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Cas de VIH dans le porno européen, la coordination se met en place

Clint B

Publié

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Le 14 février, un communiqué de la Free Speech Coalition plonge le X-business européen dans la paralysie : le test d’un performeur espagnol se serait révélé positif au VIH. Le syndicat de la profession américaine appelle alors à une suspension immédiate des tournages, et ce pour une durée de deux mois idéalement, 28 jours au minimum. Un vent de panique se met à souffler en Europe. Inquiétude justifiée des performeurs, télescopage des productions, communication contradictoire ou inexistante, le tout sur fond de concurrence naturelle entre les studios du Vieux Continent, l’attente d’une réponse coordonnée se fait sentir. Elle arrive enfin.

Les circonstances du dépistage positif demeurent obscures. Toutefois, quelques heures après la révélation, un nom circule dans l’industrie, l’intérêt collectif semblant prendre le pas sur la mesure des conséquences professionnelles et personnelles d’un outing prématuré. Ce nom, c’est celui de Nacho Vidal. Stupeur, puis tremblements. La carrure internationale de la superstar du X espagnol fait l’effet d’une bombe dans un milieu soumis à une mobilité transnationale intense. Bien que le risque de transmission par rapport soit statistiquement faible, le nombre potentiel de partenaires, étant donnée l’activité du performeur, étend mathématiquement le risque à toute l’Europe, voire au-delà. D’où l’intervention de la Free Speech Coalition. Pour ne rien arranger, l’acteur s’est muré dans le silence et sa mère, interrogée par la presse espagnole, a formellement démenti ces allégations qui sont, de fait, à prendre au conditionnel.

Les recommandations de la FSC à destination de l’Europe sont les suivantes :

  • Suspension immédiate des tournages pour toutes les productions et tous les acteurs, pour une durée de 28 jours au minimum, et jusqu’à deux mois, le temps que l’étendue des interactions du performeur contaminé soit établie et que tous les acteurs puissent être testés à nouveau.
  • L’usage du test VIH par ARN, plutôt que le recours au test par anti-corps ELISA. Ce dernier est en effet plus fiable à moyen et long terme, mais dispose d’une fenêtre de détection plus tardive, en moyenne 28 jours, contre au minimum trois jours pour le premier.

La FSC souligne en outre la dimension simplement consultative de cet avis. Elle n’a en aucun cas le pouvoir légal ou même moral d’ordonner un quelconque moratoire sur le sol européen. Et ce n’est pas sans importance.

La FSC est à n’en pas douter une bénédiction pour le porno américain. Grâce à sa base de données médicale centralisée, le PASS, elle a jusqu’à présent réussi à circonscrire toute contamination entre perfomeurs sur le territoire américain, par des mesures préventives efficaces et judicieuses ainsi qu’une autorité incontestée auprès des sociétés de production. Toutefois, son ingérence sur le porn-business européen se révèle aussi nécessaire que problématique.

Concrètement, elle n’a aucun intérêt à la régulation sanitaire d’une industrie objectivement concurrente, si ce n’est la protection de ses frontières et l’expression d’une solidarité professionnelle manifeste. Elle n’a ni les moyens, ni l’intention d’investiguer les ramifications d’une contamination de ce côté de l’Atlantique. Aussi, les mesures qu’elle préconise, guidées par le principe de précaution le plus élémentaire, sont proprement intenables dans le contexte européen, un business dévoré par la concurrence intra et extra-nationale dépourvu d’autorité sanitaire cooptée. A fortiori, elles sont probablement intenables pour le business américain lui-même. Le dernier moratoire concernant un cas de séropositivité avérée sur le sol US, en avril 2017, a été levé après seulement cinq jours, grâce au PASS et à l’enquête de la Coalition. Et il y a fort à parier qu’en cas de maintien de la suspension, les studios locaux comme les performeurs, mus par d’évidents impératifs économiques, auraient repris le chemin des plateaux bien avant les deux mois prescrits. En clair, un tel moratoire ne peut être respecté sans gestion de crise salutaire de la part d’une institution indépendante ; gestion de crise dont se désengage naturellement la Free Speech Coalition dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui. Alors que faire ?

Peu à peu une réponse concertée se met en place, venant en premier lieu de la communauté professionnelle d’Europe de l’Est, où le business est beaucoup mieux incorporé que par chez nous. Les agents, producteurs et perfomeurs tchèques annonce la fondation d’une Alliance de l’Industrie Adulte Tchèque (on pourrait parler de partenaires sociaux de la profession pornographique), qui comme attendu émet un moratoire d’une durée certes inférieure aux recommandations maximale de la FSC, mais reconductible. Les productions tchèques sont donc suspendues jusqu’au 13 mars, soit une durée de 28 jours après la révélation du test positif. En plus, les performeurs se verront exiger deux tests négatifs consécutifs pour reprendre les tournages. Aussi, la durée de validité d’un test est dorénavant limitée à 14 jours. Les tests standards proposés par une liste de cliniques approuvées par l’Alliance comprendront à présent le dépistage des formes 1 et 2 du VIH. Enfin, une initiative sera lancée, pour sensibiliser les performeurs à la prophylaxie pré-exposition (PrEP), qui prévient la contamination par des moyens médicamenteux.

Concernant la question sanitaire, c’est donc l’idée d’un « téléphone rouge » européen qui fait son chemin dans le business ; une initiative louable. Il est plus que temps, dans une industrie éclatée telle que la nôtre, de mettre de côté les contingences de la concurrence économique au profit de la santé des travailleurs. 

En tant que premier média français de la profession, La Voix du X recommande donc à ces travailleurs la plus grande prudence en attendant. En l’état, aucun test n’offre de garanties absolues, que ce soit pendant ou même au-delà de la durée du moratoire, considérant la période-fenêtre de la maladie. Ils permettent seulement de réduire le risque à un niveau acceptable. Aussi, en dernier lieu, leur sécurité repose sur leur appréciation attentive des risques. Mesdames, Messieurs, surveillez vos conditions de tournage, considérez la fiabilité de vos producteurs, de vos partenaires et au besoin, contestez et refusez. Aussi, le temps que le risque de transmission soit circonscrit, songez à la PrEP, dont nous faisions une description dans notre article sur le virus. Bien que contraignante, c’est une méthode de prévention fiable quelles que soient les conditions de travail.

Enfin, faites attention à vous.

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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