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Le Findom : tu raques ou tu jartes

Dimitri Largo

Publié

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Contraction de financial domination, le findom est une activité vieille comme le mariage. Elle s’exerce désormais de manière plus moderne, mais son succès ne se dément pas. Donner du fric et des sucreries sans rien attendre en retour, physiquement comme en virtuel, c’est hype. Et quand le jeu de rôle prend la forme d’une extorsion, c’est encore plus excitant. Décryptage.

 Le PPP

Le novlangue, c’est l’art d’inventer une nouvelle expression pour définir un truc basique. Le Pay Per Play (PPP) est donc le terme qui vient se greffer sur la révolution numérique qui voit les pornstars être en interaction directe avec leur public. Tout bêtement, il faut payer pour les voir jouer et il y a échange : argent contre service, tips ou abo contre vidéo, token contre vibration du gode connecté… Ce porn numérisé et interactif est entré dans les mœurs depuis pas mal d’années désormais. Avec la pandémie, c’est même devenu le modèle dominant et il fait le bonheur des plateformes mettant en lien direct le fan et sa star. À titre d’exemple, les scènes de Jerk Off Instructions où le modèle dicte sa masturbation à celui qui est derrière l’écran est révélateur. Au début de l’ère numérique, ce type de porn n’existait tout simplement pas.

Moneyslave, MoneyMiss et Paypigs

Mais que se passe-t-il lorsqu’il n’y a pas d’échange ? Que le client paye consciemment, non seulement sans rien attendre en retour, mais en étant méprisé de surplus ? Il ne se passe rien, chacun est à sa place : cela s’appelle de la domination financière et les intéressés s’en accommodent très bien. À commencer par Theodora que nous avions croisée aux Xbiz berlinois en 2019. La Parisienne est, sinon la plus connue, l’une des plus actives sur le créneau du findom. À son actif, des centaines d’esclaves prêts à dégainer la carte bleue pour un cashmeet ou rendez-vous à la machine, le temps de donner le pognon, même si, comme elle le témoigne dans Slate, elle préfère la remise d’argent dans un cadre plus intimiste. Dans une société où l’argent est roi, le transfert du pouvoir financier du soum à la domme est assimilable à l’acte de soumission ultime. À l’instar du PPP, il existe un lexique spécifique à cette branche du BDSM : les money slaves payent, les money miss encaissent et les paypigs sont carrément saignés à blanc comme des cochons à l’abattoir. Le phénomène, apparu dans les années 90, n’est pas si neuf, mais il fut remis au goût du jour sous des oripeaux numériques et popularisé par des dominas charismatiques comme Diamond Diva Princess et Princess Jersey. Tel un bon cocktail, il n’est pas rare de voir l’ingrédient de l’argent mélangé avec une autre paraphilie, comme le fétichisme des pieds ou la féminisation. Faire raquer des Louboutin à un soumis qui n’en verra que les célèbres semelles est devenu un cliché dans le milieu des dominas. Pas forcément les plus riches, car ces derniers sont souvent les plus radins, les money slaves ont surtout un besoin impérieux de lâcher prise.

Le chantage financier

Ce besoin de lâcher prise prend parfois des formes extrêmes. « Si mes cadeaux n’arrivent pas à temps, je peux mettre la pression sur mon soumis en menaçant de dévoiler publiquement le contenu de nos conversations, explique l’ex-actrice reconvertie dominatrice, Jenny Paul, sur son blog. J’ai des subs qui ne fonctionnent que de cette manière et ce sont ceux que je connais depuis le plus longtemps. Le chantage fait partie intégrante de la relation du moment qu’il est librement consenti ». Dans ce jeu de rôle, le soumis va remettre ses informations les plus intimes et confidentielles à sa domina : coordonnées bancaires, mots de passe, photos, vidéos… Tout y passe du moment que la maîtresse a un moyen de pression sur son esclave, ce qui, non sans paradoxe, va décupler le plaisir de ce dernier. Poussée à son paroxysme, la logique est celle d’une mise sous tutelle. « Je n’ai jamais mis une menace à exécution et je ne le ferai jamais. Ça n’a jamais été nécessaire et ça doit rester un jeu. Tous les jeux ont leurs règles et j’ai une limite », reprend Paul. Il vaut mieux pour elle, car ce findom blackmail peut emmener tout droit devant les tribunaux pour extorsion, escroquerie, abus de confiance et plus si affinités.

Heureusement, le chantage financier est une pratique marginale et elle est vouée à le rester. Toutefois, sous le hashtag #Fuckyoupayme, des femmes malveillantes s’improvisent domina en accolant un Goddess ou un Princess derrière leur nom. La crise aidant, elles fleurent l’argent facile, mais ne connaissent rien des codes du BDSM. Entre deux rendez-vous à la tirette, il convient donc aux soumis amateurs d’être vigilants et de ne jamais donner leur code.

Journaliste professionnel depuis 2003. Rédacteur du magazine Hot Video de 2007 à 2014.

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