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[NUmérique] Final Fantasy VII, éthique et nibards de synthèse

Clint B

Publié

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Attendu depuis bientôt cinq ans, le remake de Final Fantasy VII, Saint-Graal du J-RPG nineties sorti en 1997, est enfin dans les cartons, pour une mise en rayon annoncée en mars de l’année prochaine. Evidemment, si proche de l’échéance, les trailers et démos commencent à pulluler sur la toile, véhiculant forcément leur lot de polémiques stériles, de la permanente d’Aeris à l’épilation pubienne de Cloud (je sens que les profanes sont déjà largués). Et la dernière en date concerne rien de moins que la taille des nibards de Tifa, sidekick féminin du héros. Quand je vous disais que le débat atteignait des sommets de pertinence…

À l’instar de la pulpeuse Lara Croft de ce côté-ci de la planète, la virtuelle Tifa est en quelque sorte l’achétype du fantasme geek post-Baywatch, version japonaise. Débardeur minimal, mini-jupe en skaï moulax, au raz de la salle de jeu, le modèle original de cette beauté numérique est en outre pourvue d’une paire de loches à redéfinir les lois de la physique. Il faut dire qu’à l’époque, design polygonal oblige, on concevait encore les protagonistes de jeu vidéo comme on imaginait les idéogrammes pour WC, avec des caractéristiques d’identification aussi simples à interpréter qu’à représenter. Code couleur rudimentaire, accessoires symboliques, les personnages féminins sont en outre différenciés de leurs homologues masculins par l’attribution de volumes vaguement sphériques au dessus de la taille. Et, croyez-moi, quand on voit les tignasses que se payent les trois quarts du casting viril, cette distinction n’a rien d’anecdotique. On décline enfin les personnages féminins en fonction de cette matrice (couleur ; accessoires ; taille des volumes) et voilà que la fameuse Tifa se retrouve tout en haut du spectre mammaire vidéoludique. Ce qui nous amène à la question iconographique la plus essentielle du vingt-et-unième siècle : les tchoutchs virtuels de notre héroïne seront-ils aussi généreux que dans nos souvenirs ?

Le modèle original de Tifa Lockhart, troublant de sensualité

Cette brûlante question aurait pu (du ?) rester confinée aux tréfonds d’un forum d’otakus, débattant avec ferveur des avantages comparés des différentes versions, statistiques et projections 3D à l’appui. C’était sans compter sur Square Enix, firme historique du jeu vidéo japonais à l’origine de toute la saga Final Fantasy, qui est très gracieusement venue se fourrer, toute seule, comme une grande, dans ce bourbier intellectuel. Lors d’une récente interview accordée au magazine japonais Famitsu, l’auteur canonique de la série Tetsuya Nomura a suggéré que le département éthique de la maison-mère l’avait enjoint à « restreindre » la poitrine de Tifa. Et là, c’est le drame !

« Ça y est, s’écrient certains, le jeu vidéo japonais est tombé sous le joug du lobby féminazi-LGBTQ++ Xtra Turbo – Finale Edition.  Les harpies misandres castratrices ont déclaré la guerre au 95D dans le jeu vidéo. » L’hyper-sexualisation des héroïnes de jeu vidéo étant un point de friction particulièrement sensible en cette période de déboulonnage de notre société patriarcale, il n’en fallait pas plus pour mettre le feu au poudre. Et les garants de la bien-pensance journalistique de nous abreuver alors d’articles soulignant le bienfondé du nouveau design, espérant ainsi rationaliser une querelle de sociopathes vraisemblablement prisonniers du stade oral. Don’t feed the trolls…

Dire que cette éloge collégiale du vide aurait pu nous être épargnée si, avant de se jeter sur leurs claviers, quelques-uns avait pris la peine de se pencher sur les propos réels du développeur, comme l’a fait GaijinHunter, content designer pour le jeu Monster Hunter. Dans son communiqué, mal traduit depuis le japonais en première instance, Nomura ne dit pas avoir été contraint de « restreindre » ou de « réduire » la poitrine du personnage par le département d’éthique, mais de la « lier », de « l’harnacher » ; les subtilités de l’idiome nippon sont parfois obscures au locuteur étranger.  Le fait est qu’il aurait été difficile pour Square Enix de réclamer l’agrément PEGI-13 avec une héroïne chaussée en 95D distribuant les mandales dans un crop-top de dimanche après-midi. En outre, l’addition d’une brassière de sport à sa panoplie vestimentaire sied parfaitement à son look de bagarreuse athlétique, sans rien soustraire à son opulence poitrinaire. Si les seins de Tifa paraissent plus petits, c’est que leur maintien est dorénavant bien plus en adéquation avec la norme vestimentaire actuelle d’une femme de sa trempe.

Une représentation réaliste de Tifa sans soutif. Pas très familial, tout ça…

En somme, la communication de Square Enix est un modèle de consensus, un numéro d’équilibriste à faire passer la section « funambule » du Cirque du Soleil pour une troupe de parkinsoniens. Ménageant à tout moment la chèvre et le chou, il parvient à concilier considérations féminines modernes et soutien indéfectible aux gros nibards, de sorte à satisfaire les impératifs de représentation politiquement correcte de notre nouvelle société tout en caressant dans le sens du poil le geek rétrograde qui sommeille toujours en chaque gamer. Takeo Kujiraoka, directeur du spin-off Dissidia Final Fantasy NT, s’est même fendu d’un « They will bounce… » plutôt complice à leur adresse. Et ça n’a malheureusement pas suffit. Une erreur de traduction, et on frôlait la guerre des sexes.

Prêts pour la bagarre ?

Ne serait-il pas temps alors de grandir un peu ? Les seins de Tifa plus petits, mais plus petits que quoi ? Sa volupté virtuelle, défendue bec et ongles par des fans mammophiles de la première heure, n’a jamais existé que dans les fantasmes de ces derniers ; aucun remake, aucune nouvelle itération de leur « finale fantaisie » ne saura capter les lignes et les courbes parfaites qu’ils ont dessinées pour elles dans leurs têtes. Le temps des poupées gonflables vidéoludiques est révolu, aboli par la course au réalisme d’un médium qui essaie tant bien que mal de mûrir. Doit-on réellement s’en indigner ? Après tout, le web fourmille et fourmillera toujours de cosplay, de hentai et de dessins tous plus salaces les uns que les autres de nos héroïnes numériques préférées. Laissons les créateurs mainstream se débattre avec l’insoluble question de la représentation féminine inclusive et non-oppressive, sans mettre une pièce dans la machine à chaque nouvelle révision pulmonaire…

Les variations porno ne manquent pas. Ici, Katyuska Moonfox.

Valentina Nappi bientôt modèle officiel ?

Lovenia Lux, une Tifa plus « modeste », mais tout aussi sexy.

Rassurez-vous. Le web n’est décidément pas près de s’assagir…

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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