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Bio/Milieu du X

L’incest-porn, plaisir défendu

Clint B

Publié

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« Mes livres sont incontestablement plus salaces que la version porno ! » Lors de la sortie de l’inévitable parodie de porno de Game of Thrones, « Game of Bones » en 2013, George R. R. Martin se réjouissait publiquement de constater que la caricature omettait pudiquement un pan  pour le moins essentiel de son œuvre, peut-être le point le plus crucial de son intrigue, et accessoirement le sport national des familles nobles de Westeros, j’ai nommé : l’inceste. De là à conclure que les relations intra-familiales sont trop sulfureuses pour le X, il n’y a qu’un pas… que nous ne franchirons pas. En effet, il n’y a pas à chercher bien loin pour constater que non, l’inceste n’est absolument pas exclu des représentations pornographiques, ce serait même plutôt l’inverse. Le sexe en famille serait-il alors un fantasme comme les autres ?

L’incest-porn, c’est un peu l’éléphant dans la pièce, pour quiconque surfe sur la moindre plateforme de streaming cochon. Tout le monde le voit, personne n’en parle ; et pour cause. Le concept d’inceste n’est pas seulement un tabou universellement partagé par toutes les sociétés du monde moderne. Ce serait, selon l’anthropologue Claude Levi-Strauss, un interdit fondamental à la notion même de société. On interagit avec les étrangers, car on ne peut se reproduire entre parents. Rien d’étonnant alors à ce que l’idée d’observer, voire d’apprécier des séquences décrivant des relations filiales, même fictives, soit recouverte d’un voile de silence, de pudeur et de honte.

Et pourtant, l’inceste pornographique est là, et bien là, trustant régulièrement les premières places des recherches sur les sites de cul. En médium de la transgression, le porno joue ainsi parfaitement son rôle : explorer la zone grise entre tabou et fantasme, comme il l’a fait pour le sexe en général, la sodomie, les fétichismes en tout genre. Pour autant, l’inceste n’a rien d’une niche obscure, d’une paraphilie d’initiés reléguée aux confins des tubes. Il est une authentique tendance qui fait la fortune d’une pléthore de studios aux noms évocateurs : Bratty Sis, Sis Loves Me, Family Strokes, Step Siblings Caught, générant des centaines de milliers de vues par séquence… à un demi-détail prêt.

Appelle-moi Papa…

Preuve s’il en est de la dimension intrinsèquement révoltante de ce tabou, même la mise en scène pornographique, d’habitude peu portée sur l’auto-censure, préfère faire dans la demi-mesure quand il s’agit d’inceste. Hormis les studios les plus alternatifs, et souvent les plus fauchés, l’ensemble des productions bon teint spécialisées dans ce genre très particulier qu’est le coup de bite familial s’évertue, dans les titres comme dans les dialogues des fictions, à souligner un point essentiel : on ne baise pas entre frère et sœur, mère et fils, père et fille. Non, non, non. On baise entre demi-frère et demi-sœur, belle-mère et beau-fils, beau-père et belle-fille. C’est totalement différent. Et peu importe qu’on s’appelle « Papa », « Maman » ou « Frérot » au moment de l’éjac faciale. Nécessaire distance devant un tabou trop fort ou atténuation hypocrite pour s’éviter les foudres du puritanisme ? Difficile de trancher.

L’incest-porn, qu’il soit assumé ou non, repose en tout cas sur un postulat invariable : l’amour filial inconditionnel. Consolation post-rupture, jalousie affective, « coup de main » occasionnel, toutes les raisons sont bonnes pour transformer n’importe quel témoignage de complicité familiale en Sodome et Gomorrhe. Cette prémisse « d’amour inconditionnel » est d’ailleurs à double tranchant. Si elle légitime niaisement les situations les plus débiles, elle justifie aussi les scénarios les plus glauques. Au menu : chantage, duperie et abus ; pour tous ceux qui bouquinent Le Nouveau Détective une main dans le slibard.

À noter aussi, la relative jeunesse des protagonistes, majeurs évidemment. Il n’est jamais question de frangins-frangines matures, découvrant sur le tard leur envie d’engendrer une lignée de petits consanguins. L’inceste pornographique se conçoit plutôt comme un rite de passage à l’âge adulte, une escapade interdite avant de quitter le cocon familiale, un épisode tabou, condamné au secret d’une vie sexuelle rangée, dont seront dorénavant exclus les parents proches et moins proches.

Frangin, frangine, quand tu peux, tu pines ?

Arrive finalement la brûlante question : doit-on condamner l’incest-porn, comme le marqueur indubitable de la déliquescence de notre société, qui court toujours plus vite vers l’apocalypse morale, le Jugement Dernier et mon cul sur la commode ? Au même titre que le BDSM ou la nouvelle vague de thrillers porno particulièrement viscéraux dont nous gratifient les productions d’avant-garde, il ne s’agit jamais que de fictions entre adultes consentants, a priori dépourvus de tous liens de parenté. Au vu du succès du genre, il y a fort à parier qu’il s’agisse moins d’un témoin de la corruption toujours plus grande du X que de la révélation d’un fantasme latent et partagé, simplement issu d’un tabou fondamental et donc forcément universel. Au fond, ce n’est rien de plus que la dernière mode porno, qui sera bien vite remplacée par le prochain délire coquin plébiscité (Transhumanisme sexuel ? Gérontophilie forcénée ? Forniphilie militante ?). À ce tarif-là, est-ce vraiment pire que la tendance teen « barely legal » qui inondait le Web il y a quelques années, à base d’épilation totale, d’appareils dentaires, de jupes plissées d’écolières et de couettes d’adolescentes dangereusement infantilisantes ? La question se pose…

Barely Legal, un petit goût de malaise…

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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