno, afin de mettre à jour une éventuelle corrélation entre consommation de porno et comportements machistes. Composée de quatre questionnaires portant sur la place des femmes dans la société, elle fut conduite lors de l’AVN Expo 2017. Et quel meilleur endroit pour sonder le cœur des pornophiles que la plus grande convention de divertissement adulte du monde ? Car on le connaît, le fan de convention : un marginal au regard louche et aux mains baladeuses, spécialiste du tripotage de pornstar. J’ai bon ? Eh bien, pas du tout. Il s’avère, ô surprise, que le fan de porno serait statistiquement moins moyen enclin au sexisme que la moyenne de la population. Mais approfondissons un peu, voulez-vous ?

Crystal A. Jackson,  Aleta Baldwin,  Barbara G. Brents et  Paul J. Maginn, les chercheurs en charge de cette enquête d’opinion, se sont donc rendus à l’Adult Video News Expo 2017, pour faire remplir 4 questionnaires à quelques 294 « porn superfans ». Le terme « superfans » n’a ici rien d’une figure de style, au contraire. Il a pour but de qualifier précisément la population étudiée, à savoir les mâles hétérosexuels cisgenres amateurs de pornographie et prêt à débourser 125$ de droit d’entrée (hébergement non-inclus) pour une convention au milieu du désert du Nevada ; vraisemblablement, la frange la plus passionnée, donc. Pour ce qui est des questionnaires, ils portaient respectivement sur les mères au travail (1), les femmes en politiques (2), les rôles traditionnels dans la famille (3) et, enfin, les mesures en faveur des femmes au travail (4). Ces sondages furent préalablement soumis à un panel représentatif de la société américaine lors du General Social Survey (GSS) de 2016. Nos chercheurs sélectionnèrent aléatoirement 863 réponses masculines au GSS comme base de comparaison. Et que nous disent précisément les résultats ?

En premier lieu, l’étude révèle que la population des « porn superfans » ne serait pas plus misogyne que la population états-unienne en général en ce qui concerne la place des femmes en politique (2) et la place des femmes au travail (4), les statistiques étant relativement similaires pour les deux groupes. En revanche, « les visiteurs de l’AVN Expo sont trois fois plus susceptibles de soutenir l’idée que les mères qui travaillent sont en mesure d’établir des relations aussi chaleureuses et stables avec leurs enfants que les mères qui ne travaillent pas. » En outre, toujours d’après les mots mêmes de le publication scientifique, « les résultats indiquent que, comparés à la moyenne nationale, les porn superfans sont autant – sinon plus dans le contexte des compétences maternels des femmes actives – susceptibles de porter des valeurs d’égalité des genres ». Le papier conclut ainsi : « les cultures porno ne renforcent pas une masculinité hégémonique entièrement basée sur des comportements négatifs vis-à-vis des femmes, comme le craignent les critiques faites au porno. (…) Nos résultats remettent en question certaines déclarations affirmant que la consommation de porno promeut de facto les comportements hostiles à l’adresse des femmes. » Ça a le mérite d’être clair. Mais est-ce pour autant une nouvelle ?

La femme est au cœur de la pornographie hétérosexuelle. Mieux rémunérée (au ratio cachet/scène), plus médiatisée, l’actrice X représente l’alpha et l’oméga de la profession pornographique aux yeux du public. Quand bien même le tout-venant du porno mainstream relaierait les pires clichés sexistes de notre société patriarcale, selon la formule consacrée, le X reste avant tout perçu comme une profession de femmes. Il n’est donc pas si étonnant que les fans de la première heure soient plus sensibilisés que la moyenne à la place naturelle des femmes dans le monde du travail et ce, de manière parfaitement compatible avec leur « compétence maternelle ». On pourrait même arguer que l’hégémonie des réseaux sociaux en matière de communication dans le X, en favorisant l’expression directe, la description du quotidien, démystifierait l’actrice X en tant qu’icône renforçant d’autant l’image d’une femme active, potentiellement mère de famille, d’une travailleuse légitime, puisque nécessaire au business.

Quiconque s’est déjà rendu en salon érotique ; quiconque s’est déjà tenu près d’un stand de dédicace ; quiconque a déjà interrogé une star du X à ce sujet aura eu l’occasion de s’en rendre compte : le « porn superfan » n’a rien d’un sociopathe à la misogynie latente. Généralement courtois, timide, voire impressionné, le passionné de porno, en amateur averti et érudit quant à son hobby, est donc naturellement enclin à soutenir l’égalité des genres. L’on pourrait alors croire, en tant que pornophile, que les conclusions de ce travail sociologique enfoncent des portes ouvertes. Rien n’est moins sûr. C’est justement le propre du travail scientifique que de convertir des savoirs empiriques en données tangibles. Loin d’être superflue, cette étude a le mérite  in fine de réhabiliter, aux yeux des profanes, le porno et ceux qui s’y intéressent en tant qu’avant-garde statistique d’un certaine pensée progressiste. Une initiative qu’on ne peut que saluer.

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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