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Bas et collants, le fétichisme fédérateur

Clint B

Publié

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Dans l’univers onirique et chatoyant de la lingerie, le collant fait figure de parent pauvre, complément anonyme d’un ensemble sophistiqué de lanières, de satin et de dentelle. Pourtant, bien plus que le soutien-gorge, la nuisette, ou l’incontournable porte-jarretelles, les bas de soie ou de nylon sont sources d’un fétichisme à la popularité incontestable, sinon universelle.

« Stockings », « pantyhose », « nylons » ou tout simplement « collants », la moindre recherche relative à ses termes sur les tubes pornographiques renvoie pléthore de séquences que la diversité thématique dispute à la fixation érotique. En clair, on est loin de l’ésotérique purgatoire fétichiste adressé à une poignée de spécialistes. Des studios californiens aux camgirls en passant par les modèles de niche, chacun surfe sur le succès du bas nylon, tantôt en tant qu’accessoire discret, apte à satisfaire l’amateur qui s’ignore venu simplement quérir un peu d’évasion sodomite, tantôt en tant que sujet primaire, destiné à conquérir les monomaniaques de l’élasthanne. Mais pourquoi un tel engouement, autour d’un effet pourtant si commun ?

L’aile ou la cuisse

Si l’usage des bas est attesté au moins depuis le Moyen-Âge, où ils sont appelés chausses et portés essentiellement par les hommes, les premières occurrences paraphiles à leur sujet sont bien plus récentes. C’est Elmer Batters, photographe fétichiste de son état, qui donne ses premières lettres de noblesse au sous-vêtement dans les années 60, à la faveur de revue de soft-pornography pour le moins spécialisées : Leg-O-Rama, Nylon Doubletake, Black Silk Stockings.  La période n’est pas anodine. Avec l’invention du nylon quelques dizaines d’années plus tôt, ce qui était auparavant un produit de luxe, fait de soie, fragile et contraignant, devient à l’aube des sixties le produit-phare, l’ambassadeur de l’industrie de la mode auprès des ménagères : des jambes de stars pour une poignée de dollars. Pour Elmer, dont le travail podophile a marqué l’histoire de la photographie de niche, le collant fait alors office de catalyseur de sa démarche artistique, liant pieds, vulves, jambes et fesses autour d’un dénominateur commun.

C’est toute la force des bas. Là où le pied est clivant, fascinant les amateurs autant qu’il rebute les profanes, le fétichisme des collants est fédérateur. On ne trouve personne pour s’offusquer  du toucher soyeux et des reflets satinés d’une paire de gambettes ainsi parées. Le collant a d’ailleurs été précisément conçu à cette fin : mettre en valeur les jambes en gommant les imperfections, en unifiant le teint, en galbant les reliefs sous un voile couleur café. De fait, il réconcilie les fétichistes (des pieds, du latex…), dont il décline les penchants, avec les généralistes, sensibles à l’emphase qu’il suscite. Libre à chacun d’admirer le con prisonnier, les jambes fuselées, les orteils palmés. En outre, son usage éminemment quotidien contribue à tous les fantasmes. En collant-culotte, il caractérise la working milf pragmatique ; en bas à jarretière, il apporte la touche finale à un ensemble de lingerie haut de gamme ; filé et déchiré, il est l’accessoire définitif d’une teen rebelle et insolente. Incontournable !

Cliché d’Elmer Batters tiré de son anthologie publiée chez Taschen.

Écrin de la volupté

Kub Or pornographique par excellence, bas et collants se limiteraient donc à exalter les saveurs de spécialités plus appétissantes ? Que nenni ! Leurs propriétés textiles sont les motifs d’un culte propre, à cheval entre frustration et déchaînement. L’élasticité translucide du matériau en fait l’arme de teasing absolu. La volupté y est scellée autant qu’exhibée ; admirée, touchée, caressée, mais en aucun cas pénétrée. À moins que… Contrairement à la lingerie d’apparat, dont la valeur pécuniaire décourage généralement les élans les plus sauvages, le collant a l’indéniable avantage d’être (plutôt) bon marché : la victime idéale d’une débauche de passion. Mieux, loin de le flétrir, chaque stigmate, chaque déchirure, chaque lacération ne fait qu’amplifier son caractère obscène, quand sa capacité à tamiser les fluides donne aux ébats une allure d’inavouable crime sexuel à faire mousser les plus pervers d’entre nous.

Mais si le bas nylon flatte la perversion, il cultive aussi l’altérité. Imposé par la publicité comme l’argument ultime de la féminité, il trouve naturellement une place de choix dans la garde-robe des cross-dressers avertis. Peut-on en effet se sentir plus femme que lorsqu’on passe délicatement une jambe glabre dans cet écrin soyeux, avant de le faire remonter doucement jusqu’au milieu de la cuisse, en s’assurant précautionneusement que le tissu épouse chaque centimètre carré de sa peau, sans plier ni froisser ? Le fait de pouvoir se branler au travers n’est finalement que la cerise sur le gâteau, la crème dans le café.

Si, en un demi-siècle, les bas ont conquis tous les échelons de la mode, de la lingerie de supermarché aux atours de haute couture, ils ont simultanément infusés toutes les sphères du fantasme sexuel, des plus marginales aux plus communes. Par sa douceur nacrée et son élégance discrète, le collant s’impose moins comme une paraphilie de niche que comme un méta-fétichisme mêlant le classe et l’obscène, le visuel et le tactile, le féminin et le masculin ; l’authentique fantasme universel.

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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