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[NUmérique] Des jeux vidéos pornographiques promus sur Youtube ?

Clint B

Publié

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Vous l’avez forcément vu passer, entre une réclame pour un téléphone chinois au rabais et le spot amateur d’un golden-boy oisif, qui vous vante sans rougir sa solution d’investissement immobilier depuis le balcon d’une villa de location ; la voici, la voilà : la pub racoleuse pour jeu mobile coquin. Il s’agit soi-disant du dernier divertissement numérique à la mode, mais le fond du gameplay reste un mystère. À la place, la publicité se concentre sur le meilleur argument de vente du produit, la monstration de demoiselles en détresse, invariablement pourvues d’appétissantes paires de loches, qui n’attendent que d’être effleurées par vos doigts grassouillets pour enfin s’offrir. Une question s’impose alors dans l’esprit du chaste internaute en goguette : Youtube fait-il la promotion de jeux porno ? Et si oui, sont-ils vraiment branlables ?

Oubliez les clips soignés d’AFK Arena, ou les partenariats improbables de Raid Shadow Legends, les loustics dont on parle aujourd’hui retournent aux fondamentaux de la communication commerciale, au b.a.-ba du marketing beauf : la gonzesse à poil. Et vas-y que je te propose des princesses ligotées, de girondes esclaves à acquérir, des quiproquos érotiques qui frôlent l’incest-porn (si, si), dans l’espoir de ferrer l’adolescent en pleine montée d’hormone. Sur le banc des accusés nous avons donc deux candidats particulièrement gratinés proposant chacun une expérience vidéoludique aussi mémorable qu’exclusive ; j’ai nommé le médiéval King’s Throne Game of Lust et le prometteur Tabou Stories. Deux salles, deux ambiances.

Cuissage Simulator

Avec ses illustrations léchées et ses dilemmes cornéliens (choisir entre deux pucelles, libérer ou non une courtisane prisonnière), King’s Throne se donne en publicité des airs de RPG médiéval en point-and-click, dans une Europe féodale particulièrement à cheval sur le droit de cuissage. En pratique, il s’avère plutôt être un énième jeu de gestion/farming soporifique (plagié sur The Royal Affairs, pour les puristes), où l’essentiel de l’action consiste à collecter quotidiennement une demi-douzaine de ressources différentes afin d’étendre son fief et d’améliorer les statistiques de ses vassaux. Puis vient le moment de livrer bataille. Enfin, le moment de constater les résultats pré-calculés d’un affrontement avec le taulier du château d’à-côté, au moyen d’un écran aux graphismes indignes d’Age of Empire, premier du nom, dépourvu de toute interactivité. Le Moyen-Âge comme si vous y étiez…

Et pour ce qui est de la fesse, alors ? Ne vous en faites pas, on y vient. Dans King’s Throne, le cœur de la géopolitique se situe pile entre les jambes des courtisanes que le jeu propose. À l’instar d’un jeu Pokémon particulièrement rétrograde, la progression se mesure ici au nombre de maîtresses disponibles dans son harem. Des blondes, des brunes, des rousses, nécessairement voluptueuses et peu vêtues, dont on mesure la qualité en fonction de critères éminemment féministes telles que l’Intimité, le Charme, l’Expérience et le nombre d’enfants, le tout complété par une jauge de Vice (« Naughty » VO) en forme de cœur, des fois que le romantisme de la chose nous ait échappé. Et le joueur d’asservir ses vassaux en conquérant leurs femmes et d’étendre son empire en mariant les rejetons produits avec les seigneurs alentours, tout en dilapidant son butin en bijouterie pour satisfaire un cheptel de pondeuses de plus en plus dispendieux. Comble de la réussite féodale, une fois « upgradée » au maximum, chaque concubine fera au joueur acharné l’honneur d’un écran alternatif, la dépeignant au sortir du lit, dénudée et échevelée après une folle nuit d’amour ; mais sans téton ni foufoune, pour s’éviter les foudres des plateformes de distribution mobile. Verdict : en plus d’être passablement mensonger et misogyne, King’s Throne se révèle franchement chiche en matière de cochonneries. Une royale arnaque.

L’adultère dont vous êtes l’héroïne

Du côté de Tabou Stories, le contenu proposé semble déjà un peu plus cohérent avec le matériel promu. Ceci dit, le qualificatif même de jeu vidéo relèverait presque de l’imposture, tant le gameplay est pauvre. Il s’agit ni plus ni moins que d’une compilation de romans-photos « érotiques » ponctués çà et là d’embranchements scénaristiques censés flatter la perversion du joueur, ou plus vraisemblablement de la joueuse. Adressé aux ménagères chatouilleuses, le jeu n’offre d’autres possibilités que celle d’incarner la femme désœuvrée d’un riche homme d’affaire, d’un riche politicien, d’un riche producteur… qu’il conviendra de tromper avec le premier bellâtre venu, dont on aura préalablement sélectionné la pigmentation (blanc, noir, ou asiatique), au cours d’intrigues à décerner un Oscar aux scénaristes des Feux de l’Amour.

Bien que proprement traduite, l’aventure se révèle malheureusement beaucoup moins vicelarde qu’attendue. La majorité des choix sont moins narratifs que cosmétiques, et la plupart des options vraiment crapoteuses sont retenues derrière un paywall pour le moins prohibitif. Pire, comme si se farcir les affligeants dialogues ne suffisait pas, l’intégralité des scènes de cul finalement débloquées se déroule hors-champ. Bref, si vous matez des pornos pour le script et que vous zappez les galipettes ; si vous trouviez 50 Shades trop sombre et le film M6 du dimanche soir trop hard, cette application est faite pour vous ! Dans le cas contraire, passez votre chemin.

Erotisme et comptabilité

En définitive, plombés par une lourde auto-censure et un manque criant d’ambition, ces deux titres ne sont rien d’autre que des attrapes-couillons conçus pour traire le pauvre joueur naïf, sans jamais tenir leurs promesses de volupté. La question n’est donc pas tant de savoir si Youtube promeut des jeux vidéos explicites sur son réseau, entre deux compilations de Squeezie. Quand bien même sa modération serait défaillante (Spoiler alert : elle l’est.), les distributeurs d’applications mobiles que sont l’AppStore et le PlayStore ne permettent pas au moindre petit bout de zézette de circuler. Non, la véritable problématique de Youtube est d’enfin instaurer un éco-système publicitaire un tant soit peu respectueux du spectateur, qui l’épargnerait de ce genre de purges racoleuses entre chaque vidéo, et exempterait votre serviteur d’en faire la critique.

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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