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Dick-Rating, l’éloge du pénis

Clint B

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Tout. Vous saurez tout sur votre zizi. Le monde fabuleux des services sexuels sur Internet ne connaît pas de limites. On était déjà familiers des shows privés et des séances de domination par écran interposé. Nous connaissions les ventes de petites culottes usagés et les listes de souhaits. C’est avec un émerveillement certain que nous découvrons aujourd’hui le « dick-rating », littéralement « l’évaluation de bite ». Pour une poignée de dollars, n’importe quel quidam pourvu d’un pénis peut s’offrir l’expertise d’une professionnelle de la critique pénienne, entièrement dévouée à l’appréciation de son engin d’amour, le temps de quelques paragraphes ou d’une vidéo personnalisée. Et le concept cartonne ! De là à y voir la satisfaction d’un besoin masculin longtemps mis à mal, il n’y a qu’un pas qu’à La Voix du X, nous franchissons sans hésiter.

Dick-pic redemption

Dès les stades les plus précoces de leur vie consciente, les garçons sont obnubilés par leur élastique, dans un monde qui a complètement intégré le pénis comme un appendice disgracieux et repoussant. De ce paradoxe naît un complexe, dont la dick-pic -l’envoi généralement non-sollicité de clichés de son sexe- est sans doute l’un des symptômes les plus flagrants. Et si les mâles du monde entier ne rêvaient que d’une seule chose : entendre dire que la manifestation organique de leur virilité n’est pas si laide ? Heureusement, notre société capitaliste étant idéalement conçue, il existe pour chaque besoin émotionnel fondamental un marché lucratif prêt à y subvenir. C’est là que le dick-rating entre en scène.

Les monologues du zizi

Sur les plateformes de vente de vidéos, la discipline est en plein essor ; et les hôtesses de charme du monde entier d’ajouter ce service à leur catalogue de douceurs, aussi séduites par l’originalité du concept qu’enthousiasmées par la simplicité du dispositif. En effet, point de mise en scène laborieuse ou de script capilotracté. Tout l’art de l’exercice réside dans la caractérisation esthétique du mal-aimé pénis. Et c’est rien de dire que le sujet est ouvert. Forme du phallus, port du gland, carnation de la peau, élégance du testicule, fermeté du scrotum, longueur, largeur, pilosité… Tout est à faire, tant la beauté intrinsèque de l’objet à été négligée tout au long de son histoire. En outre, la dimension érotique de cette éloge du pénis se suffit à elle-même. Le simple fait de recevoir les compliments pleins de gourmandise d’une femme désirante et désirée constitue à lui seul une source d’excitation narcissique particulièrement jubilatoire, sans que la commentatrice n’ait même à s’impliquer sexuellement. Ainsi, la performeuse Eevie Bellini, véritable référence dans le domaine, ne propose des contenus sexuels (commentaire nue, masturbation) qu’en option, la formule de base à 20 dollars se limitant à la production de trois paragraphes amoureusement rédigés.

5 étoiles sur Trique Advisor

Contrairement à ce que laisserait supposer un tel dispositif, ce petit jeu n’est pas l’apanage des esclaves masochistes en mal d’humiliation sexuelle. En réalité, l’indulgence et la flatterie sont les maîtres-mots. Les spécialistes de la discipline s’accordent d’ailleurs à dire qu’elles mettent rarement de mauvaises notes, sauf sur demande express du commanditaire. Car le jeu ne se fait pas sans une certaine cooptation. Une fois sa commande passée et réglée, le candidat attendra patiemment le feu vert de la jurée qui, en contrepartie, s’enquérira des points esthétiques chers à ses yeux. Vient ensuite la production de ladite photo. Toutes les extravagances sont permises : cadre large laissant entrevoir le corps d’Apollon de l’auteur ou serré sur telle ou telle caractéristique, vue par dessus, de côté, par dessous, mises en scènes improbables… Comme l’analyse finement la modèle JulyNovemberXXX, étoile montante de l’érotisme virtuel et examinatrice de chibre accomplie, cette improbable gymnastique reflète en quelque sorte la manière dont le futur examiné perçoit son outillage. Libéré des préjugés sur la laideur supposé de son appareil, et de l’urgence d’imposer à autrui un témoignage de son excitation, il peut alors s’imaginer en maestro du zgueg, laissant libre cours à sa créativité, travaillant la composition picturale qui mettra le mieux en valeur les qualités ornementales qu’il attribue aux joyaux de sa couronne. Le jeu en vaut la chandelle car il sait qu’il sera récompensé d’une attention encore jamais portée à l’expression de sa virilité. « Au fond, peu importe la note, poursuit JulyNovemberXXX. C’est surtout que je fais un long monologue sur leur bite. Je crois que c’est ça qu’ils aiment… »

 

Et la sincérité dans tout ça ?

Arrive alors la question existentielle : les séduisantes arbitres de la quéquette sont-elles vraiment toujours honnêtes ? Et si l’on vous disait que oui… Après tout, en soi, un pénis n’est pas plus laid qu’un pied, qu’une épaule, qu’un sein ou que n’importe quelle autre partie du corps. Au contraire, même, ne pourrait-il pas être beau, fier, excitant ? C’est sans doute la grande victoire philosophique du dick-rating : clamer haut et fort que le pénis est digne d’être admiré, commenté, glorifié ; En un mot, qu’il mérite d’être exhibé, mais seulement à celles et ceux qui ont émis le désir de le voir…

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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