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Vendeuse de culottes usagées, un métier d’avenir ?

Clint B

Publié

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Nombre d’utilisatrices de Vinted en ont déjà fait l’étrange expérience. Au milieu des amatrices de fripes à qui refourguer ses vieux T-shirt Waïkiki, l’on trouve régulièrement des acheteurs un peu plus spéciaux, moins intéressés par le design vintage des frusques au rabais que par les conditions d’usages du textile et son degré de souillure. Inutile de se voiler la face, il s’agit bel et bien de vicelards, prêts à tous les subterfuges pour foutre le pif sur une paire de ballerines nauséabondes ou un legging encore tiède du jogging de la veille, en se polissant passionnément la tige. Et après tout, au lieu de jouer aux Emmaüs de la mode, la marchande audacieuse et entreprenante n’aurait-elle pas meilleur compte à saisir l’opportunité au vol et se jeter à corps perdu dans le business juteux de la petite culotte moite, pour faire main basse sur cette clientèle méprisée, mais ô combien généreuse ?

Popularisé par les légendaires distributeurs automatiques de dessous d’étudiantes japonaises, le marché du string d’occasion connaît un formidable essor depuis une bonne dizaine d’années, et l’apparition de plateformes de vente spécialisées, autant en France qu’à l’étranger. Malheureusement, si l’ouverture du marché a nécessairement démocratisé la pratique, ne la réservant plus aux seules travailleuses du sexe en quêtes d’extras, elle a aussi mathématiquement réduit les marges du secteur. Avec la démultiplication de l’offre, vient inévitablement la saturation de la demande. Et le cours du slip sale de chuter en conséquence, le prix étant toujours le dernier levier de concurrence. Ainsi, là où le produit pouvait s’échanger jusqu’à 50 euros il y a encore quelques années, on peut aujourd’hui acquérir la précieuse dentelle pour moins de 20 balles. Qu’à cela ne tienne, les rendements décroissants n’ont jamais effrayé une entrepreneuse digne de ce nom.

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Plus elle est chaude, plus elle est fraîche

En réalité, comme dans tous les secteurs hautement concurrentiels, c’est sur les options qu’on fait son bénef’. Mais encore faut-il s’accorder sur le produit de base. En tout état de cause, la vieille culotte tirebouchonnée oubliée au fond d’un placard n’intéresse pas grand monde. La clientèle se montre particulièrement attentive à la primeur des marchandises. Ainsi, le dessous se doit d’être fraîchement usagé s’il veut trouver acquéreur, la valeur ajoutée étant essentiellement olfactive. On entrevoit alors le premier palier des offres complémentaires : le « temps de pose ». Une journée, deux jours, trois jours consécutifs ; le prix augmente avec la durée de la dernière utilisation avant expédition. Chaque productrice mesurera alors le seuil limite à l’aune de son rapport à l’hygiène. À partir d’une semaine, il conviendra toutefois de facturer le supplément champignon. Mais ce n’est pas tout, il est aussi possible, voire judicieux, d’accommoder la garniture selon les goûts du commanditaire ; et d’échelonner en conséquence.

En effet, nombreux sont les consommateurs prêts à troquer leurs liquidités contre un peu de fluide. Que ce soit la transpiration, les pertes, le sang ou la cyprine, voire la semence d’un amant de passage, chacune des humeurs corporelles vaut son pesant de cacahuète. À ce titre, ce sont évidemment le « champagne » et le « caviar » qui tirent leur épingle du jeu, comme mets les plus prisés de toute la carte ; deux euphémismes voilant élégamment l’indicible d’une luxueuse emphase. Bien sûr, tous les panachages sont possibles, mais attention à l’excès de zèle. On vend des culottes, pas des soupières.

La culotte caviardée, un produit de luxe

Emballée dans son jus pour un max de saveur

Car, au-delà de la production, il faut bien penser à la livraison. Et l’exercice requiert une certaine logistique. De fait, l’enveloppe à bulles est un must. Les services postaux ont beau avoir fait des progrès spectaculaires au cours du siècle dernier, le papier kraft peut s’avérer un peu juste pour faire parvenir une calzone à destination dans un état consommable. À la moindre intempérie, voilà que la précieuse cargaison chargée de fragrances tombe à l’eau. Pour les mêmes raisons, il est souvent recommandé de déshydrater la commande d’un bon coup de sèche-cheveux, surtout en cas d’envoi en long-courrier. L’acheteur n’aura plus qu’à humecter son bien pour en raviver les saveurs. Enfin, la véritable professionnelle ne saurait se passer de l’incontournable « vacuum sealer », une petite machine à plastifier sous vide, conçue pour l’alimentation et disponible pour quelques dizaines d’euros sur n’importe quel bon site de vente en ligne. Avec ça, le Tetra Pak peut se rhabiller. Les plus scandaleuses profanations pourront être expédiées par-delà les mers s’il le faut, dans un état de conservation optimal.

Il faudra alors songer à mesurer la rentabilité d’un tel trafic. Entre l’amortissement de la machine, les consommables et les tarifs d’expédition, doit-on vraiment s’enquiquiner à exporter ses tangas jusqu’à Buenos Aires ? Quoi qu’il en soit, la règle d’or est d’encaisser avant d’envoyer, systématiquement. Beaucoup trop de petits malins, par honte ou par bassesse, oublient opportunément de passer à la caisse une fois le colis réceptionné. Donc on raque d’abord, on kiffe après, un point c’est tout. Business is business.

Les billets verts avant le slip marron, toujours.

Time is money

Ceci dit, une fois les modalités pécuniaires évacuées, rien n’empêche de glisser une petite attention extraordinaire dans l’enveloppe d’un régulier ou le paquet d’un petit nouveau à fidéliser ; qui une petite note parfumée, qui un Polaroïd explicite de l’objet commandé, qui un poil pubien fraîchement cueilli. Là est le secret d’une entreprise florissante, dans la relation client. Car, au fond, on ne vend pas un objet, on vend un fantasme, un petit bout d’intimité partagé entre deux inconnus. Ainsi, une bonne part du job consiste à interagir avec de potentiels acheteurs, pour la plupart des rêveurs mus bien plus par le fantasme de discuter sécrétion vaginale avec une coquine dégoulinante de désir pour eux que par la pulsion d’achat. Toute conversation ne débouchant pas rapidement sur un accord précisant tarifs et modalités se doit donc d’être écourtée, sous peine de passer ses journées à tenir le crachoir à des hordes de branlotins en pleine montée de jus. Bienvenue dans le quotidien des travailleuses du sexe !

À un moment, il faut bien enfourcher l’éléphant dans la pièce. Oui, à terme, la vente de petites culottes décorées relève bel et bien du travail du sexe. Non qu’il y ait quoi que ce soit de condamnable à ce sujet, si tant est qu’on tolère la pertinente comparaison avec les professions-sœurs que sont le modeling de charme ou l’escorting. A fortiori, cette spécialité est tout à fait révélatrice de la stigmatisation d’un domaine qui ne fait qu’adapter un commerce aux origines ancestrales, celui du plaisir sexuel, aux techniques de marketing moderne : promotion, conversion, personnalisation, fidélisation… Libre alors à chacune, intriguée par un secteur d’activité pluridisciplinaire aux nombreux débouchés, de franchir le Rubicon pour diversifier son offre par le biais de services plus osés (photo de charme, vidéo personnalisée, show érotique…) et potentiellement plus rémunérateurs. La fortune sourit aux audacieuses…

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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