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Le consentement peut-il être sexy ?

Clint B

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Je soussigné(e), ………… , consens à me faire rudoyer le postérieur par mon/ma partenaire ………… , au moyen d’ustensiles divers, à la discrétion de celui/celle-ci. Le présent contrat prend effet immédiatement dans le cadre d’une interaction ludo-sexuelle cooptée entre adultes, à laquelle je participe de plein gré et en pleine possession de mes moyens et ce, jusqu’à épuisement, lassitude, réclamation verbale et/ou corporelle de l’une des parties. Chacune des parties peut amender le présent contrat ad libitum, ex tempore et in situ, chaque amendement faisant l’objet d’un nouvel agrément écrit à joindre ci-contre.

Fait le …………. , à …………

Signature des parties contractantes

 

Pénétrations, mais aussi fessées, caresses, baisers ; lorsqu’on évoque la question du consentement total, on se voit généralement brandir le contrat sexuel écrit comme démonstration supposément manifeste de l’absurdité d’une démarche de cooptation si rigoureuse. Et il faut bien reconnaître que coucher sur papier chaque contorsion comme autant de modalités administratives peut sembler un brin fastidieux. Où sont la suggestion, la spontanéité, la surprise, ces qualités si essentielles à la passion charnelle ? L’injonction à la conciliation permanente, exhaustive et absolue serait-elle in fine un tue-l’amour ?

Say Yes, YesMeansYes, Yes is Yes, ou encore Consentsy, on ne compte plus les applications de rencontre et de planification qui permettent aujourd’hui d’encadrer formellement les termes d’un futur coït avec le sociopathe photogénique chiné sur son téléphone une semaine plus tôt. Port du préservatif, goût pour le sexting, langage fleuri, jeux sado-maso… En un tournemain, voilà qu’on livre à autrui (ainsi qu’à une obscure base de données) certaines de ses inclinations les plus intimes, dans la perspective d’une séance de galipettes sans anicroche ; pour le meilleur, ou pour le pire. Car en plus de « divulgacher » le plaisir de découvrir sexuellement quelqu’un pas à pas, ce genre de précaution n’a pas la moindre valeur juridique au regard du droit français. Plus dramatique encore, entériner de la sorte les pratiques auxquelles on souscrit, ce n’est pas seulement confier ses préférences, c’est aussi prendre l’engagement virtuel de se plier, le moment venu, à toutes les cochonneries évoquées, la signature numérique apposée au bas du formulaire faisant foi. Bien difficile alors d’expliquer que le mood n’y est pas, au moment de se faire traiter de grosse truie scatophage par un imposteur plus doué en Photoshop qu’en gymnastique synchronisée. Après tout, c’était le deal, non ?

Oui c’est oui ?

S’il n’est plus tant la peine, de nos jours, d’en remettre une couche sur cette rhétorique condamnable décrivant le « non » comme un « oui » qui s’ignore, il est plus que jamais essentiel de questionner le « oui ». Et la tromperie contractuelle d’en donner une illustration flagrante. Peut-on réellement s’engager sur ce dont on aura viscéralement envie dans une semaine, dans une heure, dans cinq minutes ? Le « oui » est-il gravé dans le marbre ? Sinon, pour combien de temps prévaut-il ?

En réalité, le sexe ne peut se résumer à une somme d’équations binaires, pour la simple et bonne raison que le fantasme, le désir, la complicité et la transgression sont des variables versatiles. Ce dont on a envie a priori n’est pas nécessairement ce que l’on voudra le moment venu. Ce que l’on réclame à cor et à cri peut se révéler lassant ou désagréable l’instant d’après. Aussi, il est vain d’espérer résoudre préventivement les (d)ébats avant même qu’ils n’aient commencé. Alors quoi ? On ne va quand même pas s’interrompre au milieu d’un rapport charnel primitif, fait de râles, de cris et de borborygmes obscènes, pour verbaliser des interrogations intelligibles et des réponses circonstanciées, si ? Et pourquoi pas…

Joindre la parole au geste

Il est temps d’en finir avec l’idée reçue selon laquelle le sexe, pour être vraiment agréable, devrait se passer de mots, se vivre à l’instinct, à l’intuition. Ça n’arrive que dans les films. Dans la vraie vie, le sexe n’est ni une performance individuelle, ni une improvisation autonome. C’est un dialogue des corps, où chacun tend à maximiser le plaisir mutuel, en dépit de fantasmes, de zones érogènes voire d’attributs sexuels totalement différents. La jouer perso revient à monter un meuble IKEA sans la notice : on finit bien par y arriver, mais on malmène toujours quelques pièces dans la bataille. Alors avant d’enfoncer inconsidérément la vis A16 dans le trou B4, on avise précautionneusement chaque manipulation. Oui, même pour « une toute petite fessée de rien du tout »…

Loin d’être rédhibitoire, s’enquérir du confort, de l’envie et de l’accord de l’autre à tout moment est non seulement touchante marque d’attention, mais aussi une formidable source de complicité. En effet, quoi de plus excitant que de témoigner à son partenaire le désir brûlant qui anime son corps, et de s’entendre répondre par l’affirmative, de se voir supplié de mettre sa main, sa langue, son sexe ici ou là ? Puis, si refus il y a, comme disait l’autre : « C’est le jeu, ma pauv’ Lucette ! »

Quant à ceux qui craindraient de briser l’intensité du moment avec des ronds de jambes, nul besoin de verser dans les questions formelles et les déclarations solennelles.

C’est qu’en matière de grammaire polissonne,

On pourrait dire… Oh ! Dieu ! … bien des choses en somme…

En variant le ton, – par exemple, tenez :

Agressif : « Je me verrais bien tartiner,

Là, maintenant, ton joli cul de pétasse… »

Amical : « Dis, apprécierais-tu que je masse

De ma bouche, très cher, ton beau gland écarlate ? »

Félin : « ‘Miaou’, fait l’accueillante chatte

Tant échaudée qu’elle implore qu’on la lape… »

Théâtral : « C’est un roc ! … c’est un pic ! … c’est un cap !

Que dis-je, c’est un cap ? … C’est une péninsule !

Aimerais-tu qu’un tel piton te décapsule ? »

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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