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Qui veut la peau du X ?

Clint B

Publié

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À une époque supposément progressiste, les business du sexe subissent l’assaut concerté des puritains de tous poils, dans trois affaires indépendantes et pourtant si représentatives du climat réactionnaire actuel.

2021 – Après un an de pandémie mondiale et à l’aube d’une crise économique sans précédent, la moitié de la planète envisage sereinement de s’exhiber sur la toile. Parce que la technologie le permet ; parce qu’on est confiné et qu’il faut bien s’occuper ; parce que ça met un peu de beurre dans les épinards en période de vaches maigres ; parce qu’en fin de compte, c’est l’aboutissement naturel de notre société du spectacle. Et le reste du monde de se pignoler gaiement sur cette toute nouvelle offre de produits coquins inédits, au prix d’un abonnement mensuel. Tout le reste du monde ? Non ! Un village d’irréductible pisse-froids résiste encore et toujours à cette ultime libération sexuelle : le droit de chacun à monnayer les charmes de son joli petit cul comme il l’entend. Et pour cela, ils ont une arme secrète. Point de potion magique, mais un procès en pédophilie, pour quiconque prendrait le parti du travail du sexe. Et bien qu’extrêmement minoritaires, les derniers réactionnaires ont investi les plus hautes sphères de pouvoir : finance, médias et politique, pour mettre à bas l’industrie du charme toute entière.

Si vous pensiez vivre une ère de progrès social et d’évolution des mœurs, prière de revoir votre copie. Plus que jamais les conservatismes ont pignon sur rue. Bien camouflés sous les atours de valeurs évidentes et universelles, ici : préservation des enfants et lutte contre la pédophilie, ils ont une cible en ligne de mire, l’expression sexuelle sous toutes ses formes. Et du harcèlement judiciaire au fichage bancaire, en passant par la criminalisation du consommateur, tous les moyens sont bons pour y parvenir. Trois nouvelles en apparence anodines, trois bulletins a priori sans aucun lien entre eux, lèvent le voile sur une stratégie obscurantiste à l’encontre du X qui infuse des Etats-Unis jusqu’à la France. La Voix du X en fait la synthèse commentée.

Reddit sur le banc des accusés

Reddit, le réseau social spécialisé dans les forums communautaires (les « subreddit »), est aujourd’hui attaqué en justice pour des faits de facilitation de trafic sexuel impliquant des mineurs, pour avoir laissé filtrer des images pédocriminelles sur la plateforme. Invoquant les très controversés décrets SESTA/FOSTA, lois notoirement putophobes, les avocats d’une Jane Doe anonyme victime de cyber-exploitation comptent sur la gravité des crimes (et l’émoi qu’ils suscitent), pour requalifier les faits en crime fédéral et ainsi faire voler en éclats l’immunité des hébergeurs quant aux contenus partagés par leurs utilisateurs. Si vous êtes assidu de nos pages, vous avez alors certainement reconnu le modus operandi. Instrumentalisation racoleuse des crimes pédophiles, généralisation de faits divers, mise en accusation médiatique des plateformes d’hébergements, en lieu et place des contributeurs coupables des faits… Oui, c’est le même mode opératoire que celui qui a conduit à crucifier Pornhub, mettant des milliers de sex workers sur le carreau suite au retrait de Visa et MasterCard. Et oui, ce sont les mêmes qui tirent les ficelles, le National Center On Sexual Exploitation (NCOSE), vitrine bon-teint des militants catholique anti-porno.

Le débat autour de la responsabilité et de la modération des réseaux numériques est aussi complexe que houleux. Et la panacée contre les contenus criminels (cyber-exploitation, violence, terrorisme) est loin d’avoir été trouvée. La constante mise en examen des plateformes Web n’a pas vocation à combattre les réseaux pédophiles, encore moins de lutter contre le trafic d’être humain, loin s’en faut. Il s’agit simplement d’un harcèlement judiciaire, visant à imposer une censure préventive et nécessairement puritaine à tout contenu sexuel partagé sur le Net. C’est ainsi que Reddit intègre la longue liste des potentiels coupables de trafic sexuel attaqués par NCOSE, rejoignant Pornhub, Xvideos, mais aussi Facebook ou encore Twitter. Prochaine étape des réactionnaires : interdire Internet.

MasterCard se durcit contre le X

Suite aux déboires de Pornhub, les services de cartes bancaires Visa et Mastercard ont eu les coudées franches pour réaffirmer leur position de régulateurs suprêmes de l’industrie du X. Et ils ne s’en sont pas privés. Après avoir coupé les vivres à tous les performeurs qui avaient le malheur de se produire sur ModelHub, MasterCard a donc décidé de revoir ses conditions d’utilisation à l’attention des sites pour adultes, qu’il s’agisse des géants OnlyFans ou ManyVids, comme des petits sites indépendants. Pour avoir l’insigne honneur de jouir des prestations du service de paiement, les propriétaires de sites devront non seulement être en mesure de répondre auprès des autorités de l’âge et du consentement de chaque personne apparaissant sur leurs images, un standard de l’industrie depuis des années, mais aussi auprès de leur banque. En effet, d’après Mitch Farber PDG de NetBilling, un prestataire de paiement, MasterCard rend désormais les banques responsables de la légalité des produits pornographiques circulant sur les réseaux, ouvrant ainsi la porte à un fichage bancaire exhaustif de tous les performeurs du business.

Quand on sait tout le mépris que les institutions bancaires vouent aux métiers du charme, tant celles-ci sont enclines à excommunier les travailleurs du sexe, on se demande bien ce qui pourrait mal tourner…

Les clients de prostitués inscrits au fichier des criminels sexuels

La France n’est pas en reste en matière de réglementation stigmatisante, puisque comme le souligne cette semaine le Canard Enchaîné, les clients de prostitué(e)s récidivistes sont dorénavant susceptibles d’être inscrits au Fijaisv, le fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes ; oui, celui-là même qui recense les violeurs et les pédophiles. La raison officielle d’une telle sévérité : une simple boulette parlementaire. L’article 11 de la loi visant à protéger les jeunes mineurs des crimes sexuels, et qui devait donc condamner la sollicitation de prostitué(e)s mineur(e)s, a vu son texte expurger précisément de la mention « mineur », pour inclure de fait tous les cas de figure. Oups ! Quand les sénateurs prétexte l’erreur involontaire, expliquant que l’application stricte dépendra du zèle des forces de l’ordre (un point très rassurant), le Syndicat du Travail Sexuel évoque un cheval de Troie législatif fomenté par les prohibitionnistes, qui accentue encore la pénalisation du client et ses effets délétères sur les conditions d’exercice du métier.

La simultanéité de ces trois affaires aux contextes distincts pourrait tenir de la coïncidence, si des arguments invoqués aux mesures prononcées, tout ne concordait pas à qualifier une stigmatisation du travail du sexe. En associant systématiquement les crimes pédophiles à des dérives des économies du charme, amalgame douteux qu’aucune étude sérieuse ne justifie, les instigateurs de ces attaques participent non pas à une lutte contre les trafics d’être humains, comme ils aiment le rappeler, mais à une entreprise de diabolisation des métiers du sexe, pour des raisons moins morales qu’idéologiques. Alors que partout dans le monde, les populations s’émancipent des carcans moraux archaïques qui entourent la sexualité, nous assistons donc à la résurgence des puritanismes, qui entament leur dernière croisade. Ils ne feront aucun quartier.

Titulaire d'une maîtrise en cinéma, auteur d'une Porn Study à l'Université Paris VII Diderot, Clint B. est aujourd'hui chroniqueur de l'actualité porno.

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