Dani Daniels et l’arnaque à la pornstar en détresse

Vous connaissez l’escroquerie dite du « Prince Nigérian » ? Mais si, souvenez-vous. Vous avez forcément reçu un jour ce genre de mail étrange. Il émane toujours d’un haut dignitaire africain, qui vous exprime sa profonde détresse, dans un français ou un anglais généralement incertain. Il vous explique qu’un de ses proches, son père, son oncle, son frère, le neveu du beau-frère de sa cousine au troisième degré, invariablement à la tête d’une fortune faramineuse, a été emprisonné à la suite d’une bisbille avec le dictateur local. Pour l’aider, rien de plus simple, il vous suffit de lui envoyer 10 000 balles via Western Union, où tout autre système de transfert d’argent international parfaitement intraçable. Après quoi, votre correspondant reconnaissant vous remboursera rubis sur l’ongle, promis juré, dès que sa situation s’arrangera. Bien entendu, il ajoutera au passage et en signe de sa reconnaissance éternelle, de quoi vous offrir tellement de couilles en or que vous pourrez organiser un tournoi de pétanque en doublette avec la fine fleur des boulistes marseillais. On s’égare un peu, mais vous voyez le tableau. C’est un peu gros. Eh bien figurez-vous qu’il existe dorénavant une variante de cette arnaque impliquant, cette fois-ci, une pornstar en danger.

C’est l’actrice Dani Daniels qui tire la sonnette d’alarme sur Instagram, à travers un post plutôt étrange sobrement intitulé « Ghana ». Un escroc a usurpé son identité pour bricoler une histoire abracadabrante : la pornstar aurait pris sa retraite pour poursuivre des études d’infirmière au Ghana (!?), où elle serait retenue sans argent ni moyen de quitter le pays, suppliant qu’on lui vienne en aide. Certes tout aussi improbable que les aventures de la noblesse nigériane, cette fable possède un certain avantage quand il s’agit de soutirer du pognon à quelques samaritains un brin crédules. Elle fait moins appel à la générosité qu’au fantasme. Admettons que le scénario de la belle hardeuse en détresse qui vous voue une reconnaissance éternelle est généralement plus séduisant que celui de l’inconnu africain qui vous promet un paquet de fric (après, ça dépend des fantasmes, me direz-vous). Et on n’est jamais aussi manipulable que lorsqu’on pense avec sa bite. L’autre point fort est bien entendu la honte ressentie lorsqu’on s’aperçoit qu’on ne reverra jamais son oseille, et qui se retrouve décuplée lorsqu’il s’agit d’aller expliquer à la police qu’on s’est fait rouler dans la farine pour une histoire de quéquette.

 

On vous a dit que c’était pour de faux

Ne riez pas. Cette fraude est déjà couronnée de succès puisqu’un Américain a déboursé pratiquement 1800 dollars dans cette affaire, assignant l’actrice en justice lorsqu’il s’est aperçu de la supercherie. Et il n’est sans doute pas la seule victime.

De manière générale, l’escroquerie à la pornstar est un véritable fléau qui ronge la crédibilité des performeuses en même temps que le portefeuille des gogos. Qu’il s’agisse, comme pour Dani Daniels, d’une question de vie ou de mort ou, plus prosaïquement, d’une promesse de sexe débridé avec l’élu de son chibre en cas de paiement, le web et les réseaux sociaux pullulent de profils d’actrice X frauduleux. Leurs propriétaires ne reculent devant aucune basse manœuvre ni aucune faribole pour escroquer des fans désociabilisés qui désespèrent de recevoir un peu d’attention de la part de leur idole. C’est un peu la planque idéale. Ghetto porno oblige, très peu de hardeuses ont la chance de profiter de comptes certifiés sur les différents réseaux, et toutes sont réduites à signaler manuellement les usurpateurs qui apparaissent à un rythme quasi-quotidien. Par ailleurs, en ce qui concerne les actrices de second plan, il est difficile pour un simple quidam de démêler le vrai du faux, faute de source, ce qui crédibilise encore les escroqueries.

Dani Daniels et le « Prince Nigérian »

Ce genre d’arnaques abusent de la part la plus crédule et la plus intime de chacun d’entre nous, notre désir sexuel. C’est pourquoi elles sont toujours, et en dépit de tout bon sens, les plus alléchantes. Il est donc important de rappeler que s’il est évident qu’on ne donnerait jamais la moindre de ses informations bancaires à un roi du Zaïre en détresse, il doit en être de même si c’est la reine de la gorge profonde qui vous sollicite. Et si vous avez un jour un doute sur la sécurité d’une actrice, le plus raisonnable est encore d’appeler les flics, pas de casser son PEL.

Clint B

À propos de Clint B

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.